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« Les amants de l’exil », le nouveau roman de l’auteur Édouard Brasey

Les ingrédients de départ sont ceux du roman populaire, pour ne pas dire de la littérature à l’eau de rose.

La toute jeune Saudade Espinoza tombe amoureuse du séduisant Rodrigo Coelho, et elle s’offre à lui. Mais cette nuit d’amour restera sans suite puisque le jeune militant communiste est arrêté et déporté par le général Cristobal Pinto da Silva, chef de la police politique qui lui infligera dix-neuf années de bagne.

La jeune femme est enceinte et, pour échapper au déshonneur, se résout à épouser le bourreau de celui qu’elle aime. Il faudra bien du courage aux amoureux pour tenter de se retrouver un jour, longtemps après…

Mais ce mélodrame n’est qu’une facette seulement du roman d’Edouard Brasey. De la même façon que son dispositif narratif est duel : d’une part une narratrice intra-diégétique, Saudade elle-même, par la voix de laquelle nous sont contés certains chapitres. Donc à hauteur d’humain. D’autre part, un narrateur omniscient qui survole les événements, connaît les aléas historiques, et sonde les cœurs et les nécessités.

De la même façon, encore, que les personnages considèrent de façon très différente l’un des faits culturels majeurs du Portugal : le fado. Pour les communistes, donc Rodrigo, ce chant n’est qu’une plainte miséreuse qui empêche de se révolter. Pour Saudade, qui se fera, au moins un temps, chanteuse de fado, et pour beaucoup d’humbles,

« Le fado ne devait pas être une chronique sociale mais un mélodrame racontant de façon pathétique les aventures tragiques des pauvres et des déclassés (…), et aussi celles des amoureux blessés, trahis, évincés, réduits à pleurer et à se lamenter sur leur solitude. »

Comme s’il fallait choisir entre se battre et pleurer, entre refuser et crier, entre se révolter et s’abandonner.

De la même façon donc, le roman est double. Il est chronique d’une histoire d’amour contrariée, mais il est également roman historique, chronique sociale, moment de vie de l’Humanité.

Saudade Espinoza a douze ans lorsqu’on lui enseigne enfin le « grand secret » de la famille. Elle appartient à ce groupe particulier qu’on nomme les marranes, ou « nouveaux chrétiens », ou encore « crypto-juifs ». Ce sont les séfarades peuplant la péninsule ibérique, qui furent convertis de force en 1497 et à qui l’on donna, en guise de nouveau nom « catholique » celui des arbres fruitiers. Ils devinrent ainsi oliviers ou poiriers ou mûriers…

Saudade porte désormais sur elle le poids énorme de cette contrainte majeure : ne jamais renier ses origines — en ne consommant pas de porc, en fêtant le shabbat… —, mais dans le plus grand secret. De quoi, déjà, alourdir le quotidien.

Et cette histoire se déroule entre 1939 et nos jours, durant les presque quarante ans de règne du dictateur Antonio Salazar, « un morceau d’histoire immobile centré sur le passé glorieux du Portugal ». Un régime tout aussi extrême et sanguinaire que celui d’Hitler ou de Franco mais dont on parle moins dans les livres d’Histoire, peut-être parce que, durant la Seconde guerre, le Portugal proclama sa neutralité, ce qui lui permettait de commercer tout autant avec l’Allemagne qu’avec l’Angleterre.

Ainsi, dans ce roman digne d’un moderne Alexandre Dumas, nous est contée l’histoire de Saudade Espinoza, qui dut subir tout autant le poids d’une fatalité historique que celui d’un destin individuel.

Les amants de l’exil, d’Edouard Brasey, aux éditions du 123. 441 pages. 19,50€.

Si vous désirez aller plus loin :

Les marranes ou crypto-juifs du Portugal, de Lucien Wolf, aux éditions Hachette / BNF. 27 pages. 8,10€.
Andalousie, vérités et légendes, de Joseph Perez, aux éditions Tallandier. 224 pages. 8,50€.
La découverte des marranes, de Samuel Schwartz et Livia Parnes, aux éditions Chandeigne. 376 pages. 25,00€.
La nation portugaise : Livourne, Amsterdam, Tunis (1591-1951), de Lionel Levy, aux éditions L’Harmattan. 428 pages. 39,00€.

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