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« Opus Coeur », d’Israël Horovitz, au théâtre du Petit Hebertot

C’est un petit opus à trois séquences que nous délivre Opus cœur, la pièce de théâtre de Horovitz actuellement au théâtre du Petit Hebertot.

opus coeur israel horovitzComme dans toutes les pièces d’Horovitz, il y a toujours une tension, un malaise, un non-dit qui finira par se révéler.

L’action se passe dans la ville de Gloucester, dans le Massachusetts. Un homme, Jakob Brackish, ancien professeur de littérature et de musicologie à l’université, touché par la maladie, célibataire, mélomane a appris qu’il allait bientôt mourir et son médecin lui conseille de rester chez  lui et de se faire aider. Pour ce faire, il décide d’embaucher Kathleen Hogan, une garde malade. Il lui dit qu’il l’engage pour l’aider à terminer sereinement les derniers mois de son existence. Son contrat sera à durée déterminée, six mois, voire un an, pas plus ! Elle accepte et cela lui convient ! Kathleen lavera son linge, s’occupera des repas et de l’entretien de la maison. Tout en douceur, elle s’approprie la maison ! Elle est fébrile, s’énerve facilement, n’est pas très futée. Il s’en offusque mais bon, il fera avec…

Tout oppose Jakob et Kathleen. Lui, l’homme cultivé, le professeur tant redouté de ses élèves qui passe ses journées à écouter une radio classique dans cette maison en bois, la maison de son enfance. Une radio dont l’animateur, Byron Weld, une vieille connaissance, incarne le troisième personnage de cette pièce. Elle, une jeune femme issue d’un milieu bien populaire, veuve depuis peu, âgée d’une quarantaine d’année (à vrai dire on ne peut lui donner d’âge). Kathleen parle sans détour et très vite, elle commence à dévoiler certaines choses : son mari connaissait le professeur, c’était un de ses anciens élèves, puis elle avoue avoir été aussi une de ses élèves, puis plein d’autres choses.

Jakob, homme fier ne voulant pas perdre face, sent que la garde-malade lui cache quelque chose et joue avec le fait qu’il n’entend plus très bien. Le passé se rappelle à eux, leurs souvenirs se superposent, la tension monte. Elle est sa mémoire. Mais sous des dehors énergiques et son parler populaire, Kathleen cache une blessure profonde. Elle est là pour la panser mais aussi pour régler ses comptes.

Elle a souffert, de son fait. Elle hurle sa douleur, sa peine. Nathalie Newman, qui incarne Kathleen, magnifie le personnage ! On s’attache à elle malgré sa brusquerie. Elle accomplit une prouesse, celle de faire exister son personnage. Elle m’a soutiré une larme tant ses mots et sa voix concordaient. C’est une femme blessée qui cherche à comprendre son passé pour mieux affronter l’avenir.

Elle n’était pas heureuse avec son mari, mais pas malheureuse non plus ! De toute façons elle sait qu’elle n’a rien à espérer ! Elle est assez fataliste  et pense que son destin est tracé. Elle se joue du professeur, elle cherche à le confronter.

Et lui, est-il vraiment égoïste ? Marcel Marechal campe un Jakob prodigieux. Âgé, il joue le vieux bougon qui ne veut surtout pas être embêté et veut juste écouter sa radio sans qu’on ne l’emmerde ! Et dans ses yeux on voit tout le travail, toute la poésie d’un grand du théâtre. Il explose, fait semblant, joue des petits tours à cette jeune femme qu’il aimerait rabaisser. Mais elle lui en dit trop… Elle vient perturber son existence qui était réglée comme un papier de musique, il ne fallait surtout pas de fausses notes ! La musique a été toute sa vie. Les années ont passé sans qu’il s’en aperçoive. Il a passé son existence à collectionner des diplômes, à en délivrer d’autres, a fait du mal sans le savoir tant il était obsédé par la rigueur, l’excellence, mais a aussi gâché certains destins qu’il ignore.

La mise en scène, sobre et efficace, est signée Caroline Darnay. Le Petit Hebertot est un petit théâtre, ce qui permet une grande proximité avec les comédiens. Ils sont proches de nous, jouent pour nous, et c’est un plaisir de sentir le texte et d’entendre ces morceaux de musique classique que la radio locale nous diffuse.

Deux êtres, deux solitude qui vont se déchirer pour mieux se comprendre. Lui en fin de vie, qui va s’éveiller à une jeunesse. Elle qui attend un début de vie et une sérénité d’âme.

Les mots d’Horovitz cognent ! Ce sont des mots vrais, il peint une réalité emplie de sentiments, de frustrations, d’espoirs et de rancunes. Il peint la vie, la vraie, celle qu’on vit et qui parfois fait mal. Mais la vie n’est pas facile, sinon ce ne serait pas la vie. Ce serait le paradis !

Poignant, cocasse, Opus Coeur nous laisse à réfléchir sur le sens de nos actes et sur la façon d’agir avec nos prochains.

Myriam HALIMI pour Cultures-J.com.

Opus Coeur, actuellement au théâtre du Petit Hebertot. Renseignements sur le site du théâtre du Petit Hebertot.

Si vous désirez aller plus loin :

– Le Baiser de la veuve, d’Israël Horovitz, aux éditions Théâtrales. 111 pages. 14,95€.
– Dix pièces courtes, d’Israël Horovitz, aux éditions Théâtrales. 283 pages. 22,50€.
– Un New-Yorkais à Paris, d’Israël Horovitz, aux éditions Grasset. 420 pages. 21,80€.

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