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Une étrange Arche de Noé au zoo biblique de Jérusalem…

Il y a quelques mois, dans le cadre de l’exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais, nous avions évoqué la présence de certaines oeuvres de l’artiste en Israël, à Jérusalem. L’occasion d’y revenir aujourd’hui plus longuement.

Un monstre à Kiryat HaYovel

Le monstre est un sujet reccurent dans le travail de Niki de Saint Phalle, une représentation qui effraie mais nous contraint à affronter nos peurs. Aussi, lorsqu’elle reçoit en 1972 du maire de Jérusalem, Teddy Kollek, une commande pour aménager un espace pour enfants dans le jardin Rabinovitz, dans le quartier de Kiryat HaYovel, rien d’étonnant à ce qu’elle aille puiser son inspiration au coeur même de la mystique juive.

D’abord mal accueilli, car susceptible d’effrayer les enfants avec ses trois langues-tobbogans – symbolisant les trois religions monothéistes -, le Golem, aussi étrange que bienveillant, est devenu au fil du temps le symbole du quartier. Tant et si bien qu’en 2014, face à une menace de démontage dans le cadre des grands travaux du tramway de Jérusalem, une pétition fût lancée par les habitants de Kyriat HaYovel afin de conserver leur oeuvre qui risquait d’être détruite.

Installé à l’entrée du Jardin Rabinovitz, rebaptisé depuis bien longtemps Gan HaMitfletstet, « Jardin du Monstre », au croisement des rues Henrietta Szold, Yaacov Tahon et Arthur Hantke, le Golem accueille toujours quantité d’enfants et de familles du quartier, mais aussi de nombreux touristes.

D’étranges animaux au zoo biblique

« Sors de l’arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi. Fais sortir avec toi tous les animaux de toute chair qui sont avec toi, tant les oiseaux que le bétail et tous les reptiles qui rampent sur la terre : qu’ils se répandent sur la terre, qu’ils soient féconds et multiplient sur la terre ». (Genèse 8, 16-17).

A quelques minutes de là, le magnifique zoo biblique de Jérusalem s’étend sur une superficie d’environ 25 hectares. Niché dans une vallée du quartier de Mal’ha, il présente aux flots d’écoliers et visiteurs individuels plus de 1.000 animaux de 140 espèces, pour la plupart mentionnés dans la Bible.

Jadis implanté dans le centre-ville de Jérusalem, rue HaRav Cook, le parc zoologique fut déplacé lors de la Guerre d’Indépendance et installé de 1950 à 1991 dans le quartier de Romema. En partie grâce à un don colossal de cinq millions de dollars de la famille Tisch, le Zoo Biblique de Jérusalem est inauguré fin 1992 et ouvre au public trois mois plus tard.

Le long de chemins sinueux serpentant autour de plans d’eau, des singes, serpents, panda rouge, perroquets, tortues, castors, rapaces mais aussi pingouins, lions, léopards, ours et tigres se partagent la partie dite « basse » du parc. La suite de la visite emmène quant à elle le visiteur dans une sorte de safari avec un grand nombre d’espèces de la savane : éléphants, antilopes, hippopotames et rhinocéros, girafes, autruches, zèbres, kangourous…

Que ce soit en prenant de la hauteur, comme pour les singes ou les animaux d’Afrique, ou derrière de vastes vitres qui donnent l’impression de pouvoir toucher le décor du doigt, toutes les bêtes sont visibles. Certaines espèces font de plus l’objet de belles scénographies, comme c’est le cas pour l’enclos des loups, personnages centraux de nombreux contes, qui ne manquera pas de susciter de l’inquiétude chez les plus jeunes.

A l’extrémité du parc, une imposante reconstitution de l’arche de Noé accueille des expositions temporaires, un espace interactif et un auditorium diffusant un film, Le retour de l’arche de Noé, invitant les spectateurs à se replonger dans le monde des animaux bibliques.

C’est justement ce thème qui est au coeur de la seconde commande yérosolomitaine de Niki de Saint Phalle à Jérusalem. A la demande de la Jerusalem Foundation et à l’occasion du 90ème anniversaire de Teddy Kollek, elle débute en 1994 un ensemble de 23 oeuvres représentant des animaux bibliques, tandis que le projet de l’architecte Mario Botta est retenu pour la caverne située sous le Parc des Sculptures.

Double chameau, éléphant-girafe, lion, ours, canard, bélier, tortues se succèdent, semblant attendre leur tour pour entrer dans l’arche, et forment un feu d’artifice de couleurs, de matières et de reflets du plus bel effet. Si les israéliens ne connaissent pas vraiment Niki de Saint Phalle, cette Arche de Noé n’échappera pas aux amateurs d’art qui y reconnaîtront immédiatement le travail de l’artiste.

NB : comptez une bonne demie-journée de visite. Ces deux sites, relativement excentrés du centre-ville de Jérusalem, sont cependant accessibles en train, et en bus via les lignes 33, 26 alef et 99.

Si vous désirez aller plus loin :

– Niki de Saint Phalle, de Bernadette Costa-Prades, aux éditions Libretto. 144 pages. 6,70€.
Niki de Saint Phalle, la révolte à l’oeuvre, de Catherine Francblin, aux éditions Hazan. 448 pages. 29,00€.
– Niki de Saint Phalle : 1930-2002, catalogue de l’exposition au Grand Palais. 368 pages. 50,00€.
– Qui est le monstre, toi ou moi ?, DVD de Peter Schamoni, chez Arte. 95mn.

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