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Munich, Dachau. 4/4 : Dachau : un billet pour l’enfer

Depuis le centre de Munich, rejoindre le camp de Dachau demande environ vingt-cinq minutes par le train S2 jusqu’à la gare de Dachau, puis quinze minutes supplémentaires par le bus 726 qui vous dépose à l’entrée du camp.

Sitôt arrivé, le décor est planté et ne laisse place à aucune interprétation. Le parcours que le visiteur est invité à suivre le replonge méthodiquement dans l’une des pages les plus effroyables de l’Histoire du 20ème siècle. Face au poste de garde, un bâtiment blanc recouvert de tuiles rouges et surmonté d’un mirador, des vestiges des rails de chemins de fer et du quai où descendaient les prisonniers sont encore visibles. Ouvert moins de deux mois après l’accession au pouvoir d’Hitler, Dachau, le premier camp de concentration créé en Allemagne et dont allaient s’inspirer les autorités nazies lors des douze années suivantes, voit son premier convoi arriver le 22 mars 1933, un jour après l’annonce de son ouverture par Heinrich Himmler.

Sous le proche d’entrée, le portail frappé de la fameuse devise en fer forgé Arbeit Micht Frei s’impose. Dérobé le 1er novembre 2014 – à l’instar d’Auschwitz en décembre 2009 -, son vol a suscité une vague d’indignation de la part des organisations juives, mais également de la classe politique allemande.

A l’intérieur , le bâtiment de maintenance, sur la droite, fait face à la place d’appel et abrite aujourd’hui un musée qui revient sur les conséquences de la Première guerre mondiale, la montée du nazisme qui suivit, et explique avec précision l’histoire du lieu. Construit par les prisonniers eux-mêmes, le bâtiment de maintenance servait aux besoins du camp et comprenait une salle de désinfection pour les nouveaux arrivants, des vestiaires, une salle de douche – dernière étape de la procédure d’admission et dont les sols originaux sont toujours visibles -, une cuisine, une laverie… Sur les toits figurait à l’origine le texte « Il existe un chemin vers la liberté, ses étapes ont pour nom obéissance, zèle, honnêteté, ordre, propreté, sobriété, sincérité, esprit de sacrifice et amour de la patrie! « , comme le montrent de nombreuse photographies de l’époque, prises entre autre par l’armée américaine.

La salle numéro 15, dernière salle de la visite, est consacrée à une exposition spéciale sur l’artiste yougoslave Nandor Glid, qui signe deux oeuvres mémorielles du camp : le mur d’accès avec l’inscription qui fait face à l’entrée du musée, ainsi que le Monument International, entre le bâtiment de maintenance et la cour d’appel. Ecrite en quatre langues, l’inscription du mur d’accès invite à ne jamais oublier ceux qui furent exterminés ici et à s’unir pour défendre la paix, la liberté et le respect de la personne humaine, tandis que l’imposant Monument International, bronze aux formes abstraites fendant le ciel, représente sept corps de prisonniers émaciés pris dans des barbelés. Yad Vashem, le Mémorial de la Shoah à Jérusalem, possède également dans son jardin une version de cette même sculpture, plus petite, rendant hommage à toutes les victimes des camps de concentration et d’extermination.

De nos jours, il ne reste aucun baraquement d’origine sur les trente-quatre que comptait Dachau. Seules des fondations et des stèles numérotées, longées par une allée de peupliers témoins des horreurs qui se sont déroulées là, permettent de les resituer. Conçues pour loger 200 prisonniers, à la fin de la guerre, certaines baraques en accueilleront jusqu’à dix fois plus. Afin de permettre aux visiteurs de s’imaginer quelles étaient leurs conditions de vie et de détention, deux d’entre-elles ont été reconstruites.

A l’extrémité nord du camp, deux chapelles – l’une catholique, l’autre russe orthodoxe -, une église protestante, un couvent carmélite et un mémorial Juif permettent à qui le souhaite, quelle que soit sa religion, de se recueillir.

Inauguré en mai 1967 et signé Zvi Guttmann, le Mémorial Juif est construit en pierres de lave noire. Son accès se fait par une rampe bordée de barbelés, rappelant les quais sur lesquels ont débarqué des millions de Juifs d’Europe, et conduit le visiteur dans l’obscurité. Une étroite ouverture dans le toit laisse passer une mince source de clarté – la victoire de la lumière sur les ténèbres -, surplombée d’une ménorah de marbre symbolisant la continuité du judaïsme.

En toute fin de parcours, séparés du camp, les fours crématoires n’étaient accessibles qu’aux personnes qui y travaillaient. On y accède en empruntant un pont de bois enjambant un cours d’eau au bruit apaisant. Passé la stèle indiquant l’entrée du crématorium, le chemin sous-bois situé à droite mène vers des lieux d’exécution.

Le « vieux crématoire « , construit en 1940 pour faire face à une mortalité grandissante , était équipé de deux fours. Mais leur capacité se révélant rapidement insuffisante – on estime à environ 11.000 le nombre de prisonniers incinérés ici -, un second crématoire fut édifié à partir de mai 1942. Appelé le « grand crématoire « , ou « barrack X », il avait la double fonction d’exécuter les détenus dans la chambre à gaz maquillée en douches située en son centre , puis de faire disparaître les corps dans ses quatre fours pouvant contenir chacun deux ou trois cadavres. Selon les témoignages de survivants, la chambre à gaz n’a cependant jamais été utilisée pour le meurtre de masse, mais pour l’élimination de petits groupes ou de personnes individuelles.

Au total, environ 43.000 personnes périrent à Dachau entre 1933 et 1945.

Si vous désirez aller plus loin :

– C’était ça, Dachau (nouvelle édition), de Stanislas Zamecnick et Sylvie Graffard, aux éditions du Cherche Midi. 462 pages. 21,00€.
– Justice à Dachau, de Joshua M. Greene, aux éditions Calmann-Lévy. 448 pages. 23,35€.
– La baraque des prêtres, Dachau 1938-1945, de Guillaume Zeller, aux éditions Tallandier. 320 pages. 20,90€.

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