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« Le déluge » de Leïb Rochman : dix nouvelles entre mort et survie

Faut-il se demander si Le déluge de Leïb Rochman, paru en 1978 peu avant la mort de l’auteur, a valeur de testament ?

Ce qui est certain, c’est qu’il est possible de l’imaginer tel un monument à la mémoire de tous ces morts de la Shoah partis sans sépulture.

Au long de dix nouvelles, les thèmes de la mort et de la survie prennent place et invitent à suivre l’auteur à travers leurs différents sens.

La destruction des Juifs est vue au présent, mais aussi au fil du temps lorsque celui qui survit est entouré des siens, disparus, et que défunts et vivants se mélangent quel que soit le temps écoulé et la distance parcourue.

La première nouvelle parle des prémices de l’horreur. Les notables de quatre petites villes doivent désigner les deux d’entre-elles qui seront détruites. La réflexion et les discussions se font de nuit, dans un paysage hivernal de neige et de glace.

Un personnage se retrouve dans plusieurs nouvelles, portant le nom de « shin », cette lettre que l’on trouve sur les mézouzot et les téfilines. Shin survit et s’enfuit, puis se retrouve à Jérusalem entouré de personnes qu’il croise, mais aussi d’autres qu’il a vu et senti mourir, mais qui demeurent cependant près de lui. Bien que disparus, ils l’accompagnement jusque dans ses funérailles.

L’histoire, si elle a plusieurs niveaux, parle page après page de la destruction des Juifs, de ses suites et conséquences, ainsi que des questions engendrées par toute cette haine et cet acharnement à supprimer un peuple ainsi que tout ce qui lui est lié.

Le déluge pleure les morts, mais au-delà tous leurs descendants disparus en même temps, bien avant leur naissance. Il pleure tous ceux uniquement présents par la Mémoire des survivants. Il parle aussi de la souffrance et de la solitude du survivant, de ses questions sur le pourquoi de cette extermination.

L’ultime nouvelle est quant à elle un résumé rapide et violent racontant le déluge sans la présence d’une arche. La descente des eaux n’y apporte aucun soulagement, elle dévoile juste l’ampleur de la destruction.

Ces textes permettent à la mémoire de tant et tant de visages disparus de diverses manières d’être là racontée ou évoquée.

Un texte beau et douloureux.

Sophie MASSON pour Cultures-J.com. 

Le déluge, de Leïb Rochman, aux éditions Buchet-Chastel. 235 pages. 19,00€.

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