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Rencontre avec Cédric Lavie, metteur en scène de la pièce « Judith »

Dans le cadre de la pièce Judith, Cédric Lavie, metteur en scène, a accepté de répondre à nos questions.

Cultures-J.com : Judith est votre première création à la fois à l’écriture et à la mise en scène. Comment vivez-vous cette grande aventure ?
Cédric Lavie : Judith n’est pas mon premier texte mais c’est effectivement la première fois que j’écris et mets en scène. L’excitation et le bonheur ont pris le dessus sur le stress. Comme souvent, ce sont les rencontres qui accompagnent une aventure, qui permettent de magnifier un projet, et j’ai eu la chance d’être accompagné et suivi sur ce projet par des gens formidables. Aujourd’hui je suis dans l’action et ne réalise pas encore tout ce qui a déjà été fait. Mais voir vivre des personnages que l’on a créé à travers les comédiens est une sensation extraordinaire. Pour répondre plus précisément, aujourd’hui je ne me pose plus de questions et mets toute mon énergie pour obtenir le résultat souhaité. Je ferai le bilan de cette aventure plus tard, mais je sais déjà que ce sont des moments exceptionnels que je vis.

C-J.com : Vous êtes passé de l’univers musical à l’écriture de scénarios pour le théâtre, comment s’est opéré ce glissement ?
C.L. : J’ai fait une rencontre musicale qui m’a poussé à écrire aussi des textes, et j’ai commencé à écrire des chansons. La musique a toujours été une passion mais lorsque j’ai écrit des paroles, je me suis découvert le plaisir de raconter des histoires. Naturellement, j’ai voulu aller plus loin et prendre le temps de donner plus de corps aux héros de mes histoires. Le théâtre permet de faire parler les gens, les personnages. Naturellement cette forme d’écriture m’a attirée. Jusqu’au jour où j’ai voulu franchir une nouvelle étape, donner vie à tous ces personnages. Tout cela est venu progressivement au fil des textes, de l’expérience acquise et bien sûr, encore une fois, au gré des rencontres.

C-J.com : Quelles ont été vos sources d’inspirations pour écrire Judith, qui peut par certains aspects faire penser au Repas des fauves de Vahé Katcha, ou même à La corde d’Hitchcock ?
C.L. : Je n’ai pas conscience d’une influence particulière, même s’il y en a forcément eu. Mais j’ai croisé beaucoup de gens ces dernières années et j’ai compris que la vie simple n’existait pas. Toutes les histoires humaines sont fascinantes. Je me suis inspiré de toutes ces vies, avec une attirance pour les contradictions, les tensions, les non dits et les décalages entre l’image que l’on cherche à renvoyer et ce que l’on est vraiment. C’est aussi tout cela que j’ai souhaité retranscrire dans ce texte. 12 hommes en colère m’a sûrement aussi influencé. Ce moment où on se retrouve entre humains, où on enlève tous les artifices du monde extérieur et que l’on s’interroge me plait.

C-J.com : Pourquoi avoir choisi le thème de la Shoah dans l’Allemagne des années 60, une quinzaine d’années après l’Holocauste et la fin de la Seconde Guerre Mondiale ? Que souhaitez-vous exploiter ?
C.L. : La Shoah, et j’espère ne pas choquer, me permet de poser un cadre, un décor. Cela permet, j’espère pour le public, de comprendre instantanément ce qui unit mes personnages et ce qui fait que leur vie a été complètement bouleversée. C’est le drame de l’humanité dont je me sens bien sûr aussi le plus proche de par ma judéïté. Il m’était plus facile d’en parler et comprendre la psychologie des héros, même si j’espère que les sujets abordés dans cette pièce comme la trahison, le pardon, l’amitié, la religion restent universels. En préparant ce texte, je n’ai jamais cherché à écrire un texte d’Histoire, ni même un témoignage authentique, mais je me devais de rester crédible au moins au niveau de l’aspect psychologique. C’est pourquoi je l’ai fait lire à des gens impliqués dans cette tragédie avant de me lancer. J’ai pris conscience que les témoins directs ne sont plus très nombreux, et qu’en ces temps où l’enseignement de ces années devenait parfois complexe, ma génération allait devoir assumer le passage de la Mémoire sans témoins. C’est une lourde responsabilité. C’est ma modeste contribution. Et l’actualité a malheureusement rattrapé mes craintes. L’Histoire ne se conjugue pas seulement au passé. L’Histoire redevient parfois dangereusement présente.

C-J.com : Quels ont été les critères de sélection quant au casting, et pourquoi ces choix ?
C.L. : Pour ce casting, il y a eu de tout. Un vrai casting avec des auditions, des présentations via des contacts communs. Mais aujourd’hui nous formons une vraie troupe. Bien sûr il fallait que les comédiens valident le texte et acceptent la pièce. Pour accentuer la portée universelle, je ne voulais pas de comédiens trop typés. Je ne voulais pas d’une pièce qui n’attire que la communauté parce que j’espère que ce sujet intéresse un plus large public.

C-J.com : Avez-vous déjà d’autres idées pour de futurs spectacles ?
C.L. : Le prochain spectacle est déjà écrit et devrait être plus léger, mais c’est une autre histoire. Chaque chose en son temps. Aujourd’hui je reste concentré sur Judith avec l’envie d’aller plus loin encore, et peut-être filmer cette histoire. Des idées sont mises sur la table. On verra.

Propos recueillis à Paris en janvier 2016.

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