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« L’enfance des dictateurs », de Véronique Chalmet

Staline, Mao, Amin Dada, Mussolini, Hitler, Bokassa, Kadhafi, Pol Pot, Franco, Saddam Hussein… A elle seule, cette poignée d’hommes aux noms effroyables totalise plusieurs dizaines de millions de morts, et des règnes tous plus violents les uns que les autres.

veronique chalmet enfance des dictateursTerroristes, barbares, cannibales, criminels de guerre, fous, qu’ils soient arrivés au pouvoir suite à des coups d’état ou grâce à des puissances colonialistes avides d’intérêt, tous ont laissés sur l’histoire du monde contemporain une tâche rouge indélébile. Le rouge du sang et du chaos.

Si aujourd’hui, à-travers reportages télévisés, livres ou sites internet, leurs vies et leurs crimes ne sont plus un secret, que sait-on en réalité de leur enfance, de ces années décisives qu’ils n’ont pas pu contrôler ?

Pour écrire L’enfance des dictateurs, Véronique Chalmet a lu des centaines de pages de documents, visionné des heures d’images, et s’est littéralement plongé dans les racines du mal, celles des premières années de ces enfants qui n’allaient pas tarder à se transformer en monstres.

Dix hommes donc, et pas des moindres.

Au fil des 165 pages de l’ouvrage – dont 12 sont consacrées à des fac-similés, photographies ou copies de faire-part, on y apprend que, bien qu’élève peu brillant habitué aux échecs, Pol Pot profitera de ses années d’études au collège français pour se forger une éducation politique auprès de l’association des étudiants khmers, et y recruter théoriciens et futurs ministres de son gouvernement.

Gardien de chèvres, Idi Amin Dada est quant à lui abandonné très tôt par son père – cette notion de père absent, violent ou alcoolique se retrouve à de nombreuses reprises au cours de ces destinées, et vit avec sa mère, courtisane auprès des militaires britanniques. A ses heures perdues, cette dernière démembre des dépouilles animales, voire humaines. Ces visions macabres et sanguinolentes auront sur le jeune garçon un effet ravageur et feront de lui, en plus d’un tyran martyrisant son peuple, l’un des hommes les plus cruels, allant jusqu’à ôter le foie ou les yeux de ses victimes pour faire oublier jusqu’à leur souvenir.

Battu par un père qui l’enlèvera quelques années plus tard, Iossif Vissarionovitch Djougachvili – futur Staline, assiste régulièrement aux scènes violentes dont est victime sa mère. D’une santé fragile, constamment malade, il évite le front lors de la Première guerre mondiale à cause de son bras estropié, et s’engage ensuite dans la Révolution. Au même titre que si Hitler avait réussi son examen d’entrée à l’école des Beaux-Arts et s’était orienté vers des études artistiques, on est en droit de se demander quel visage aurait adopté le monde si Staline s’était battu en première ligne, et y avait été tué. D’enlèvements en rackets, il multiplie les actions afin de renflouer les caisses du Parti, et lorsque Lénine meurt, en 1924, il prend le pouvoir pour près de 30 ans. 30 ans au cours desquels sa dictature et son règne sans partage feront plus de 20 millions de morts.

Mao, fils de soldat et d’éleveur, lit secrètement des épopées militaires interdites desquelles il s’inspirera sans doute pour gouverner la Chine d’une main de fer, et la mener à la puissance nucléaire, alors que Mussolini, enfant retardé qui fréquente les prostituées dès l’âge de 14 ans, considère le passage par la case « prison » comme un véritable titre de gloire familiale. Restent Franco, Hitler bien sûr, mais aussi Saddam Hussein, l’enfant non désiré, battu, sexuellement abusé et né dans une région où une vie pèse moins qu’un baril de pétrole, et enfin Bokassa, l’homme aux 18 femmes et 40 enfants qui fit ses armes chez les tirailleurs de l’armée française avant de renverser Dacko, et de s’installer au pouvoir avec la bénédiction de l’Etat français qui plaçait alors ses pions en centrafrique.

Dix destins présentés en autant de chapitres composent donc L’enfance des dictateurs. Rapides, concis, ils éclairent chacun d’une lumière nouvelle les pages sombres de l’histoire du 20ème siècle, en en resituant les origines, qu’elles soient familiales, politiques ou historiques.

L’enfance des dictateurs, de Véronique Chalmet, aux éditions Points. 180 pages. 6,40€.

Dans le cadre de la sortie de L’enfance des dictateurs, Cultures-J.com a rencontré l’auteure Véronique Chalmet, qui a accepté de répondre à nos questions. Découvrez cette rencontre.

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