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Les arts sous l’Occupation : 1/5. Collaboration et Résistance, quelle frontière ?

L’Occupation fait immédiatement penser à rationnement, peur, exode ou encore déportation. Mais ce fut également une époque de grande créativité intellectuelle.

Le marché de l’art était florissant, les œuvres se vendaient bien – on peut parler à cette époque de 70 galeries d’art, les spectacles affichaient complet et le cinéma n’était pas non plus en reste avec 220 films français produits par 82 cinéastes.

La volonté allemande que la vie culturelle française se poursuive comme avant pour donner aux français une impression de continuité était exaucée. Et le livre d’Alan Riding Et la fête continue le montre bien. Mais il y avait un autre enjeu à cette volonté, lié celui-ci à la jalousie. La suprématie de la culture française faisait en effet ombrage à la grande Allemagne. Dès lors, la France occupée, ou en d’autres termes la « France allemande » devait faire mieux pour montrer aux français la supériorité allemande dans tous les domaines, y compris celui-ci.

Comme le dit Lionel Richard  « Toute propagande efficace cherche à toucher le cœur de l’individu, à l’émouvoir, et non à développer son sens critique. » Les occupants montrent une volonté d’endoctriner, et pour cela ils « cachent » de petits bouts de slogans au milieu de divertissements variés qui évitent de penser.

1. Collaboration/Résistance : quelle frontière ?

De nombreux artistes produisirent des œuvres dans leur domaine, que ce soit la peinture, le théâtre, la musique, la littérature ou encore le cinéma. A bien des égards cela posa la double question de savoir, jusqu’où produire sans collaborer et comment survivre, au niveau des besoins du quotidien, sans produire ?

Chacun s’arrangea avec sa conscience comme il le voulait ou pouvait. Les attitudes allèrent de l’arrêt complet de toute production comme pour les écrivains Jean Guéhenno ou René Char, à une production intense y compris en se rendant en  Allemagne comme pour l’actrice Suzy Delair.

Là je ne parle pas d’artistes collaborant de façon notoire, car à-côté de cette production artistique, il y a une production engagée. Celle-ci soit sert le régime de Vichy et/ou les allemands et leur propagande directe, soit leur résiste et dénonce leurs agissements.

La frontière est parfois floue d’ailleurs. Un exemple frappant est celui du chef d’orchestre Raymond Legrand qui travailla régulièrement pour Radio-Paris, radio allemande à Paris sous l’Occupation. A la Libération il fut défendu par les musiciens de son orchestre qui affirmèrent que ces émissions n’étaient pas de son fait, mais liées à une demande allemande, et qu’en acceptant d’y participer il a protégé les membres de son orchestre pour certain du risque de déportation, pour d’autres, un peu plus tard, de l’obligation de STO.

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir font partie de ceux dont l’engagement est source de désaccord. A la Libération, ils firent partie du comité d’épuration chargé de punir les artistes collaborateurs, mais encore 70 ans après, des divergences persistent sur leurs choix et engagements réels durant l’Occupation.

A cette époque les salons littéraires permettent d’atténuer encore les frontières. Tous, allemands, français, collaborateurs ou résistants, se retrouvent autour d’une personnalité du monde littéraire pour une agape tant intellectuelle que culinaire. Le salon de Françoise Gould semble le plus connu.

Certaines pièces de théâtre, comme Antigone d’Anouilh, furent comprises différemment par les collaborateurs et par les résistants. Au final, chaque camp y vit sa cause soutenue. Ce ne fut d’ailleurs pas la seule, il y eut également quelques autres pièces et films.

Dans Paroles de l’Ombre 2 se succèdent les écrits des uns et des autres. On y voit côté Résistance les Editions de Minuit qui publièrent une vingtaine de titres, dont les romans de Vercors. Le livre offre aussi la possibilité de lire des quatrains de Jean Paulhan, créateur des Revues Résistances, de Pensées Libres et Lettres Françaises.

Sophie MASSON pour Cultures-J.com.

Merci aux éditions les Arènes, Découvertes Gallimard, Plon et L’Harmattan pour leur contribution à la rédaction de cet article. Vous pouvez retrouver les ouvrages qui ont été utilisés ci-dessous :

Paroles de l’ombre 2. Poèmes, tracts, journaux, chansons des Français sous l’Occupation, de Jean-Pierre Guéno et Jérôme Pecnard, aux éditions les Arènes. 112 pages. 34,80€. Un livre très visuel et tactile qui permet de comparer écrits de la Résistance et de la Collaboration, et de tenir entre ses mains fac-similés de document de l’époque.
La vie culturelle dans la France occupée, d’Olivier Barrot et Raymond Chirat, aux éditions Découvertes Gallimard. 160 pages. 15,50€. Permet de par son format compact et pratique d’avoir un résumé complet, illustré et synthétique.
– Et la fête continue, d’Alan Riding, aux éditions Plon. 437 pages. 24,50€. Un ouvrage très complet qui traite des arts et du spectacle durant l’Occupation, tout en les replaçant dans l’Histoire, ce qui permet de mieux comprendre.
Jazz et société sous l’Occupation, de Gérard Regnier, aux éditions L’Harmattan. 300 pages. 28,00€. Ce livre met en lumière toutes les subtilités des différentes sortes de jazz afin de bien appréhender cette époque à-travers lui.

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