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« Beate et Serge Klarsfeld » : un nouvel hommage… en bulles et en images

Exposition au Mémorial de la Shoah, Mémoires, biographies, et aujourd’hui bande dessinée. S’il est un couple qui n’en finit pas d’inspirer, c’est bien le couple Klarsfeld. Et quel couple !

Lui est né à Bucarest, juif, et a perdu son père à Auschwitz. Elle est allemande, luthérienne, et occupe un emploi de jeune fille au pair à Paris. A peine rencontrés sur un quai du métro parisien en 1960, c’est le coup de foudre. Serge Klarsfeld et Beate Künzel se marient. Les Klarsfeld sont nés. 

Comme un signe, un hasard — même si nous savons qu’il n’y a pas de hasard dans la vie —, cette rencontre a lieu le jour même de l’enlèvement d’Adolf Eichmann en Argentine par le Mossad. Fallait-il y voir un signe ?

Pendant un quart de siècle, cette traque des anciens nazis va être pour Serge et Beate Klarsfeld plus qu’un combat ; un travail de Mémoire sur la Shoah en France qui, espérons-le, restera gravé dans la conscience collective.

Mais un travail accompli au prix de bien des risques : menace permanente, harcèlement, arrestations, emprisonnement… La liste est longue, mais à la mesure de l’engagement.

S’ils ne constituent en rien un « point d’orgue » à cette traque permanente des anciens dignitaires du IIIème Reich — dont certains vivaient encore en Allemagne, sans se cacher, figurant même dans l’annuaire téléphonique —, l’arrestation puis l’extradition de Klaus Barbie au début des années 80 permettra à la France d’instaurer son tout premier procès pour « crime contre l’humanité ». Responsable de l’assassinat de Jean Moulin, de la déportation de milliers de Juifs vers le camp d’internement de Drancy, de la rafle des enfants d’Izieu…, le « Boucher de Lyon » va être confronté à ses victimes, et répondre de ses actes après quatre décennies de cavale. Au terme de douze années d’enquête et de traque et trois ans d’instruction, Klaus Barbie est condamné à la prison à perpétuité.

Une victoire de plus. Mais pas une victoire pour les Klarsfeld, non ; une victoire pour le Peuple Juif, et la Mémoire de la Shoah.

Extrêmement bien documenté, Beate et Serge Klarsfeld. Un combat contre l’oubli met donc en lumière les destins aussi riches qu’exceptionnels de ce couple emblématique. Pour le scénario, oscillant entre humour et gravité, Pascal Bresson — attaché aux « livres de transmission » et déjà auteur entre autre de Simone Veil, l’Immortelle et Elle s’appelait Sarah —, s’est fortement appuyé sur les Mémoires du couple. Quant à l’illustrateur, Sylvain Dorange, qui a déjà signé de nombreux albums dont La plus belle femme du monde, une biographie de la star hollywoodienne Hedy Lamarr à laquelle le Jewish Museum de Vienne consacre actuellement une exposition, il nous livre de très belles planches et nous plonge avec brio dans des univers aussi austères et sombres — camps de concentration, rafles… — qu’exotiques et colorés — Pérou, Bolivie…

Si l’album s’ouvre de manière assez grave sur la fameuse gifle qu’assenne Beate Klarsfeld au Chancelier allemand Kurt Kiesenger le 7 novembre 1968, il se clôture en revanche sur un émouvant album familial incluant photographies d’archives, coupure de presse, etc.

Une fois de plus, avec Beate et Serge Klarsfeld. Un combat contre l’oubli, les éditions La boîte à bulles nous livre un très bel album dont le sujet, au-delà du « simple » roman graphique, est essentiel et devrait figurer dans toutes les bibliothèques, à commencer — espérons-le — par celles de nos écoles.

Beate et Serge Klarsfeld. Un combat contre l’oubli, de Pascal Bresson et Sylvain Dorange, aux éditions La boîte à bulles. 192 pages. 25,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Mémoires, de Serge et Beate Klarsfeld, aux éditions Livre de Poche. 1.032 pages. 9,90€.
Nos vies contre l’oubli, de Serge et Beate Klarsfeld, aux éditions Philippe Rey. 157 pages. 20,00€.
La traque des criminels nazis, de Serge Klarsfeld et Anne Vidale, aux éditions Tallandier. 416 pages. 10,50€.
La plus belle femme du monde, de William Roy et Sylvain Dorange, aux éditions La boite à bulles. 176 pages. 23,00€.
Simone Veil, l’Immortelle, de Pascal Bresson et Hervé Duphot, aux éditions Marabulles. 184 pages. 17,95€.
Elle s’appelait Sarah, de Pascal Bresson et Tatiana de Rosnay, aux éditons Marabulles. 208 pages. 19,90€.

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