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« Drancy, un camp en France », de Renée Poznansky et Denis Peschansky

Drancy, un camp en France,  de Renée Poznansky, Denis Peschansky et Benoît Pouvreau, est un ouvrage indispensable au devoir de Mémoire, mais il ne s’arrête pas là.

drancy un camp en franceIl retrace aussi le parcours d’une cité de banlieue sur plus d’un siècle, résultat d’un important travail de recherche sur la cité de la Muette à Drancy et repose sur une bibliographie impressionnante.

En ce qui concerne le devoir de Mémoire, les auteurs décrivent l’histoire du camp d’internement français d’où partaient les convois vers les camps d’extermination. Si au départ les prisonniers sont anglais ou américains, puis canadiens, ils sont vite remplacés par des Juifs. Ce camp existe à la demande des allemands, mais jusqu’en juillet 1943 il est géré par les français. Les détenus et leurs surveillants sont là, au vu et su de tous. Le marché est tout près, un café fait face au camp…

La brutalité qui y règne, le dénuement des internés ne peuvent pas ne pas être connus. Ce camp d’internement devient vite un camp de transit pour des séjours plus ou moins longs. Les conditions de vie et évolutions sont très bien décrites, et à travers l’histoire de Drancy, l’histoire de l’Europe se dessine, avec l’intervention de tel et tel pays qui protègent les Juifs originaires de chez eux, ou avec la description des méthodes de gestion ordonnées puis directement mises en place par les allemands. La relation franco-allemande est également fort bien expliquée, autant dans la période où la France en a la gestion que dans la suivante, avec l’arrivée d’Aloïs Brunner.

Mais à travers la cité de La Muette se dessine aussi l’histoire du 20ème siècle. Et le livre commence par la création de la cité avec un ambitieux projet de logements à prix modérés. Cependant la crise ajourne le projet qui ne se fera que plus tard, et seulement partiellement. Les logements restent vacants, les familles de gardes républicains y sont alors logés. Puis la guerre éclate. Les logements sont vidés de leurs occupants, mobilisés. Enfin, l’arrivée de prisonniers étrangers dans ces appartements vides amorce la destination décrite ci-dessus pour la cité de La Muette. Ses concepteurs n’avaient probablement jamais pensé à une telle utilisation.

Le livre ne s’arrête pas en 1945 : après la guerre arrive la période de l’épuration. La cité est concernée et continue à devenir un lieu de détention, même si les raisons de l’emprisonnement ont changées. Ses anciens bourreaux sont jugés.

Le livre montre, dans son dernier chapitre, comment aujourd’hui aucune des deux identités de la cité de La Muette n’est mise de côté. Des immeubles d’habitation et le Mémorial de la Shoah de Drancy  se côtoient. La destination finale première qui est de loger est respectée d’un côté, tandis que de l’autre, la Mémoire de l’indicible est perpétuée.

Drancy, un camp en France décrit les différentes réalités de la cité de la Muette à Drancy : au départ une banlieue très banale de la région parisienne. Mais il serait injuste qu’à cause de l’intérêt du texte, sa richesse en illustrations ne soit pas mentionnée. Celle-ci achève de rendre le livre très complet et incontournable.

Sophie MASSON pour Cultures-J.com.

Drancy, un camp en France, de Renée Poznansky et Denis Peschansky, aux éditions Fayard. 304 pages. 30,00€.

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