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« Services secrets. Une histoire, des pharaons à la C.I.A. », de Wolfgang Krieger

Professeur d’histoire à l’université de Marbourg et spécialiste du renseignement, Wolfgang Krieger signe avec Services secrets. Une histoire, des pharaons à la CIA un panorama s’étalant de l’Antiquité à nos jours.

services secrets livreS’il est impossible de comparer un espion de la Rome antique à un agent secret actuel, il s’avère cependant que les fondements restent les mêmes. La collecte, la vérification et l’analyse d’informations, puis leur utilisation à des fins politiques et militaires ont de tout temps eu cours, ne cessant de se perfectionner et de se professionnaliser au fil des siècles.

Césars, pharaons, princes et empereurs utilisent très tôt les services d’agents secrets, à la fois pour assurer leur sécurité, mais aussi pour renforcer leur pouvoir. Certains peuples, byzantins, babyloniens, assyriens et perses plus particulièrement, élèveront à un tel niveau ces méthodes qu’ils susciteront l’émerveillement des intellectuels de l’époque.

Il eut en effet été impossible pour certains souverains et conquérants de régner sur des empires de millions de kilomètres carrés sans un service de renseignements perfectionné soutenu par de puissantes armées, à l’image d’Alexandre le Grand – espion lui-même, qui ouvrait le courrier de ses soldats et les faisait épier tant il était suspicieux, ou de Gengis Kahn, guerrier barbare et analphabète qui faisait espionner durant des mois des états comme la Chine ou les principautés russes avant de lancer l’assaut.

A la fin de la République, l’empire romain ne comportait aucun service de renseignements digne de ce nom, ce qui lui vaudra de cuisantes défaites, comme lors des guerres avec les étrusques entre autres. Mais avec l’arrivée de César, Rome comprend que ses institutions ne sont plus à la hauteur. La collecte d’informations sur les peuples voisins devient alors une priorité, et sous le règne d’Hadrien, en plus de leurs fonctions d’espions, les « frumentarii » ont également ordre d’éliminer les personnes indésirables, ce qui jouera un rôle non négligeable dans la persécution des chrétiens.

Tandis qu’Elisabeth 1ère, le cardinal de Richelieu – qui mettra sur pied un redoutable réseau d’espions – dont le père Joseph est la figure centrale, pour lutter contre les opposants de France, ou encore Napoléon et son agent le plus emblématique Charles Schulmeister s’appuient considérablement sur les informations fournies par leurs agents, de l’autre côté de l’Atlantique, le général Washington, à cause d’un service de renseignements trop mal organisé, rencontre de nombreuses défaites. Il en tirera les conclusions et lorsqu’il deviendra en 1789 le premier président américain, il injectera 40.000$ de budget dans un service chargé de l’espionnage extérieur. Trois ans plus tard, ce budget sera porté à un million de dollars, ce qui représentait à l’époque 12% du budget fédéral. Aujourd’hui, il ne représente plus que 0,2%.

Au fil des pages et des siècles qui défilent, et des technologies qui évoluent – télégraphe, téléphone, le lecteur croisera également Eugène-François Vidocq, père de la police judiciaire et fondateur de la première agence de détectives privés de l’histoire, que l’on retrouve entre autres dans Les Misérables, de Victor Hugo, ou dans la Comédie Humaine de Balzac, Alfred Dreyfus, accusé de trahison au profit de l’Empire allemand, ou encore le lieutenant Siegfried Helm, jugé pour espionnage pour avoir réalisé des dessins dans le port militaire britannique de Portsmouth.

Plus proche de nous, l’ouvrage revient sur les répressions en Union Soviétique et l’essor des services de renseignements extérieurs sous la dictature stalinienne, l’échec des services américains qui n’ont pu éviter Pearl Harbor, ou encore le désir d’Adolf Hitler d’être régulièrement informé de la situation, alors qu’il n’en tenait en réalité peu compte dans ses décisions politiques et militaires, à l’inverse de Winston Churchill, fervent lecteur des rapports émanant de ses services de renseignements.

A juste titre, les 360 pages de Services secrets. Une histoire, des pharaons à la CIA se lit comme un très bon livre d’espionnage, à la différence que son histoire n’a rien de fictive. De l’amateur au spécialiste en passant par le curieux, il comblera les attentes de chacun.

Services secrets : Une histoire, des pharaons à la CIA, de Wolfgang Krieger. Editions CNRS. 362 pages. 10.00€.

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