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« Le joueur d’échecs », une partie à revoir, par Johanna Halimi

La rencontre poignante entre deux champions d’échecs que tout oppose. D’un côté, Czentovic, champion en titre réputé, adversaire redoutable dont la personnalité glaciale ne fait que renforcer l’extrême rigidité de son jeu trop parfait.

le joueur d'échecs stefan sweig espace marais sissia buggy theatreDe l’autre, M. B., personnage énigmatique, devenu sans le savoir un véritable maître en l’art. Seul sur ce paquebot à pouvoir défier Czentovic, il se livre malgré lui à un duel cinglant lui rappelant de nouveau son passé et ses démons d’antan. Un passé dans une cage dorée, en perpétuelle lutte contre lui-même pour survivre à l’emprise nazie.

Après un énorme succès au festival d’Avignon en 2013, Le joueur d’échecs continue son envolée à l’Espace Marais. Lorsqu’elle découvre cette nouvelle de Stefan Zweig, Sissia Buggy est tout de suite séduite par sa manière d’écrire et de raconter cette période tragique sans brusquer ni choquer le lecteur. Tout n’est que suggestion et sous-entendu, rendant encore plus intenses les scènes décrites.Elle est d’autant plus touchée par l’histoire que son père a lui-même vécu cette terrible période.

Mettre en scène cette œuvre fut donc pour elle une évidence. Lui donner vie et rendre hommage à l’auteur en toute sincérité, tels ont été ses principaux objectifs.

Avec une mise en scène minimaliste, épurée, allant à l’essentiel, Sissia Buggy réussit à faire plonger le spectateur dans l’univers unique de Zweig. Grâce à un jeu parfait de lumières et de sons, elle apporte à l’œuvre originalité et modernité sans, nous dit-elle « gommer ni appuyer » le travail de l’auteur.

Ancienne danseuse professionnelle, championne de France de patinage artistique, la scénographie est très importante pour elle. Les mouvements du corps, telle une chorégraphie, doivent parfaitement être synchronisés, les expressions du visage parfaitement être exécutés pour créer des plans-images précis à l’instar du cinéma. Un art qui lui parle et qu’elle aimerait beaucoup pouvoir pratiquer un jour.

La scène de théâtre devient un écran vivant éveillant ainsi et de manière unique l’imaginaire du spectateur pour un effet des plus surprenants.

Malgré ces idées de mise en scène originales, il est néanmoins difficile de retrouver toute l’intensité et la force du roman.  Certains, en effet, pourront rester sur leur faim après avoir goûté aux lignes parfaites de Zweig. Ainsi, le passage le plus éprouvant, lorsque M. B. raconte l’enfer qu’il a vécu dans cette chambre d’hôtel inhumaine est rapidement survolé. Le sentiment d’isolement le menant à la folie n’est que peu perceptible et la pression nazie sur M. B. que peu ressentie. Malgré un Joseph Morana dans ce rôle se battant avec beaucoup de volonté et d’intention.

L’instant émouvant de la pièce, lorsque M. B. séjourne à l’hôpital, risque également de se heurter aux mordus d’Histoire qui ne pourront ignorer l’anachronisme de la musique du film La Liste de Schindler, le livre ayant été écrit bien avant que le film ne soit sorti.

Une attention toute particulière est à noter pour l’interprétation remarquable d’Arnaud Bruyère qui incarne avec brio un Mac Connor haut en couleurs, apportant à la pièce une touche british des plus funny !

Le joueur d’échecs, jusqu’au 10 mai à l’Espace Marais. Réservations sur le site du théâtre Espace Marais.

Johanna HALIMI pour Cultures-J.com.

Si vous désirez aller plus loin :

– Le Joueur d’échecs, aux éditions Livre de Poche. 128 pages. 3,00€.

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