Isidore et Émile Mendels, des violonistes d’exception, de Bourron-Marlotte à Fontainebleau…

Il n’est pas possible de séparer les Mendels, en mettre un à Fontainebleau et l’autre à Bourron-Marlotte. L’oncle et le neveu ont participé avec ferveur à la vie artistique de ces deux villes. Ce fut  Israël (Isidore) qui acheta la Villa « Les Sorbiers », et l’on y vit beaucoup Emile qui fréquenta aussi les musiciens juifs qui vivaient dans ces petits villages : Bourron et Marlotte.

Jakob Mendels et Catherine Heilbron, nés aux Pays-Bas, eurent trois fils, dont Israël (Isidore) né à Bruxelles en 1859, et Maurice, né à Lyon en 1864.

Israël Mendels (né à Bruxelles le 19 août 1859 et mort à Fontainebleau le 15 octobre 1927) fut un des plus grands violonistes de son temps. Il vécut avec ses parents à Lyon de 1862 à 1875 et toute la famille s’installa à Paris. Elève de Massard, il fut reçu Premier Prix de violon au Conservatoire de Paris. Grand quartettiste, il avait pour deuxième violon Jacques Thibaud.

Mendels fut pendant sept ans Premier violon sous la direction d’André Messager à la Société des Concerts du Conservatoire de Paris, puis violon solo à Vichy. Il obtint également un pupitre de violon solo aux Concerts Lamoureux. Chef d’orchestre à la fin de sa vie, il dirigea l’ancien philharmonique et fut membre du jury du Conservatoire de Musique de Paris. Israël Mendels joua la sonate de César Franck avec l’auteur.

Les Mendels firent partie des artistes qui animèrent la vie musicale de Bourron-Marlotte et participèrent durant de longues années aux « Grandes heures musicales » de ce village.

Israël-Isidore Mendels acheta la villa Les Sorbiers à Bourron-Marlotte et y vécut en compagnie de la Comtesse de Lubersacq. Il y partagea avec elle son amour pour le chant, la musique et les promenades en forêt.

Un été, pendant que Mendels travaillait son violon, un visiteur pénétra dans la maison par surprise. Cet intrus n’était autre que Joseph Szulc. Entendant la sonate de Grieg, Joseph Szulc se précipita sur le piano et accompagna, sans se présenter, le violoniste. Ebahi, émerveillé, il termina le morceau sans faute. La villa Les Sorbiers est située au n° 21 de l’actuelle rue Auguste Allongé. Dans cette maison, Israël et Emile, son neveu, accueillaient leurs maîtres et amis Gabriel Fauré et Camille Saint-Saëns. Il fit un mariage exogamique en épousant Angèle Ducros.

Dans l’annuaire du Conservatoire de Musique, pour Mendels, on trouve :

« Mendels (Israël), né à Bruxelles, 19 août 1859, Violon : 2é acc. 1876, 1er acc. 1877, 2é prix 1878, 1er prix 1879. Palme A . 1889. Virt. Paris »

De nombreux articles élogieux égrainent la vie d’Israël Mendels, dans La Revue Internationale de Musique en 1898. Les amateurs de violon pouvaient lire ce petit entrefilet : « Un excellent virtuose du violon, M. I. Mendels a donné, depuis 1888 jusqu’à ces dernières années, de très intéressantes séances. Parmi les œuvres de compositeurs contemporains, beaucoup ont été interprétées aux matinées Mendels ».

La revue Comoedia du 31 janvier 1921 relatait dans ses pages le déroulement du concert donné par la Société Philarmonique : « Fontainebleau. – La Société Philarmonique, sous la brillante direction de M. I. Mendels, vient de donner au théâtre, un concert des plus réussis. L’orchestre obtint un vif succès et la jeune et réputée virtuose Suzie Welty enthousiasma l’auditoire en interprétant d’une manière vraiment remarquable et très personnelle, le Concerto de Grieg et la Ballade de Fauré, avec orchestre. Ce fut une belle journée d’art. »

Israël Mendels décède le 10 octobre 1927. Le tombeau de la famille d’Israël Mendels se trouve dans le cimetière israélite de Fontainebleau. Dans l’acte de décès d’Israël Mendels, il est bien précisé comme profession : « Antiquaire, Directeur de la Société Musicale La Philharmonie »’.

Quant Maurice Mendels, frère d’Israël, épousa en 1888  Rosalie Lévy, née à Paris en 1865, d’une famille venant d’Alsace. Ce couple eut quatre enfants : Emile, violoniste, Margueritte, professeur de piano, Catherine Germaine, professeur de violon, et Marcelle, violoniste.

Emile Mendels naquit à Paris en 1890. C’était le fils de Maurice Mendels, professeur de violon au Conservatoire de Paris, et neveu d’Isidore (Israël). Sa mère enseignait le piano. Emile, surnommé Le petit prince de l’archet, décrocha son premier prix de violon à l’âge de quatorze ans. Virtuose mondial, il travailla en étroite collaboration avec les plus grands compositeurs, notamment Gabriel Fauré et Camille Saint-Saëns.

Portrait d’Isidore Mendels enfant, par Emile Levy, 1853.
© Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Paris.

Emile Mendels fit un mariage endogamique en épousant Alice Amélie Pollonais. Ce couple eut une fille, Cécile, avec laquelle Emile se produisit quelquefois. Il commença une carrière de concertiste très tôt, dès 1903, et reçut un second prix de violon. Dans le journal Revue Illustrée de cette année, on trouve l’entrefilet suivant :

« Mais le croirez vous : je préfère à ces quatre prix le second prix décerné au jeune Mendels, violoniste mineur, oh ! très mineur, il a treize ans et un coup d’archet qui fera du bruit dans le monde musical. »

Emile Mendels n’était pas seulement un brillant violoniste, il fut aussi un compositeur malheureusement peu connu. Il a écrit notamment les partitions musicales d’un sonnet de Sully-Prudhomme : Sur une oreille, ou Amis d’enfance, mélodie pour chant et piano, sur une poésie de Sully-Prudhomme, ou encore L’éventail, mélodie pour chant et piano, également sur une poésie de Sully-Prudhomme. Il a enfin composé Gigue : à la manière de Jean-Sébastien ! : en la majeur : pour violon seul.

Emile Mendels a survécu à la Seconde Guerre Mondiale. Grâce au journal L’Ouest-Eclair du 13 novembre 1939, nous savons qu’il se trouvait à Alençon :

« Pendant la messe célébrée par M. l’abbé Dupin, vicaire de la paroisse la maitrise ainsi que MM. Mendels, l’illustre violoniste réfugié à Alençon et notre sympathique violoncelliste, M. Alexis Niverd, font entendre de fort belle musique. »

La Bibliothèque Nationale de France conserve encore deux lettres d’Emile Mendels, l’une était adressée à Nadia Boulanger datée de 1916, et l’autre à Eugène Wagner datée du 11 septembre 1924. La fille d’Emile Mendels, Cécile Mendels, pianiste réputée, soliste à Radio-France, professa à  son tour et perpétua brillamment, la lignée de cette grande famille de musiciens.

Quant à Albert, frère d’Israël Mendels, nous ne connaissons que peu de choses. C’est en dépouillant les registres des décès de la Ville de Fontainebleau que l’on constate sa présence dans cette cité impériale :

« Le vingt six novembre mil neuf cent trente à dix huit heures est décédé, rue des Bois n° 33 (hôpital) Albert Mendels, domicilié à Fontainebleau, 17 Place de la République, né à La Haye (Hollande) le six novembre mil huit cent soixante un, marchand forain, fils de Jacques Mendels et de Catherine Helbron, époux décédés, veuf de Marie Louise Delparte. Dressé le vingt sept novembre mil neuf cent trente à douze heures sur la déclaration de Jean Navarre, quarante quatre ans, Econome de l’Hôpital, domicilié en cette ville, qui lecture faite a signé avec nous, Albert Théodore Doigneau, adjoint au Maire de Fontainebleau, officier d’Etat Civil par délégation. »

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