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« City of dreams », du rêve américain au cimetière des rêves

C’est sur la chanson de Junior Parker, Next time you see me, enregistrée en 1956, que s’ouvre le très beau documentaire City of dreams, de Steve Faigenbaum.

city of dreams detroit michigan ford industries steve faigenbaum afficheEn puisant dans ses souvenirs d’enfant, puis d’adolescent, il revient avec émotion et nostalgie sur trois générations, soit près d’un siècle, d’histoire de la ville de Détroit, là où les ouvriers immigrés, Juifs européens pour la plupart, étaient des héros, vivant dans un paradis créé de toute pièce par Henry Ford. Un comble lorsque l’on sait que le même Henry Ford reçut comme présent pour son 75ème anniversaire de la part d’Adolf Hitler la Grande Croix de l’Ordre de l’Aigle, plus haute distinction du Reich pour les étrangers, et qu’il offrait à tous les acheteurs de véhicules Ford un exemplaire du Protocole des Sages de Sion

La ville s’enrichissant grâce à l’entrée en guerre des Etats-Unis, l’effort de guerre attira à Détroit des centaines de milliers de personnes, et particulièrement des noirs fuyant la ségrégation des états du Sud. Au fur et à mesure de leur arrivée, ceux-ci s’installèrent dans le quartier d’Hasting Street qui formait, avec Monroe, Watson, Brush et Orleans street, le quartier Juif historique de la ville, déclenchant dans le même temps le départ des blancs, la chute des prix de l’immobilier et les premières explosions de violence dues aux émeutes raciales qui feront de nombreuses victimes.

L’arrivée de Jerome Kavanagh, solidairement et politiquement en avance sur son temps, à la mairie de la ville au début des années 60 sembla alors résonner comme l’annonce d’une nouvelle ère : destruction des bidonvilles, construction de nouveaux complexes immobiliers en faveur des plus modestes, marche pour la liberté aux côtés de Martin Luther King en 1963 sur Woodward Avenue…  Mais tandis que la communauté noire veut elle aussi gouter au rêve américain, les blancs continuent de quitter la ville par dizaines de milliers, et toujours plus loin, l’automobile aidant.

La décentralisation des usines Ford, et l’arrivée de la technologie et de l’automatisme remplacent bientôt les hommes dans les industries à l’aube des années 50, créant les décennies suivantes des millions de chômeurs. Et les tentatives, aussi nombreuses que variées, afin d’enrayer l’exil qui frappe Detroit resteront vaines. La ville s’effondre sur elle-même.

Detroit, cité d’immigration, est devenue ville d’émigration, et le rêve américain un cimetière de rêves ! Alors qu’elle était le centre industriel du pays avec plus de deux millions d’habitants en 1965, sa population tombe à moins de 750.000 personnes, et elle est aujourd’hui considérée comme la capitale du meurtre aux Etats-Unis. A titre d’exemple, entre 2001 et 2013, il y a eu 1.742 morts américains en Afghanistan, et sur la même période 4.758 personnes assassinées à Détroit.

Jadis ville d’espoir, la nature a repris ses droits sur la civilisation et s’est réapproprié une surface vaste comme trois fois Manhattan. On estime à environ 78.000 le nombre de bâtiments abandonnés dans la ville.

Ponctué de témoignages, d’images d’archives et de documents personnels de Steve Faigenbaum, dont la vie est étroitement liée à celle de la ville, City of dreams met en lumière le destin à la fois mythique et désolant d’une cité que l’on croyait invincible, fleuron de l‘industrie américaine aujourd’hui en faillite.

City of Dreams, en salles le 9 juillet 2014.

Si vous désirez aller plus loin :

– Visitez le site officiel du film.
– Visitez le site Bienvenue à Détroit, par Steve Faigenbaum.

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