19 September 2018
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“Flashes of Memory”, la nouvelle exposition du Mémorial Yad Vashem

Actuellement présentée à Yad Vashem, le Mémorial de l’Holocauste à Jérusalem, l’exposition Flashes of Memory propose un éclairage parallèle sur le cinéma, et surtout la photographie, réalisés pendant la Seconde guerre mondiale.

Présentées en regard l’une de l’autre, les œuvres montrent, d’une part, les images prises par les Juifs à l’intérieur des ghettos, puis dans les camps de concentration, souvent au risque de leur vie, et d’autre part celles véhiculées par le régime nazi et les photographes officiels à des fins propagandistes. Malgré des périodes et des lieux souvent similaires, les deux résultats sont à mille lieues l’un de l’autre…

En préambule, une frise chronologique revient sur l’histoire de la photographie, présentant des appareils photo d’époque : Welta Symbol, Zeiss Ikon Contax, ou encore le Korona Tanskette que Jacob Konskowolski, déporté à Majdanek, donna à son frère venu s’installer en Israël avant la guerre.

Reflets de la réalité, ces milliers d’images constituent un témoignage précieux et une source d’informations considérable sur la Shoah, mais aussi sur l’antisémitisme d’avant-guerre, les persécutions, les conditions de détention…

Trois périodes sont abordées : 1933 à 1939, 1939 à 1944 et enfin 1945 à 1946.

Pour le régime nazi, le pouvoir des images est essentiel. Et il le comprit très rapidement. Celles-ci pouvaient à la fois être utilisées pour glorifier la société allemande – le colossal travail de la réalisatrice Leni Riefensthal pour les Jeux Olymiques de Berlin en 1936 en est un parfait exemple –, mais elles pouvaient également être détournées de leur sens initial, et contribuer ainsi à développer l’antisémitisme, et à marginaliser les Juifs pour enfin les exclure de la société allemande.

L’un des documents les plus évocateurs de cette propagande est peut-être “L’album des criminels Juifs”, réalisé par la police de Nuremberg à la demande de Julius Streicher, alors gouverneur de la ville et propriétaire du très antisémite quotidien Der Strürmer. Cet album était censé présenter les différents crimes dont se rendaient coupables les Juifs : femme médecin accusée de procéder à des avortements, pédophilie, activisme communiste, fraude… La liste est longue.

Au même titre que la photographie, la vidéo est elle aussi largement utilisée, comme en témoigne le film Turn of Destiny, dans lequel les Juifs sont accusés d’exploiter les difficultés de la Tchécoslovaquie, tout juste annexée par l’Allemagne. Un film soi-disant tourné dans un parc de Prague, mais réalisé au Pratter de Vienne.

De l’autre côté des murs des ghettos et des barbelés des camps, la réalité est tout autre. S’il est impossible pour les détenus de posséder un appareil photo ou une caméra, certains d’entre eux, très encadrés, y avaient cependant accès. Mendel Grossman possédait même un laboratoire dans le ghetto de Lodz, le plus grand ghetto après celui de Varsovie. Avec Henryk Ross, le rôle de Mendel Grossmann était bien évidemment au service de la propagande, et consistait à montrer les divers bénéfices qu’offrait le ghetto, tant en termes de management que d’économie ou de conditions de vie.

Au risque de leur vie, les deux hommes prendront des milliers de photos en-dehors de leurs “travaux officiels”, témoignant de la réalité dans le ghetto de Lodz, au même titre que ce que fit Zvi Kadushin (George Kaddosh), dans le ghetto de Kovno.

La photographie dans les camps, qu’elle soit “officielle” ou clandestine – la frontière entre les deux était très mince – était à la fois un moteur pour rester en vie, et devait surtout montrer l’indicible, loin des images d’Epinal diffusées par les nazis.

La libération des camps à partir de juillet 1944 fera monter l’horreur d’un cran supplémentaire pour arriver à un niveau jamais atteint dans l’humanité. Si la photographie privée n’existait pas en URSS – l’armée rouge libérera les premiers camps de concentration sur le front Est – et que les photographies prises par les soviétiques se retrouvaient entre les mains de photographes officiels – on se souvient par exemple de la “reconstitution” de la libération d’Auschwitz, filmée une semaine plus tard, faute de photographes et de matériel disponibles le 27 janvier 1945 –, les Britanniques et les américains encourageront quant à eux leurs troupes à prendre en photo tout ce qu’ils découvraient, afin de montrer au peuple allemand et au monde toute l’étendue de la barbarie nazie.

Flashes of Memory, à partir du 28 janvier au Mémorial de l’Holocauste Yad VaShem de Jérusalem.

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