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« Devenir Feldenkrais. Du shtetl à la Méthode », de Philippe Banquet

Il en est de nos vies comme de romans : intrigue, rebondissements, suspense et coups de théâtre. Mais celle de Moshe Feldenkrais davantage encore.

On veut bien accorder du crédit à la parole de l’auteur lorsqu’il nous affirme n’avoir rien inventé, et se baser sur les témoignages d’époque pour nous raconter l’histoire de celui qui fut exfiltré de France par Ian Fleming, remercié en tant que maître par Marcel Marceau et qui devint guérisseur et ami intime de David Ben Gourion. On en oublie au passage, tant cette biographie fourmille de détails tous aussi surprenants.

Moshe Feldenkrais est parti de rien, ou de si peu, pour progressivement s’élever. Il fut chassé de chez lui, la Pologne, comme un rebut de l’Humanité pour, après un parcours chaotique dans le monde entier, se découvrir un nouveau chez lui, en Israël, et être considéré comme un bienfaiteur de la même Humanité.

Et tout cela en ne revendiquant aucun talent initial particulier mais en vantant les mérites du travail, toujours et tout le temps. Pour lui, Moshe, seuls comptaient le labeur obstiné,  la lecture, l’étude, l’utilisation de son intelligence et de sa perspicacité. Autant d’armes qui sont à la disposition de tous les êtres humains, sans aucune exception.

Ce livre est l’histoire d’un devenir, pas d’une intelligence supérieure. A aucun moment, il n’est question d’un génie, mais d’un individu qui progresse en permanence et qui parvient à s’adapter aux circonstances de sa vie, quelles qu’elles soient. Il avait un prénom : Moshe, le prénom du prophète et de la quête.

Il se fait un nom : Feldenkrais, celui d’une méthode et d’un aboutissement. A la quarantaine, enfin, il « devient Feldenkrais ».

Pour Moshe, aucun être humain n’est supérieur aux autres, il n’existe pas de génie individuel mais une pyramide de mains tendues qui permettent à l’homme, à l’idée-même de l’Homme, de progresser, de s’émanciper, de s’inventer. Et ce, quel que soit le domaine.

Il le prouve bien, Moshe, lui qui fut tour à tour et presque simultanément ingénieur en Physique appliquée, footballeur,  judoka, créateur d’une méthode de self-défense, membre fondateur de la Haganah, inventeur d’une méthode d’auto-guérison et d’auto-stimulation.

Il est sympathique que cette biographie soit, presque en permanence, commentée par l’auteur-narrateur qui, lui aussi, doit son salut à Moshe. Comme s’il n’était pas besoin de fréquenter personnellement les individus pour bénéficier de leur aura, et comme si la fraternité humaine existait réellement, par-delà les nationalités, les frontières, les cultures et les religions.

Cette surprenante biographie, et hommage à l’auteur de la méthode Feldenkrais, s’accompagne en outre d’un arrière-fond historique, puisqu’on y assiste aux premiers balbutiements de l’état d’Israël, alors que Tel Aviv était encore « une ville à construire ». Ce à quoi s’attelèrent Moshe Feldenkrais et un certain nombre d’autres hommes de bonne volonté.

Devenir Feldenkrais. Du shtetl à la Méthode, de Philippe Banquet, aux éditions David Reinharc. 192 pages.

2 commentaires sur « Devenir Feldenkrais. Du shtetl à la Méthode », de Philippe Banquet

  1. Passionnant de bout en bout le livre de Philippe Banquet se lit d’une traite tant il est bien documenté et écrit avec vivacité. Le rôle du narrateur qu’ endosse l’auteur n’est pas sans faire penser à celui de Jacques le fataliste et ce n’est pas là le moindre des charmes de l’alerte récit sur l’itinéraire fabuleux d’une personnalité hors norme si bien campée par Philippe Banquet.

  2. Belle analyse du livre de P.Banquet. La vie de Feldenkrais fourmille d’enseignements ! Le style de l’auteur est limpide. J’ai commencé la lecture et je ne l’ai plus lâché…Bravo pour l’auteur.

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