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« Feel good » : une histoire entre espoir et dérives à la Manufacture des Abbesses

Tout commence par la rengaine de Julio Iglesias « Vous les femmes », entonnée par Nicolas Morvan en imitant l’accent ridicule du célèbre crooneur et en s’accompagnant au ukulele, comme pour bien insister sur l’aspect ringard et risible de la chanson.

Puisque les hommes vous admirent, vous les femmes, vous pouvez bien admettre qu’ils vous considèrent comme à peine supérieures aux plantes vertes. Les enjeux sont par avance posés, ceux du machisme ordinaire qui pollue l’intégralité des relations entre hommes et femmes.

L’histoire peut alors commencer. L’histoire, c’est celle d’Alice, jeune femme des plus ordinaires, ni princesse ni mendiante, ni Wonder Woman, ni femme dépravée. Son enfance a été marquée par la disparition précoce d’un père adoré, et sa jeunesse gâchée par les lâchetés systématiques des amants de passage, notamment celui qui l’abandonne avec Achille, qu’elle vient de mettre au monde.

Commence alors une lente descente aux enfers des plus classiques, au gré de laquelle Alice coche toutes les cases : la perte de son emploi, la survie difficile, le vol, la prostitution… Et ainsi de suite jusqu’au point de rupture qui constitue le sommet de la pièce.

Ce que vit Alice, c’est une lente dérive humaine et sociale. Mais cette dérive, on en sourit. On pourrait être chez Victor Hugo ou Emile Zola, on serait plutôt, en l’occurrence, du côté de chez Feydeau et Beckett. Si le constat est tragique, le ton est plutôt doux amer.

Sur le mur, en fond de scène, des étagères minables sur lesquelles sont entassés des produits de première nécessité, le contenu du fameux « caddie de la ménagère », c’est-à-dire notre société consumériste, résumée sous la forme de paquets de pâtes, de boites de petits pois, de soupes pour nourrissons et de paquets de papier toilettes.

C’est dire à quel point l’histoire d’Alice est celle de toutes les femmes, celle de tout le monde.

Grâce à l’ingéniosité d’une mise en scène discrète mais efficace, les objets prennent une valeur signifiante et immédiate : une paire de lunettes dit l’éditrice intello soucieuse de ses ventes ; un chapeau de paille dit la bourgeoise généreuse, à condition que les pauvres lui soient reconnaissants ; la petite voiture miniature dit l’enfant qui joue par terre… Et les deux excellents comédiens, Leïla Moguez et Nicolas Morvan, mettent en valeur avec brio ce texte sympathique.

On nous dit, dès le début, qu’un être humain est constitué d’os, de muscles et de souvenirs. Presque rien au final. C’est le constat de la pièce : il reste si peu de nos larmes et de nos émotions.

Autant chercher à se sentir mieux : feel good !

Feel Good, actuellement à la Manufacture des Abbesseshttp://www.manufacturedesabbesses.com/

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