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« La trahison d’Einstein », au théâtre Rive Gauche

Après Le journal d’Anne Frank et L’affrontement, Francis Huster incarne Albert Einstein sur les planches du Rive Gauche.

trahison einstein theatre ricve gauche jean claude dreyfus francis huster eric emmanuel schmitt« Ne fais jamais rien contre ta conscience, même si l’Etat te le demande ». Albert Einstein.

Princeton, New Jersey, 1934. Après l’avènement d’Hitler et la saisie de tous ses biens en Allemagne, Albert Einstein trouve refuge aux Etats-Unis. Déprimé, en proie à une profonde incompréhension, il passe ses journées à errer dans un jardin public de la ville. Au fil de ses égarements, il fait la connaissance d’un vagabond ivrogne avec lequel il se lie bientôt d’amitié. De discussions autour de la musique et de la voile, les sujets se révèlent bientôt plus personnels, plus sérieux, les deux hommes s’attachant et se confiant peu à peu l’un à l’autre.

L’un a perdu son fils de 21 ans lors de la Première Guerre Mondiale, événement qui entraîna son divorce, son licenciement, et finalement sa marginalisation. Idéaliste, rêvant d’états sans armée, seul l’alcool l’aide à tenir, à l’écart d’une société qui l’a oublié.

L’autre, illustre savant de renommée internationale, conscient que désormais, les hommes ont le pouvoir de se détruire, fait face à un dilemme de poids. Craignant que l’Allemagne nazie ne parvienne, grâce à ses propres recherches, à se munir de la bombe atomique, il ne souhaite cependant pas non plus aider les Etats-Unis.

Soupçonné de sympathies communistes et de critiquer une Amérique qui lui a offert l’asile, les conversations d’Einstein sont étroitement surveillées par Patrick O’Neal, un agent du FBI faisant chanter son « ami » d’infortune afin de lui extorquer des renseignements.

Sur fond de Seconde Guerre Mondiale, de course à l’arme nucléaire et de maccarthysme, non dénuée d’humour, cette nouvelle pièce signée Eric-Emmanuel Schmitt et mise en scène par Steve Suissa met donc en évidence le profond cas de conscience d’Albert Einstein avec lui-même, effrayé par ce que les hommes pourraient faire du résultat de ses recherches, mais aussi sur le parfum de suspicion qui pesait sur sa personne à une époque où l’Amérique craignait moins les nazis que les communistes.

Un texte subtil, un décor de roseaux et de pierres, des jeux de lumières et des projections accompagnées d’extraits musicaux, La trahison d’Einstein, tiré du roman du même nom, fait apparaître un Francis Huster méconnaissable, les cheveux blancs ébouriffés, donnant la réplique à un Jean-Claude Dreyfus titubant et bégayant. Drôles et attachants, les deux protagonistes replongent le public dans les heures les plus sombres du 20ème siècle.

Et si c’était à refaire ?

La trahison d’Einstein, au théâtre Rive Gauche, jusqu’au 15 juin. Réservations sur le site du théâtre Rive Gauche.

Si vous désirez aller plus loin :

La trahison d’Einstein, d’Eric-Emmanuel Schmitt, aux éditions Albin Michel. 162 pages. 12,00€.
La part de l’autre, d’Eric-Emmanuel Schmitt, aux éditions Livre de Poche. 503 pages. 7,10€.
L’enfant de Noé, d’Eric-Emmanuel Schmitt, aux éditions Magnard. 136 pages. 5,20€.
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, d’Eric-Emmanuel Schmitt, aux éditions Livre de Poche. 96 pages. 4,90€.

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