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« L’écharpe oubliée », le dernier roman de Laure de Pierrefeu

Le personnage principal de ce roman s’appelle la compassion, l’amour des autres, la générosité, l’altruisme.

L’auteure, Laure de Pierrefeu, nous fait partager son expérience personnelle d’un certain milieu hospitalier, et ce roman transpire l’authenticité.

C’est tout à la fois plus qu’un roman parce qu’il possède cette épaisseur du vécu que l’on n’invente pas ; et plus qu’un témoignage parce qu’il possède une écriture dense et élégante qui donne à voir, donne à vivre, donne à aimer.

Claire, la narratrice, est bénévole dans une unité de soins palliatifs. C’est un véritable sacerdoce qui consiste à veiller, écouter, comprendre des vieillards dont la vie s’amenuise à vive allure et qui veulent, un instant encore, prendre la parole.

Et cette activité vient compléter son métier, déjà en soi bien éprouvant et chargé d’émotions : Claire est graphothérapeute, elle assiste de jeunes enfants victime d’un traumatisme qui fait s’effondrer leur façon de tracer des caractères sur une feuille, comme si écrire ne se faisait plus que dans les larmes. Claire le porte dans son prénom : elle est l’évidence, la clarté, l’ouverture d’esprit.

Rien, bien sûr, n’est jamais de hasard : cette générosité, Claire la doit à nombre d’accidents majeurs de son existence parmi lesquels, lorsqu’elle était enfant, cette institutrice, aimée par ses élèves, et qui avait disparu si brutalement que son écharpe était demeurée accrochée au porte-manteau de la classe.

La petite Claire en avait conclu que la « maîtresse » ne pouvait pas être tout à fait morte puisque son écharpe était présente. Et puis aussi bien entendu Vincent, l’homme de sa vie, trop tôt disparu, emporté par la fatalité absurde, cruelle, une crise cardiaque faisant suite à un effort sportif, ce qui a forcé Claire à maintenir le cap de sa vie pour élever ses deux filles.

Et elle va passer sa vie entière à ressusciter les mourants autour d’elle, parce que les écharpes continuent d’exister. Elle va passer sa vie à aider de jeunes enfants à franchir les étapes de leurs difficultés d’être, leur faire franchir le fleuve de la culpabilité pour la rive du lendemain.

Le moment est un peu critique pour elle puisque les filles, Charlotte et Maud, ont toutes les deux quitté le nid familial : Claire se retrouve seule, vaguement déprimée à cette idée. Et c’est à ce moment précis qu’une rencontre inattendue va lui permettre de rebondir, la rencontre avec Henri, le vieil homme tout à fait lucide et qui frôle tellement la fin qu’il a tendance à vouloir la précipiter. Henri qui a toute sa tête et, parfois, des formules tranchantes aux allures d’aphorismes : « J’ai toujours eu conscience que la mort habite nos vies…« 

Claire va être à son écoute. Quand on aide les autres, on échappe au chagrin, on parvient à se reconstruire intimement en permettant aux autres de s’édifier : les enfants après un traumatisme, les vieillards aux approches de la mort.

Claire va être celle qui prête attention aux écharpes oubliées, l’écharpe de son institutrice, l’écharpe qu’Henri portait encore au cou en souvenir de son épouse partie avant lui…

Pour autant, ce roman n’est pas un énième et banal « feel good » comme il en est tant, mais la mesure donnée d’un espoir toujours présent, l’affirmation selon laquelle « ici et maintenant, c’est bien ce qui importe, et la seule certitude : naître, vivre et mourir vivant. »

L’écharpe oubliée, de Laure de Pierrefeu, aux éditions City. 304 pages. 18,90€.

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