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« Hôtel Terminus. Klaus Barbie, sa vie et son temps », en coffret 2 DVD

Documentaire-fleuve de plus de 4h00, Hôtel Terminus, du nom du siège de la Gestapo à Lyon à partir de 1942, est une plongée dans la vie du criminel de guerre nazi Klaus Barbie, surnommé « Le boucher de Lyon ».

hotel terminus klaus barbieDeux ans d’enquête et l’interview de plus de 80 personnes – parmi lesquelles Lucie et Raymond Aubrac, Daniel Cordier, Serge et Beate Klarsfeld, Daniel Cohn-Bendit, Claude Lanzmann, Jacques Vergès… – auront été nécessaires pour livrer ce monument historique, qui ressort aujourd’hui en coffret 2 DVD, près de trente ans après sa sortie en salle.

Âme de la Gestapo de Lyon, qu’il dirige à partir de 1943, Barbie était un homme brutal, sadique, qui faisait peur. Un homme qui aimait faire souffrir, comme en témoignent d’anciennes victimes. Et ses hautes fonctions au sein du 3ème Reich lui offriront une liberté quasi-illimitée.

Mais l’enquête se tourne également vers son enfance, vers ces hommes et ces femmes, ces anciens camarades de classe qui l’appellent toujours « le môme », et qui s’opposent à un procès quarante ans après les faits.

Klaus Barbie était destiné à devenir prêtre. Mais la mort de son père et de son frère, très vite suivie par l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933, lui ouvre de nouveaux horizons. Il rejoint les jeunesses hitlériennes, et dès 1935 endosse l’uniforme SS.

Envoyé aux Pays-Bas en 1940, où il décoré pour ses services rendues lors de l’opération du ghetto Juif d’Amsterdam, Barbie arrive en France au printemps 1942, à Gex d’abord, à la frontière suisse, puis à Dijon. En février 1943, il devient chef de la Gestapo de la région lyonnaise. Il fait arrêter puis torturer de nombreux résistants, dont Jean Moulin, à qui il doit sa « gloire », et ordonne en avril 1944 la rafle des enfants d’Izieu, un groupe de 44 enfants réfugiés dans une maison d’une commune de l’Ain. Déportés à Auschwitz, aucun d’eux ne reviendra.

A la fin de la guerre, Barbie, retourné en Allemagne, est recherché par les Alliés. Arrêté à de nombreuses reprises, il parvient à chaque fois à cacher son identité. En 1951, il est exfiltré d’Allemagne par le réseau « filière des rats » – avec le concours du gouvernement allemand, de la CIA et du prêtre Draganovic, qui lui fournit de faux papiers – et rejoint l’Amérique du Sud.

Installé en Bolivie sous le nom de Klaus Altmann, il joue un rôle important au sein de la dictature militaire. Il a un bureau au ministère de l’Intérieur, une garde personnelle, un passeport diplomatique, et gère de 1966 à 1971 la Transmaritima Boliviana, première compagnie maritime du pays qui trempe également dans des affaires de trafics de drogue et d’armes.

On estime qu’à partir de 1961, certains gouvernements savaient qui était Klaus Altmann, et par conséquent ses actes lors de la Seconde guerre mondiale. Les services secrets français quant à eux le sauront dès 1966.

En 1972, le journaliste français Ladislas de Hoyos se rend en Bolivie afin d’interviewer celui qui se présente encore comme Klaus Altmann. Ce dernier, prétendant ne pas parler français, parvient cependant à répondre à une question pour le moins compliquée pour qui ne maîtrise pas la langue de Molière. Ladislas de Hoyos, qui a débuté l’interview en espagnol, puis l’a poursuivi en allemand, lui demande alors en français : « N’êtes-vous jamais allé à Lyon ? ». Ce à quoi Barbie répond, en allemand : « Je n’ai jamais mis les pieds à Lyon ».

Klaus Barbie vient de se trahir.

Expulsé vers la France en février 1983, Klaus Barbie est jugé de mai à juillet 1987, et reconnu coupable de dix-sept crimes contre l’humanité. Condamné à perpétuité, il meurt en prison quatre ans plus tard.

Hôtel Terminus, un documentaire essentiel !

Hôtel Terminus. Klaus Barbie, sa vie et son temps, de Marcel Ophüls. Coffret 2DVD. 256 minutes.

Si vous désirez aller plus loin :

D’Izieu à Auschwitz : L’histoire de deux enfants dans la Shoah, de Pierre-Jérôme Biscarat, aux éditions J’ai Lu. 94 pages. 3,00€.
Izieu, des enfants dans la Shoah, de Pierre-Jérôme Biscarat, aux éditions Fayard. 336 pages. 18€00.
Jean Moulin, de Jean-Pierre Azema, aux éditions Tempus Perrin. 608 pages. 11,00€.
Jean Moulin, l’ultime mystère, de Pierre Péan et Laurent Ducastel, aux éditions Albin Michel. 480 pages. 22,00€.
– Le procès Barbie : Lyon, du 11 mai au 4 juillet 1987, de Robert Missika et Philippe Truffault. Coffret 6DVD. 1.200 minutes.
Klaus Barbie, itinéraire d’un bourreau ordinaire, de Tom Bower, aux éditions Calmann-Levy. 280 pages. 24,00€.

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