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« Le fils de Saül », Oscar du Meilleur film étranger

Saül Fia a secoué la croisette et le jury lors du 68ème Festival de Cannes en traitant de manière très singulière de la représentation de la Shoah, et vient de remporter à Hollywood l’Oscar du Meilleur film étranger.

le fils de saulCe dimanche 24 mai marquait l’ascension d’un jeune cinéaste hongrois de trente huit ans : László Nemes. Pour son premier film, Le Fils de Saül, le réalisateur nous entraîne au coeur d’Auschwitz dans le commandement des Sonderkommandos, ces prisonniers Juifs forcés de participer au plan de la Solution Finale, où un homme, Saül Ausländer, qui travaille dans un crématorium, tentera de trouver une sépulture décente pour son fils.

Ce film a été vécu comme un véritable choc émotionnel, mené par une mise en scène magistrale. Les critiques et le public sont unanimes, et cela n’est pas resté insensible auprès du jury du 68ème Festival de Cannes présidé cette année par les réalisateurs Ethan et Joël Coen qui lui ont décerné le Grand Prix.

Après la Palme d’Or pour Le Pianiste de Roman Polanski, cela faisait treize ans que le Festival n’avait pas récompensé un film dont le thème porte sur l’Holocauste. Pour Claude Lanzmann, spécialiste de la question et réalisateur du célèbre documentaire Shoah, « Le Fils de Saül est l’anti-­Liste de Schindler. Il ne montre pas la mort, mais la vie de ceux qui ont été obligés de conduire les leurs à la mort. » (source : Telerama.fr).

En effet, La Liste de Schindler montre l’horreur de face – d’ailleurs, Lanzmann avait reproché à Spielberg de vouloir « trivialiser » la Shoah (voir sa lettre parue dans Le Monde en mars 1994 : Holocauste, la représentation impossible), alors que dans Le Fils de Saül, l’enfer est suggéré par le flou, le son, le cadre, la musique, et la profondeur de champ.

Pour le marquer de toute sa singularité, on suit tout au long du film le personnage principal où la caméra est placée à 60cm de sa nuque sans que l’on soit en caméra subjective ; le spectateur perçoit ainsi tout ce que le personnage voit : on entend les cris, les coups de feu… Le spectateur se sent complètement en immersion et vit une expérience stupéfiante : le réalisateur n’a pas souhaité traiter la question de l’Holocauste par un drame historique : « On voulait immerger le spectateur dans une expérience, être au coeur de cette chose qui a été montré relativement souvent au cinéma(…). On voulait que ça soit au niveau d’un homme et qu’on ne dépasse pas cette dimension individuelle. »

Ce film porte ainsi un nouveau regard dans le traitement de la Shoah où László Nemes réinvente une forme pour en parler, et en fait un film qui s’inscrit dans la modernité par son dispositif de mise en scène.

Là où ont péri près de 600.000 Juifs hongrois dans les camps – parmi eux la famille de Nemes -, ce dernier a exprimé son désir d’avoir fait ce film pour sa génération : « J’ai essayé de parler de sujets graves à ma génération, de parler de la destruction des Juifs d’Europe alors que ce continent est encore hanté par ça ». Malheureusement encore aujourd’hui, les actes antisémites ne cessent d’augmenter et d’alimenter continuellement l’actualité, où on compte parmi eux l’agression récente d’un consul israélien traité de « sale juif » à Budapest, là où la Hongrie compte la communauté juive la plus importante d’Europe centrale avec près de 100.000 juifs.

L’arrivée de ce film ne peut être un hasard en ces temps obscures et appelle à réveiller les consciences là où la haine des hommes envers d’autres hommes a mené au pire génocide de l’histoire de l’humanité.

Rebecca LAHMY pour Cultures-J.com.

Le fils de Saül, de László Nemes. DVD. 103 minutes.

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