« Fleurs de soleil », de Simon Wiesenthal… ou la quête du pardon ?

Un événement théâtral à saluer en ce début d’année 2020 ! Fleurs de soleil, la pièce de théâtre d’après le récit de Simon Wiesenthal paru en 1969, est actuellement porté sur les planches du théâtre Antoine, adapté par Daniel Cohen et Antoine Mory et mis en scène par Steve Suissa.

Seul sur scène, Thierry Lhermitte ! Seul, pas tout à fait car,  par écran vidéo interposé, plusieurs voix se répondent, s’interrogent, questionnent, celles de personnalités morales du monde de la politique, de la religion, de l’Histoire et de la culture sur la problématique du pardon.

A l’origine, Simon Wiesenthal a retracé une épisode de sa vie  qui l’a bouleversé et l’a sans cesse questionné, voir hanté…

Mais qui était Simon Wiesenthal ? Né en Galicie, arrête en 1941 et interné dans cinq camps, il est libéré lors de l’invasion de l’Union Soviétique. Marqué par ses expériences, il devient la voix de six millions de juifs, mais aussi des milliers d’autres parmi lesquels les tziganes, ou les homosexuels. Il se consacre à la recherche des criminels de guerre dans le monde, et fonde en 1977, à Los Angeles, le Centre Simon Wiesenthal, réunissant 400.000 membres pour préserver le souvenir de la Shoah.

Simon Wiesenthal est un homme de dossiers : il a œuvré pour l’abrogation  de la prescription des crimes nazis, et a conservé des documents et des archives dont personnes ne voulait. Un homme torturé, énigmatique, rigoureux, mais qui agit souvent seul, empli de paradoxes et de contradictions, comme en témoigne son amitié avec Albert Speer, l’architecte du Troisième Reich.

Hanté par l’injustice que son Peuple a vécu et par la culpabilité d’avoir survécu, il a donné un sens à sa vie en poursuivant une lutte permanente contre le fanatisme, l’antisémitisme et le racisme.

Dans ce texte essentiel, il retrace un épisode déterminant de sa vie durant l’été 1942 : il a été amené à recueillir les dernières paroles d’un jeune soldat nazi, Karl, qui lui raconte une horrible scène de violence envers des juifs, et à laquelle il avait participé. Il tient à demander pardon à un juif pour toutes les atrocités commises envers les siens. Il lui a été impossible de pardonner.

Il n’a cependant rien dit à la mère du soldat quand il la retrouvera, lui laissant une image positive de « ce bon petit ».

Se pose alors pour lui la question cruciale du pardon, et de la responsabilité des criminels. « Peut-on accorder soi-même la rédemption au nom d’autres victimes ? » ; « Quelle est la part d’humanité dans le pardon ? » ; ainsi que  d’autres réflexions qu’il partage avec des grands noms tels que Simone Veil, Élisabeth de Fontenay, Léon Poliakov, le rabbin Kaplan, Primo Levi, Manes Sperber, Vercors, Joseph Kessel, ou encore le Dalai Lama pour n’en citer que quelques-uns.

Ce dialogue incessant avec sa conscience, nourri des questionnements et des réponses de ces personnalités, témoigne de la portée universelle de la  réflexion menée par Simon Wiesenthal.

On se souvient très bien de la performance de Thierry Lhermitte dans Inconnu à cette adresse, dans ce même théâtre Antoine. Ici, il revient seul en scène pour livrer ce récit intimiste à portée universelle, dans un jeu juste, contenu, sobre et qui laisse toute la place au texte, qui parle de lui-même.

« Fleurs de soleil, c’est l’histoire qui explore les limites de son humanité ; En cela cette œuvre nous réunit tous ».

Steve Suissa.

Un spectacle essentiel, à voir absolument.

Fleurs de soleil, actuellement au théâtre Antoine.

Si vous désirez aller plus loin :

Les fleurs de soleil, de Simon Wiesenthal, aux éditions Albin Michel. 260 pages. 8,50€.
Simon Wiesenthal, l’homme qui refusait d’oublier, de Tom Segev, aux éditions Liana Levi. 542 pages. 25,00€.
Antisémitisme : la haine générique. Hommage à Simon Wiesenthal, de Shimon Samuels, aux éditions Le Manuscrit. 570 pages. 35,50€.

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