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« Stefan Zweig : adieu l’Europe », le nouveau film de Maria Schrader

Intarissable source d’inspiration, on ne compte plus le nombre d’oeuvres de Stefan Zweig qui ont été adaptées sur scène ou portées à l’écran.

stefan zweig adieu l'europe maria schraderD’Amok au Joueur d’échecs, en passant par Vingt-quatre heures de la vie d’une femme ou Lettre d’une inconnue, les romans et nouvelles de Stefan Zweig, l’auteur de langue allemand le plus lu avec Thomas Mann et le septième auteur le plus lu au monde, sont devenues au fil des ans de véritables références.

Tout juste cent ans après la première représentation de l’une de ses pièces – Jérémie, montée à Zurich en 1917 -, c’est avec un focus sur les dernières années de sa vie d’exil que Stefan Zweig revient à l’écran dans Adieu l’Europe, signé Maria Schrader.

Le rôle-phare est très justement porté par Josef Hader, qui campe un Stefan Zweig émouvant et brillant. Pour la réalisatrice, il était en effet important que la langue maternelle de chaque comédien corresponde à celle du personnage historique qu’il incarne. Son choix s’est donc très normalement porté sur cet acteur autrichien, déjà vu dans Blue Moon, d’Andréa Maria Dusl, ou encore dans le téléfilm Sang chaud et chambre froide, de David Schalko.

Composé de différents tableaux s’étalant de 1936, date de son premier voyage au Brésil, jusqu’en 1942, le film s’ouvre sur son arrivée et son accueil à Rio de Janeiro. Pas un jour ne se passe sans que Stefan Zweig et son épouse Lotte ne soient invités à une réception, un colloque, une inauguration… Une contrepartie en remerciement des faveurs accordées par les différents ambassadeurs sans doute.

Il aime ce Brésil des années 30, une nation moderne et démocratique qui accueille autant d’émigrés que les Etats-Unis ou la Palestine mandataire, et dans laquelle il entrevoie le futur, recevant en l’espace de quelques jours plus de lettres et de marques d’amitié qu’en plusieurs années en Europe. Mais au milieu de cet innombrable courrier se glissent également les cris d’alarme et les appels à l’aide de centaines de Juifs lui demandant de l’aide pour quitter cette Europe qui sombre dans le chaos, un chaos qu’il ne peut malheureusement que constater et qui le mènera à sa fin.

Le second tableau revient quant à lui sur le fameux congrès du PEN Club de Buenos Aires (Poets, Essayists, Novelists), qui se déroule du 5 au 15 septembre 1936 en Argentine. Avec Emil Ludwig, Stefan Zweig est le seul représentant de la littérature allemande à ce congrès. Le hasard voudra qu’à la même date se déroule, de l’autre côté de l’Atlantique, le congrès du parti nazi, un parti qui a fait un autodafé de ses livres mais que l’écrivain ne voudra pourtant jamais condamner publiquement. Se pose alors la question : où se trouve la frontière entre littérature et politique ?

Pour cette partie, Maria Schrader et le scénariste Jan Schomburg, qui avaient déjà collaboré sur le film Lena, ont longtemps cherché le compte-rendu du PEN club de 1936, avant d’en découvrir une copie en espagnol à la bibliothèque municipale de Berlin. Ils y ont trouvé tous les textes qu’ils cherchaient et notamment Mort au paradis, d’Alberto Dines, qui relate avec précision le séjour des Zweig au Brésil.

Puis viennent ensuite le séjour dans la forêt tropicale de Bahia, New York, cette mégapole dans laquelle Lotte souffre d’asthme et qu’il leur faudra quitter au début de l’année 1941, puis finalement Pétropolis.

Le 22 février 1942, après avoir rédigé en en allemand une lettre dans laquelle il remercie le Brésil pour son hospitalité et la nouvelle vie qu’il lui a accordé, Stefan Zweig et son épouse Lotte se suicident. « Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j’éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m’a procuré, ainsi qu’à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j’ai appris à l’aimer davantage et nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même. »

Maria Shrader, séduite par l’idée de réaliser un film sur l’Europe mais dont l’action se déroule hors de ce continent, ne voulait pas résumer toute une vie dans un mélodrame, raison pour laquelle Jan Schomburg et elle ont opté pour un film en chapitres indépendants. Dans Adieu l’Europe, en plus de mettre en lumière les grandes difficultés financières du couple, elle tente d’analyser et de comprendre le dilemme qui hante Stefan Zweig : comment vivre une existence agréable dans un paradis tropical tout en sachant que pendant ce temps, l’Europe sombre et que ses amis et ses proches se font assassiner?

A voir absolument !

Stefan Zweig : adieu l’Europe, de Maria Schrader, le 10 août au cinéma.

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1 commentaire sur « Stefan Zweig : adieu l’Europe », le nouveau film de Maria Schrader

  1. Le Brésil des années 30 est und dictature menée par Getùlio Vargas, qui a livré Olga Benario (juive et de gauche, enceinte de Luis Carlos Prestes) auf nazis… Comme démocratie il y a mieux, beaucoup mieux!

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