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De Tombouctou à Marrakech, une brève histoire des Juifs d’Afrique…

Dans Les Archives Israélites de France de 1847, on trouve un article très intéressant sur l’histoire des Juifs du Maroc en plein milieu du 19ème siècle, article tiré du Jewish Chronicle.

Les juifs de Tombouctou viennent tous les printemps au marché de Socham, ville du désert de Sahara, à trente-six jours de marche de Mogador. Ils sont fort nombreux à Tombouctou, et ils y ont plusieurs synagogues. Ils suivent le même rituel que les juifs portugais, et font venir de Maroc (probablement la ville de Marrakech NDLR) leurs livres de prières et leurs phylactères.

Ils ne sont pas obligés, comme à Maroc, de payer au poids d’or l’exercice du culte, et vivent sur un fort bon pied avec les autorités maures. Quelques-uns d’entre eux sont de bons hébraïsants, mais ils sont bien moins érudits dans le Talmud que ceux de Maroc. Ils ont le teint plutôt brun que noir, s’habillent à la façon des Maures ; mais, de même que leurs coreligionnaires de Maroc, ils sont assujettis au turban noir. Leur chaussure ne diffère pas de celle des autres habitants du pays. Quelques-uns d’entre eux sont riches et font de grandes acquisitions ; ils apportent au marché de la poudre d’or.

On trouve fort peu de juifs entre Socham et Tombouctou ; ils sont en grand nombre à Mekanes (actuelle Meknès NDLR) et à Tétouan, et dans ces deux localités ils se livrent surtout à l’étude du Talmud. Mekanes est le grand siège de l’érudition talmudique. Du temps passé, l’école rabbinique de Fez jouissait d’une haute réputation ; elle a perdu aujourd’hui son grand nom.

On n’imprime pas de livres hébreux dans les états de la Barbarie ; on les fait venir de Livourne et d’autres villes d’Europe ; à Tafilet, les livres imprimés sont d’une rareté telle que pour le service même de la synagogue, on se sert de prières écrites à main. A Maroc, par contre, ils sont à très bon-marché.

On envoie les enfants à l’école aussitôt qu’ils savent parler ; on leur enseigne d’abord la loi et les psaumes, mais on ne tarde pas à les faire pâlir sur les commentaires de Rachi et les subtilités pieuses du Talmud. Il n’y a pas d’école juive pour le sexe dans toute la Barbarie. Les femmes juives ne vont jamais à la synagogue, si ce n’est aux grandes fêtes. A Mekanes, Fez et Maroc, les juifs ont parfois deux ou trois femmes ; chacune de ces femmes occupe une maison à part, ou du moins, si les moyens ne permettent pas mieux, un appartement à part. Les divorces sont fréquents ; mais s’il n’y a point de preuve à la charge de la femme, le mari est tenu de lui payer une forte somme ; la pénalité généralement admise est de 280 livres sterling (6.000 francs). A Maroc, si après dix ans de mariage la femme n’a pas d’enfant, le mari doit prendre une autre femme. Dans cette ville, les juifs se marient fort jeunes, souvent même à l’âge de sept ou huit ans. A Mogador et à Tanger, cette coutume est abolie, et l’on n’y voit plus de ces unions prématurées.

A Mekanes, Tetuan, Fez Maroc ou Mogador, ils ont leur propre quartier ; à Tanger, ils peuvent habiter par toute la ville. Dans toute ces localités, on trouve des juifs très opulents, qui font de grandes charité aux pauvres.

Bien qu’ils habitent depuis longtemps dans le pays et qu’ils y jouissent d’une certaine protection, ils sont toujours obligés de payer la permission d’y séjourner, d’y avoir des synagogues et d’y exercer le culte, etc..

A Mekanes, ils ont vingt-deux synagogues, dix-huit à Tétuan, seize à Fez, vingt-six à Maroc, quatre à Sallé, cinq à Tanger.

Il sont souvent maltraités des Maures ; mais dans les ports de mer, où il y a des consuls, ils sont souvent employés au service de ces dignitaires, et que cette considération les faits respecter du peuple. Cependant malheur à eux, s’ils osaient se montrer en public avec un turban rouge ou des mules jaunes.

Article extrait du Jewish Chronicle.

Si vous désirez aller plus loin :

Histoire des Juifs en Afrique du Nord (tome 1) : En exil au Maghreb, de André Chouraqui, aux éditions du Rocher. 293 pages. 21,50€.
Histoire des Juifs en Afrique du Nord (tome 2) : Retour en Orient, de André Chouraqui, aux éditions du Rocher. 340 pages. 21,50€.
Sur les traces d’une diaspora juive en Afrique au Moyen Age, de Idrissi Bâ, aux éditions Les Indes Savantes. 576 pages. 36,00€.
L’oriental marocain, des siècles d’art culinaire juif, de Maguy Kakon, aux éditions La Croisée des Chemins. 280 pages. 60,00€.

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