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Interview : Véronique Chalmet, auteure de « L’enfance des dictateurs »

Dans le cadre de la sortie de son nouveau livre L’enfance des dictateurs, Cultures-J.com a rencontré l’auteure Véronique Chalmet, qui a accepté de répondre à nos questions. Rencontre.

Cultures-J.com : Véronique Chalmet bonjour, et merci de bien vouloir nous consacrer quelques instants pour cette interview. Vous êtes l’auteure de L’enfance des dictateurs, qui vient de paraître aux éditions Prisma. Pourquoi avoir choisi ce sujet, et plus particulièrement cette période de l’enfance et de l’adolescence ?

Véronique Chalmet : Ce sujet me parait – malheureusement – récurrent et actuel ! L’Histoire ne cesse de se répéter. J’ai commencé à réfléchir à cette thématique lorsque ma curiosité de journaliste a été mise en éveil par divers faits d’actualité, tels que le « printemps arabe ». Aujourd’hui encore, les événements qui se déroulent en Syrie ou en Egypte donnent à réfléchir… Quant à cette période particulière de l’enfance et l’adolescence des dictateurs, elle me paraît cruciale pour mieux comprendre leur personnalité et leurs destins, en retracer l’origine et les traumatismes. Les despotes réécrivent toujours ce moment de leur vie ou le réinventent car elle pointe les failles de leur psyché et décrit leurs années de vulnérabilité- ce qui leur devient insupportable à se remémorer une fois qu’ils ont conquis le pouvoir. L’enfance est la seule partie de leur existence dont les tyrans n’ont jamais eu le contrôle.

C-J.com : Quelles ont été vos sources d’investigations pour ce livre ? Enquêter sur des personnes ayant autant de secrets n’a-t-il pas été compliqué ? Avez-vous par moments ressenti de la réticence, de la crainte de la part de certaines personnes ?

V. C. : Il m’a fallu décrypter des témoignages, comprendre entre les lignes et reconstituer le puzzle souvent complexe de ces existences tourmentées… J’ai consulté des milliers de pages, visionné des heures de documents, tenté de faire le tri entre éléments biographiques et dérives hagiographiques. En réalité, il s’agissait de réaliser une sorte de profilage à rebours. Il m’a fallu retrouver les moments-clefs, tous différents les uns des autres, où le monstre tyrannique a définitivement tué l’enfant au plus profond de lui-même…

C-J.com : Lorsque l’on lit L’enfance des dictateurs, on ne peut s’empêcher de constater que nombre de ces tyrans avaient avec leurs parents – et avec leurs pères plus particulièrement, des relations compliquées. Enlèvement, abus sexuels ou encore violence ont marqués leurs premières années. En mettant en avant ces faits, n’avez-vous pas peur de vouloir en quelques sortes justifier leurs actes, leur trouver des circonstances atténuantes ?

V. C. : Ces circonstances sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes. On les retrouve également chez les tueurs en série mais nul ne peut encore expliquer ce qui déclenche un tel passage à l’acte criminel. Dans le cas des dictateurs, on retrouve les mêmes facteurs : enfance tourmentée, sens moral atrophié ou inexistant, troubles mentaux, etc. Il faut ajouter un ego démesuré, une inextinguible soif de pouvoir… et la faculté de saisir l’Histoire en marche. Les tyrans sont généralement d’extraordinaires opportunistes, des démagogues pervers qui savent à la perfection manipuler les foules et les idéologies – pour mieux les dévoyer. J’ai voulu permettre au lecteur de mieux comprendre leur cheminement psychologique et historique. Certainement pas de justifier ou d’excuser leurs actes abominables.

C-J.com : Diane Ducruet, auteure de Femmes de dictateurs, a sorti l’année dernière un second tome de ce même titre. Pensez-vous vous aussi donner une suite à L’enfance des dictateurs ?

V. C. : Cela ne fait pas partie de mes projets immédiats…

C-J.com : Billy Holiday, Frank Sinatra, Peggy Guggenheim… Vous semblez aimer les biographies. Avez-vous des projets pour les mois à venir ? Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ?

V. C. : Je tiens beaucoup à toujours travailler sur plusieurs sujets à la fois. J’ai par exemple publié Sinatra et la Mafia chez Payot en avril dernier, peu avant L’enfance des Dictateurs chez Prisma Editions. J’aime louvoyer d’une histoire à l’autre, car cela permet de ne jamais se lasser d’un sujet et de pouvoir prendre du recul. J’essaie de conserver ma capacité à m’émouvoir et à me passionner ! Donc pour répondre à votre question, oui, j’ai d’autres travaux en cours, mais je préfère ne rien en dire pour l’instant. L’écriture est une alchimie qui doit garder son mystère jusqu’à l’aboutissement.

Propos recueillis à Paris le 26 août 2013.

L’enfance des dictateurs, de Véronique Chalmet, aux éditions Prisma. 165 pages. 17,95€.

Merci à Véronique Chalmet ainsi qu’aux éditions Prisma pour leur collaboration, leur accueil et leur disponibilité.

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