Et aussi sur Cultures-J.com

« Elle voulait juste marcher tout droit », le premier roman de Sarah Barukh

Sarah Barukh travaille dans la communication et habite à Paris. Elle a 35 ans et nous propose, dans son premier roman, de découvrir l’histoire d’Alice.

Nous sommes en 1946. Alice a 8 ans, elle a vécu durant des années chez Jeanne, sa nourrice, dans une ferme des Pyrénées. Un jour, sa mère, Diane, résistante déportée, vient la chercher et l’emmène vivre avec elle. Diane vit avec Monsieur Marcel, Juif, propriétaire d’un atelier de confection dans le quartier du Marais, à Paris. Diane a un tatouage sur le bras, elle ne dit rien de ces années de guerre passées loin de sa fille.

Commence alors pour la fillette une période de doutes et de découvertes, ce changement de vie marque la fin de l’insouciance. Elle prie secrètement, s’adressant ainsi à D.ieu : « S’il vous plaît, mon D.ieu, faites que tout aille bien. Faites que ma maman m’aime. Faites que Monsieur Marcel retrouve ses filles et sa femme. Faites que mon père revienne, qu’il ne soit plus inconnu. S’il vous plaît mon D.ieu, faites que l’on soit heureux et qu’on oublie la guerre. S’il vous plaît, mon D.ieu, faites qu’on ait enfin une vie normale, que les choses arrêtent de changer tout le temps. »

Alice est une petite fille très mature ; elle découvre l’amitié avec son jeune voisin, Jean-Joseph – dont le véritable prénom, Joseph, a été remplacé par Jean durant la guerre -, très protecteur. A ses côtés, elle grandira jusqu’à son départ pour les Etats-Unis où son père doit l’accueillir.

C’est son oncle Vadim, reporter photographe, qui tiendra un rôle majeur dans la vie de la petite fille : pour ce personnage, l’auteur s’est beaucoup inspiré de Robert Capa, célèbre reporter, correspondant de guerre qui a couvert les grands conflits de son époque.

Des Pyrénées à Paris puis aux Etats-Unis, Alice va apprendre à marcher tout droit…

Sarah Barukh ne raconte pas la guerre, les camps, l’horreur, elle les suggère en évoquant les stigmates imprimés sur les êtres humains, dans leur chair et leur âme.

L’immédiat après-guerre fut, pour les déportés et rescapés, une parenthèse silencieuse : il s’agissait pour eux de tenter de revenir à la vie après avoir connu l’enfer. Sarah Barukh s’est interrogée :

« Comment retrouve-t-on une normalité quand on ne sait plus ce qu’est la normalité ? Cette période de flottement, l’immédiat après-guerre, représentait une sorte de vide propice à l’imagination et donc à l’écriture. »

L’auteure a écrit ce roman à hauteur d’enfant en adoptant un ton juste. « Je voulais que l’innocence d’Alice, son envie de vivre emportent les autres personnages malmenés par l’existence, qu’elle les sorte de leur obscurité ».

De fait, le souffle de vie d’Alice se révèlera salvateur. En découvrant le secret de son histoire, la petite fille va comprendre le silence de sa mère et commencer à envisager son avenir.

Un premier roman sensible et bouleversant : retenez bien le nom de Sarah Barukh. Assurément, elle a encore des histoires à nous raconter….

Patricia DRAI pour Cultures J. com.

Elle voulait juste marcher tout droit, de Sarah Barukh, aux éditions Albin Michel. 432 pages. 21,50€.

Autres articles qui pourraient vous intéresser :

Sortie DVD : « Heinrich Himmler. The decent one », de Vanessa Lapa
En mai 1945, l'armée américaine découvre dans le domicile d'Heinrich Himmler, chef de la Gestapo et ministre de l'intérieur du Reich, des centaines de lettres, photographies, journaux intimes... Réalisé à partir ...
Lire la suite
« Papa, pourquoi t’as voté Hitler ? », de Pef et Didier Daeninckx
Destiné aux enfants à partir de 9 ans, cet album évoque la montée en puissance du régime nazi en Allemagne et l’arrivée d’Hitler au pouvoir, rendue possible par l’alliance du ...
Lire la suite
« Welcome in Vienna », d’Axel Corti, dans le cadre du Festival des Cultures Juives
Dans le cadre du 8ème Festival des Cultures Juives, qui se déroule à Paris du 12 au 28 juin 2012, le cinéma Le Nouveau Latina propose le samedi 16 juin la projection ...
Lire la suite
« A Hambourg peut-être », de Denis Labayle
Comme un battement d'aile de papillon sur la muraille de Chine peut provoquer une tempête en France, ainsi un oui en entraîne un autre et peut changer plusieurs vies. Cette ...
Lire la suite
« Le dernier des Injustes », de Claude Lanzmann, en coffret 3 DVD
Benjamin Murmelstein. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant. Il est le dernier des « doyens » juifs, ou roi des Juifs, à avoir survécu à la Shoah. Il est ...
Lire la suite
« Irena Sendlerowa. Juste Parmi les Nations », de Gilbert Sinoué
Dans Irena Sendlerowa. Juste Parmi les Nations, Gilbert Sinoué nous raconte l'action de celle-ci dans le ghetto de Varsovie. Ainsi, il utilise son talent d'écrivain pour rendre hommage à cette ...
Lire la suite
Judith Magre est « Rose », au théâtre de la Pépinière
Rose est plus qu’un récit, Rose est une histoire. L’histoire d’une vie. Une vie qui débute dans les années 20 dans un shtetl d’Ukraine pour s’achever à l’aube du 21ème siècle sur les ...
Lire la suite
Hilda Hrabovecka est « La dernière femme du premier train »
"Chacun de nous vit sur les tombes des autres". Hannah Arendt. En décembre 2012, pour la première fois, un pièce de théâtre sur la Shoah des Juifs de Slovaquie était montée ...
Lire la suite
« A la vie », le nouveau film de Jean-Jacques Zilbermann
17 Janvier 1945. Les allemands évacuent Auschwitz. Hélène a survécu aux camps grâce au soutien de ses deux amies, Lili d’origine hollandaise, et Rose, canadienne. Six mois plus tard, Hélène est ...
Lire la suite
« Si je survis », le témoignage de Moriz Scheyer
Si je survis nous livre l'expérience de Moriz Scheyer au moment de la Shoah. Il appartient alors au monde littéraire et bourgeois de Vienne, et doit quitter l'Autriche au moment ...
Lire la suite
Sortie DVD : « Heinrich Himmler. The decent one », de
« Papa, pourquoi t’as voté Hitler ? », de Pef et
« Welcome in Vienna », d’Axel Corti, dans le cadre du
« A Hambourg peut-être », de Denis Labayle
« Le dernier des Injustes », de Claude Lanzmann, en coffret
« Irena Sendlerowa. Juste Parmi les Nations », de Gilbert Sinoué
Judith Magre est « Rose », au théâtre de la Pépinière
Hilda Hrabovecka est « La dernière femme du premier train »
« A la vie », le nouveau film de Jean-Jacques Zilbermann
« Si je survis », le témoignage de Moriz Scheyer

Partagez vos impressions

Cet article vous intéresse ? Laissez un commentaire.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.