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« Aqua Mater » : Sebastiao Salgado à l’honneur sur le parvis de La Défense…

Sebastiao Salgado est un fieffé optimiste. Pourtant il en a versé des larmes, dans les années  quatre-vingt-dix, quand il a été amené à couvrir les événements de l’ex-Yougoslavie, au point d’être tenté d’arrêter ses activités de photographe.

Pourtant, en parcourant le monde, il s’est bien rendu compte des dégâts que l’être humain, ce pire ennemi de lui-même, cause à son entourage. Nonobstant, il demeure optimiste. Et ce n’est pas l’un des moindres mérites de cette petite mais splendide exposition que celui de tenter de nous redonner, à nous aussi, l’espoir.

Sebastiao Salgado, grâce à son célèbre noir et blanc étincelant, plein de grâce et de paroxysmes, façon Hollywood des meilleures années, nous convie à une sorte de voyage dans l’espace – le Monde entier – et le temps – entre les années 90 et nos jours- sur le thème de l’eau : élément essentiel, symbole de vie, richesse planétaire parfois très menacée…

Sebastiao Salgado arrête les mouvements pour pouvoir mieux faire le point. Quoi de mieux pour un photographe ? Il fige l’envolée du filet de ces pêcheurs traditionnels sur le fleuve Niger, il capte le mouvement du tissu soulevé et projeté sur la pierre de ce travailleur du lavoir de Mahalaxami Dhobi Ghât, immigré de l’Uttar Pradesh, comme la plupart de ses congénères… Et puis Salgado réfléchit. Il réfléchit à l’eau, à ce que nous en faisons, à l’eau qui désormais vient à  nous manquer, à ce qu’il convient de faire.

Certes, il sait. Il a témoigné. La vie des Himba du Kaokoland dépend du bétail, et la vie du bétail dépend de l’eau ; dans la région de Gourma Rharous, la terre est en permanence craquelée comme un parchemin usé ; les Bushmen ont tant de difficulté d’accès à l’eau qu’il leur faut se servir d’une paille pour récupérer les gouttes de pluie restées sur les feuilles d’un arbuste, et en Ethiopie, on a vu réapparaître le typhus, qu’on croyait éradiqué.

Oui mais… les pluies sont toujours diluviennes sur la rivière Jau, comme un rideau d’eau qui promet à la forêt de la faire prospérer. Oui mais… les nuages s’accumulent de façon grandiose au-dessus du Paraná reliant le Rio Negro et la rivière Cuini. Oui mais… la vie continue, s’accroche, se poursuit.

La plage de Vung Tau, autrefois Cap Saint-Jacques, d’où partirent naguère les boat-people, est redevenue port de pêche et station balnéaire ; les Nénètses découpent toujours la glace d’un lac gelé pour la boire ou préparer leur repas ; les baleines dressent encore hors de l’eau leur nageoire caudale dans la Péninsule Valdès…

Certains paysages, qui semblaient condamnés, renaissent et se transforment : cette ancienne carrière de calcaire, qui a fourni les pierres de l’Empire State Building, est aujourd’hui remplie d’eau pour le bonheur de gamins qui plongent avec ravissement dans cette piscine naturelle. Chittagong était devenue le plus grand cimetière de bateaux du monde mais les hommes, inlassablement, désossent les grands squelettes rouillés pour récupèrent et recycler le fer et le bronze.

Rien jamais n’est d’un seul tenant : ce paysan armé du Front Moro, minorité musulmane en rébellion, travaille la terre à quelques centaines de mètres des combats.

L’intelligence collective existe, chez les humains comme chez les animaux, et il faut y croire. Les zèbres des montagnes Hartmann boivent en groupe de façon à minimiser les risques d’être surpris par un prédateur ; les Dinka pêchent en cercle pour rabattre le poisson vers le centre et mieux les surprendre ; à Trapani, les pêcheurs s’embarquent pour la « mattanza », une méthode traditionnelle qui respecte la taille minimale des thons ; et puis, dans le Rajasthan, on a construit dans les années 1990 un long canal d’irrigation que l’on a bordé de millions d’arbres pour le défendre des tempêtes de sable. Aujourd’hui, les arbres sont devenus une forêt.

Sebastiao Salgado nous invite à voir – et croire en – la beauté de la nature, alliée de l’homme :  cet iceberg est sculpté par les vents comme un château de glace et ce nuage d’apparence atomique est, en réalité, formé par la pluie.

Dans le cadre un peu désuet mais néanmoins charmant d’une sorte de vaste chapelle faite de bambous guaduas, matériaux plus résistant que l’acier et qui croît de 20 centimètres par jour, l’exposition Aqua Mater nous propose de corriger quelques idées reçues ou informations erronées. L’eau douce représente moins de 2,5 % de la totalité ; les cours d’eau, rivières, fleuves et lacs ne sont qu’un 1 % de toute l’eau liquide sur terre ; 69 % de l’eau est utilisé pour l’agriculture, 19 % pour l’industrie et 12 % seulement pour les ménages.

Comme toujours chez Sebastiao Salgado, cette exposition est une œuvre à la fois militante et humaniste. Un grand moment de photographie et de vie.

Aqua Mater, jusqu’au 22 septembre 2022 sur la parvis de La Défense. Informations et réservations.

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