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1991-2021. 30 ans déjà. Hommage à Serge Gainsbourg

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Le 2 mars 1991, Serge Gainsbourg nous quittait. Poète maudit, compositeur incompris, il a fait chanter les plus belles femmes avant de les séduire. Jouant avec les mots et avec les sens comme nul autre, ses textes ambiguës et provocateurs ont largement contribué à réinventer la langue française. 

« Je suis né sous une bonne étoile… jaune. »

Fils d’immigrés Juifs russes, Serge Gainsbourg, de son vrai nom Lucien Ginsburg, nait à Paris le 2 avril 1928. Pendant la Seconde guerre mondiale, il est obligé de porter l’étoile jaune. L’insécurité et l’exclusion des Juifs de toute vie professionnelle et sociale contraignent la famille Ginsburg à fuir en zone libre, où elle s’installe dans un village de Haute-Vienne, échappant ainsi à la déportation. Lucien et ses deux sœurs sont cachés dans des institutions religieuses jusqu’à la fin du conflit.

A la Libération, les Ginsburg reviennent à Paris. Serge s’inscrit aux Beaux-Arts, où il fait la connaissance d’Elisabeth Levitsky, fille d’aristocrates russes qu’il épouse en 1951. Mais ses ambitions de devenir artiste-peintre ne seront que de courte durée. Jugeant que « cet art ne peut souffrir l’amateurisme », il quitte les Beaux-Arts et vit de petits boulots, continuant à peindre de temps à autres, et s’essayant à la musique.

Milord l’Arsouille, la première scène

Vers le milieu des années 50, entre deux tours de chants dans des casinos de la côte normande, il découvre Boris Vian et ses textes cyniques au cabaret Milord l’Arsouille, dans le 1er arrondissement. Cette rencontre sera une révélation. Il abandonne définitivement la peinture, détruit la totalité de ses toiles et ne se consacre dès lors plus qu’à la musique et à la chanson. L’année 1957 marque ses premiers pas en solo sur la scène du Milord l’Arsouille. Chaque soir, il interprète ses propres chansons, parmi lesquelles Le poinçonneur des Lilas ou Ronsard 58, extraits du premier album Du chant à la une ! qui sort l’année suivante.

Si aujourd’hui Le poinçonneur des Lilas est devenu un des titres-phares de Gainsbourg, il fut à l’époque un échec commercial. Et ses prestations en première partie de Jacques Brel ou de Juliette Gréco, à qui il offrira La Javanaise en 1962, ne contribueront pas non plus à lancer sa jeune carrière. La critique est acerbe. En plus de lui reprocher la qualité de ses compositions et de ses textes, son physique est sujet à de nombreuses railleries qui le blesseront durablement.

L’homme qui faisait chanter les femmes

A l’écart de la scène, il ne se consacre plus dès lors qu’à la composition. Il signe des titres qui s’inscriront dans la durée, et lui apporteront fortune et renommée, faisant chanter les plus belles femmes de l’époque, en séduisant même certaines. Une revanche sur la vie. Catherine Deneuve, Mireille Darc, Michèle Mercier, Françoise Hardy, Pétula Clark, France Gall, qui remporte avec Poupée de cire poupée de son le Grand Prix Eurovision de la Chanson 1965, Brigitte Bardot, avec qui il entretiendra une relation durant « 86 jours » et pour qui il composera Je t’aime, moi non plus, mais aussi celle qui fut sa muse durant de longues années : Jane Birkin.

Du judaïsme par romantisme

Rencontrée sur le plateau du film Slogan en 1968, Jane Birkin quitte son mari pour Serge. Médiatique et adulé, le couple enchaine les unes de magazines, les concerts, les albums…  Par romantisme, Jane veut se convertir au judaïsme. Le rabbin Williams jugeant cette raison non valable — et Gainsbourg n’y entendant rien en termes de religion —, elle abandonnera cette idée à regret.

Initialement écrite pour Brigitte Bardot, Jane et Serge reprennent en 1969 Je t’aime, moi non plus et interprètent 69, année érotique, qui deviendront aussitôt des succès.

70’s, les années de gloire

De 1971 à 1979, Serge Gainsbourg enregistrera cinq albums, qui confirmeront un talent d’interprète longtemps remis en question. L’histoire de Melody Nelson, qui sort en 1971, est une ode à sa muse, Rock Around the Bunker, en 1975, pousse loin la provocation, ridiculisant l’esthétique nazie avec des titres polémiques – Nazi Rock, SS si bon, Tata teutonne ou Aux armes et caetera, enregistré en 1979 à la Jamaïque et qui marque l’entrée en France de la musique reggae. Ce dernier connaîtra un succès retentissant, mais sa reprise de La Marseillaise provoque quant à elle un tollé.

Gainsbourg se barre

Les insultes et les critiques violentes dont il est alors l’objet le toucheront dans l’âme. De la remise en question de son patriotisme au rappel de sa judéité, Gainsbourg est lynché.

Devenu noctambule, il commence à se noyer dans l’alcool, le tabac et les excès. Adieu Gainsbourg, bonjour Gainsbarre !

En guise de réponse aux attaques dont il est la cible, fin 1981, il se rend à une vente aux enchères à Versailles, et acquiert le manuscrit original de La Marseillaise, écrit par Rouget de Lisle. Le Juif d’origine russe accompagné de sa nouvelle épouse, Bambou, fille d’un légionnaire allemand et d’une aristocrate chinoise, et de son garde du corps polonais regagnent la capitale avec le manuscrit de l’hymne national français… en voiture américaine. No comment !

Love on the beat et You’re Under Arrest, des poèmes pornographiques

Si 1969 fut une année érotique, 1984 et 1987 seront quant à elles carrément pornographiques. Love on the beat et You’re Under Arrest, les deux derniers albums de Serge Gainsbourg, atteignent des sommets dans la provocation. Extrêmement sexuels, ces deux albums comprennent des titres plus que tendancieux — Lemon Incest, interprété avec sa fille Charlotte, Five Easy Pisseuses, No Comment, etc. — auxquels participe également Bambou.

Malgré plus de 500.000 albums vendus pour Love on the beat, et 450.000 pour You’re under arrest, ces deux albums polémiques figurent parmi les plus gros succès de sa carrière.

Le 2 mars 1991, neuf mois après avoir composé pour Vanessa Paradis Variations sur le même t’aime, son dernier témoignage artistique, il succombe à une cinquième crise cardiaque à son domicile de la rue de Verneuil.

Serge Gainsbourg est enterré auprès de ses parents, au cimetière du Montparnasse.

Article extrait du Magazine Cultures-J février/mars 2014.

Merci à Vincent RIO pour son illustration sur le print, ainsi que sur le site web.

Si vous désirez aller plus loin :

Pensées, provocs et autres volutes, de Serge Gainsbourg, aux éditions Livre de Poche. 192 pages. 5,90€.
Gainsbourg, de Gilles Verlant, aux éditions Livre de Poche. 447 pages. 11,20€.
Post-scriptum : le journal intime de Jane Birkin (1982-2013), de Jane Birkin, aux éditions Fayard. 432 pages. 23,00€.
Gainsbourg, l’intégrale. L’histoire de tous ses disques, de Loïc Picaud, aux éditions E/P/A. 432 pages. 39,95€.
Le Gainsbook, aux éditions Seghers. 448 pages. 42,00€.

1 commentaire sur 1991-2021. 30 ans déjà. Hommage à Serge Gainsbourg

  1. Tous les hommages pour serge sont « impec » rien à redire, j’aimais beaucoup mister gainsbarre l’artiste l’homme qu’il était j’aurai aimé le rencontrer, j’adore la famille gainsbourg les filles notre chère et jolie jane, bambou et lulu, je vous avais laissé deux pseudo poèmes pour lui, trois bouquins de lui qui font partie de mon univers de lecture, pensées provocs et autres volutes en livre de poche, eugénie sokolov de serge, mon propre role 2 Textes de 1976 1987
    ON NE L OUBLIE PAS C’est bien
    mon salut poétique

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