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1921-2021 : centième anniversaire de la disparition de Camille Saint-Saëns

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A l’occasion du centième anniversaire de la disparition de Camille Saint- Saëns, il est quelques détails que la presse nationale ne mettra pas en lumière. Il parait pourtant important de rappeler quelques détails de l’étonnante vie de ce grand compositeur et interprète.

S’il est un lieu où Saint-Saëns laissa des souvenirs impérissables c’est bien à Avon, dans la propriété des Durand, à Bel Ebat’ A la fin du XIXème siècle, l’éditeur de musique et mécène, Auguste Durand devint propriétaire du domaine de Bel Ebat et du Pavillon de l’Erable à Avon. Ce mélomane averti y recevait les célébrités du monde de la musique et de la peinture. Auguste Durant fut lui-même un compositeur et un organiste reconnu et eut comme condisciple au Conservatoire César Franck et Camille Saint-Saëns. Madame Durand qui était dotée d’une fort belle voix, et accompagnée par son mari, n’hésitait pas à interpréter les œuvres des compositeurs de leurs relations. Quant à leur fils Jacques, fondateur du Conservatoire Américain de Fontainebleau, il maintint la tradition paternelle qui fut ensuite suivie par son cousin René Domange.

Le domaine de Bel Ebat, maison familiale de la famille Jacques Durand, éditeur de musique parisien, fut un lieu privilégié. Bel Ebat fut le cadre de premières auditions, de signatures de contrats. A la fin du XIXème et au début du XXème siècle furent accueillis au château : Claude Debussy, Paul Dukas, Florent Schmitt, Louis Auber, R. Strauss, Manuel De Falla, Edvar Grieg, Jules Massenet, Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Nadia Boulanger, Robert Casadesus, Emmanuel Rosenthal, etc…. Camille Saint-Saëns fut même témoin au mariage de Jacques Durand, et offrit au jeune couple un très beau bijou que la Mairie d’Avon conserve encore aujourd’hui.

Camille Saint-Saëns aimait séjourner à Bel-Ebat ; il était très sensible au charme et au calme de la demeure. Il jouait fréquemment sur le piano de la bibliothèque du premier étage, et y composa de nombreux ouvrages, dont sa Suite pour le piano, dédiée à la belle-mère de Jacques Durand.

Saint-Saëns était un causeur et ses sujets de conversations étaient toujours des plus divers. Ce fut lors de l’un de ses séjours à Bel Ebat, qu’il écrivit les paroles et la musique d’une fantaisie inédite, La Canéide. Saint-Saëns était né à Paris en 1835, et, à la suite d’études musicales fort approfondies il remporta à l’âge de quinze ans le premier prix fugue. Il fut notamment l’élève de Fromenthal Halévy, et longtemps organiste de la Madeleine — son talent merveilleux d’exécutant attirait une foule considérable d’auditeurs. Saint-Saëns fut classé en tête des pianistes français
les plus célèbres. Ses compositions pour piano jouissaient d’une réputation méritée, tout comme ses pièces symphoniques : La Danse Macabre, Samson et Dalila… Un tel bagage artistique était plus que suffisant pour la gloire de son auteur. Pourtant, il y rajouta d’autres œuvres : Henri VIIII, Le Carnaval des Animaux

Saint-Saëns avait aussi une âme de passeur. Ce fut pour cette raison qu’il enseigna le piano à l’Ecole Niedermeyer, et y eut entre autres pour élèves Gabriel Fauré et André Messager.

Camille Saint-Saëns fut l’un des maîtres les plus remarquables de l’Ecole française. Sa réputation, depuis longtemps établie, était basée sur un bon nombre d’œuvres qui ne rencontrèrent malheureusement pas toute la faveur qu’elles méritaient.

Mais Camille Saint-Saëns était-il juif et de surplus un Cohen ? Le 5 juin 1936, dans L’Univers Israélite, paraissait cet article très intéressant sur Saint-Saëns :

« Les origines de Saint-Saëns. Dans notre numéro du 1er novembre 1935, notre distingué collaborateur Léon Algazi, commentant certains articles parus dans la presse quotidienne, se demandait si Saint-Saëns était vraiment d’origine juive. Pour fixer avec précision ce point d’histoire nous sommes heureux de publier ci-après les détails que M. Nussy Saint-Saëns, le distingué juge au Tribunal civil de Bayonne, a fourni il y a quelques semaines à notre collaborateur, M. Albert Lévy.« 

Non, Saint-Saëns n’était pas juif. Il fut baptisé selon le rite catholique romain le 17 octobre 1835, à Paris, à l’église Saint-Sulpice — alors qu’il était né le 9 octobre précédent. Sa famille vécue dans une assez stricte observance des principes de la foi chrétienne ; d’ailleurs l’oncle de Camille Saint-Saëns, Jean-Baptiste Saint-Saëns, né le 18 mai 1795, était prêtre et desservi la cure de Neuville-le-Pollet. La famille Saint-Saëns (et non Cohn) est de vieille souche normande. Il est très probable qu’elle se rattache à ces seigneurs féodaux qui, dans le pays de Caux, élevèrent un château près d’un monastère et prirent le nom de ce couvent…

Pourquoi la légende de Camille Saint-Saëns lui a-t-elle donné la religion juive ? Faut-il voir un sournois dessein, destiné à éloigner un certain public de la musique de Saint-Saëns ? Est-ce le nez du grand compositeur? Est-ce sa connaissance merveilleuse de la Bible qui lui a inspiré tant d’œuvres remarquables, dont Samson et Dalila et Le Déluge ? Nous nous bornerons ici à indiquer la sympathie profonde que rencontra Camille Saint-Saëns dans les milieux israélites, notamment l’aide matérielle efficace que lui donna un coreligionnaires londonien, Félix Levy.

Ancien Garde National, très cocardier, Saint-Saëns avait fui la Commune, qui devait massacrer le prêtre qui l’avait appelé à l’orgue de la Madeleine, l’Abbé Deguerry ; il se trouva à Londres si démuni d’argent qu’il pensait aller mendier en chantant dans les cours ; heureusement Félix Levy, ancien organiste de Saint-Severin, de Saint-Merry et de la Madeleine, lui évite le délit de vagabondage.

Quelle était la croyance religieuse de Saint-Saëns? Il est certain qu’il fut catholique pratiquant durant sa jeunesse, mais vers vingt-trois ou vingt-cinq ans, ce contemporain de Renan et d’Auguste Comte déclara avoir perdu la foi, et adhérer aux doctrines positives. Il publia en 1894 un petit volume, Problèmes et mystères, où il serait facile de trouver des citations en faveur de la philosophie scientiste. Cependant, il ne cessa jamais de s’intéresser à la musique religieuse, et de comprendre la liturgie de la religion dans laquelle il avait été élevé.

Ainsi donc Camille Saint-Saëns n’était pas juif mais pourtant avait de nombreuses amitiés juives et une profonde connaissance de l’épopée biblique.

Le manoir de Bel-Ébat, propriété de la famille Durand, fut le lieu de rencontre de nombreux artistes de la fin du XIXe siècle jusqu’au premier quart du XXe. Tous les arts y étaient représentés. Dans le Pavillon de l’Erable, attenant au château, séjournèrent par exemple de nombreux peintres.

Ce fut à la meute de chasse d’Henri IV que le domaine reçut son nom. Passionné de chasse, le roi avait décidé que cet endroit, pourvu de sources fraîches, serait l’étape idéale pour que ses meutes de chiens puissent s’ébattre. Selon les traités de vénerie (chasse à courre), l’ébat était l’endroit où la meute pouvait se détendre. Il y a l’ébat du matin et l’ébat du soir. Il décida donc de faire construire un pavillon de chasse. Sur la butte Montceau, tout près de ce chenil royal, se tenait quelques années auparavant l’atelier de Bernard Palissy, et à la fin du XVIè siècle – début du XVIIème, plusieurs céramistes comme Bertelemy, Beaulot et Cléricy produisirent de nombreuses pièces encore connues de nos jours.

Camille Saint-Saëns photographié en 1900 par Pierre Petit.

Mais la période de gloire et de magnificence de Bel-Ebat fut sans nul doute la fin du XIXe siècle et le début du XXe. Ce manoir, restauré par la famille Marcotte, devint ensuite la propriété de l’éditeur de musique parisien Auguste Durand. À la mort de ce dernier, en 1909, son fils Jacques Durand, éditeur comme lui, élu municipal et bienfaiteur de la commune, hérita du domaine. Très investi dans la défense des droits d’auteurs, il joua un grand rôle dans l’épanouissement et le rayonnement de la musique française.

Ainsi, le manoir reçut en ses murs les plus grands compositeurs français de la Belle Époque aux Années Folles, avec pour certains d’entre eux une chambre attitrée. La présence du piano Pleyel témoigne encore aujourd’hui de cette grande épopée musicale. Après la mort de Jacques Durand en 1928, ce fut son cousin René Domange qui reprit le flambeau des Éditions Durand et hérita du domaine. Après son décès son épouse, Lola Domange, dernière propriétaire du domaine, fit don de Bel Ebat à la ville d’Avon en 1979.

Si vous désirez aller plus loin :

Saint-Saëns de A à Z : le compositeur, l’homme, l’oeuvre, de Michel Hénaux. 390 pages. 18,99€.
Camille Saint-Saens, de Caron et Denizeau, aux éditions Bleu Nuit. 176 pages. 20,00€.

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4 commentaires sur 1921-2021 : centième anniversaire de la disparition de Camille Saint-Saëns

  1. Fréderic nous épate toujours de son érudition et de sa culture dans la région qui est sienne……….Grâce à ses recherches nous devenons à chaque instant plus curieux et plus à même de continuer à nous instruire. Remerciements

  2. Bonjour,
    Et, Merci pour l’anecdote et la découverte de ce lieu culturel à AVON.
    A propos de la Danse Macabre de C. Saint Saëns,durant mon adolescence à
    Moissac, nous écoutions les Shabbats après-midi, de la Musique classique autour d’un goûter, déjà je confondais 3 oeuvres : La Danse Macabre, L’Apprenti Sorcier de P. Dukas, une Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski
    aujourd’hui je les confonds encore.
    Bien cordialement
    Esther Gisèle Adijès

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