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Ashkénaton, « Opération pièces jaunes Vol. I »

Ashkénaton, c’est du rap feujui, libre, décalé, impertinent, qui mêle des samples klezmer à des rythmes de rap sur des paroles que l’on pourrait qualifier d’antisémites si on les prenait au premier degré.

ashkenaton operation pieces jaunes volume 1 cover CDAlbum créé entre 2008 et 2010, bidouillé par son auteur influencé aussi bien par Philip Roth que par le rap new-yorkais ou français, qui trouvait marrante l’idée qu’il y ait « des rappeurs juifs super-énervés », sur le modèle d’un Tupac ou de ces rappeurs new-yorkais dont il s’inspire volontiers. Un ami trouve le nom d’Ashkénaton, et c’est le déclic : il le reprend et écrit 11 chansons irrévérencieuses, politiquement incorrectes, où les Juifs séfarades et ashkénazes, et surtout les clichés antisémites, en prennent pour leur grade. En Juif, Mon salaire, Riche comme Crésus, Kishkes Flow, sont autant de variations sur les mêmes thèmes : obsession pour les meufs : « les fesses à l’air, jveux mon salaire », pour le fric : « dédicace à chaque franc, euro, liasse que j’ai palpé », et pour la Shoah : « dans ma tête les bruits de la Nuit de Cristal ».

C’est bien écrit, truffé de yiddish, Ashkénaton se laisse emporter par le plaisir du jeu de mots. Il se dit hyper névrosé, reprend les clichés sexistes du rap à la sauce Philip Roth, cite Gershom Cholem et avoue ne l’avoir jamais lu, et assure qu’il ne faut pas chercher de cohérences, « c’est de l’humour, des blagues ». Il a trouvé un autre artiste qui fait à peu près la même chose : Nécro, un rappeur juif new-yorkais. Sinon, dans le même filon, il y a aussi So Called, qui mêle hip-hop et klezmer.

Il a aussi écrit une chanson dédicace à sa maman : Dear Yiddish Mama, qu’il a retiré d’internet à un moment car il ne voulait pas lui faire de la peine ; mais finalement, c’est de l’humour. Il s’est inspiré de tous ces rappeurs blacks qui se présentent comme des gros durs et tremblent devant leur maman. Ashkénaton reprend ce thème en le parodiant. « Mais maman comment tu m’saoules… ».

Plus à l’aise en concert qu’en interview, on a pu le voir le 6 janvier sur la minuscule scène du Pop In avec David Ghetto, artiste mutli-instrumentiste. Ce fut un grand moment d’humour et de rap, totalement bluffant.

Ashkénaton travaille actuellement sur son prochain album: Pas de vente au détail, où il explore le champ lexical du tissu, en hommage à ses aïeuls qui étaient dans le « schmattes ».

Quand on entend la richesse terminologique et l’inventivité de son premier album, on a hâte d’écouter son deuxième opus !

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Johana Levy pour Cultures-J.com.

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