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Après le documentaire « Israël, le voyage interdit », Jean-Pierre Lledo complète le parcours d’une vie avec un livre…

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Ce livre fait peur. Non pas qu’il aille fouiller du côté de nos angoisses enfantines et multi séculaires, vampires, sorcières et autres ectoplasmes. Mais parce qu’il nous parle de la tragique réalité historico-culturelle dans laquelle nous évoluons depuis longtemps.

Et, en particulier, il évoque un pays dont l’auteur est originaire, l’Algérie, si proche de nous, géographiquement d’abord, puisque seule la Grande Bleue nous en sépare, et culturellement puisqu’il fut jadis une partie même du territoire national.

L’Algérie, Jean-Pierre Lledo l’a définitivement quittée tant il a été écœuré, déçu, effrayé par la tournure singulière que prenait son pays natal, désormais livré aux mains du parti unique qui ne rend plus de comptes qu’aux islamiques fanatiques.

Jean-Pierre Lledo est cinéaste, spécialisé dans le cinéma documentaire, marchant sur les traces glorieuses de Joris Ivens ou de Claude Lanzmann, persuadé, tout comme eux, que le cinéma documentaire est une arme sociologique d’investigation, un moyen d’enquêter sur le monde, d’en savoir le vrai, le concret, l’intime.

Et durant plusieurs décennies, il s’est ingénié à tenter de comprendre son pays, bardé d’idées généreuses que lui avaient légué son père et sa formation marxiste.

Jean-Pierre Lledo a bien été contraint de constater que ses idéaux étaient trahis : l’indépendance de son pays, obtenue en 1962, a donné naissance à un territoire qui ne fut jamais pluri-ethnique, comme avaient pu le rêver certains communistes, mais entièrement arabo-musulman. Et c’est bien pourquoi, entre 1962 et 1965, l’année du coup d’état, furent systématiquement éradiqués les pieds-noirs et les juifs. La société musulmane n’en voulait pas, quitte à utiliser la violence la plus âpre et les armes les plus meurtrières.

Il sait, lui il sait, comment concrètement on transforme une société, insidieusement, en censurant sans le dire (la censure n’existe pas de façon officielle en Algérie), en noyautant tous les partis (y compris le parti communiste), en truquant des élections, jusqu’à aboutir à une parodie de démocratie, une démocratie qui n’a plus que la chair et les os, rongée de l’intérieur par le cancer de l’extrémisme religieux. Lui, il sait, à la façon dont Stefan Zweig savait, lors de son séjour en Angleterre, et témoignait des manipulations nazies pour mettre la main sur un pays, ses habitants, les esprits, les mentalités…

Jean-Pierre Lledo le déclare de façon tranchante : l’Islam, c’est le fascisme.

Pire encore, il explique que, depuis les temps les plus reculés, cette société a toujours sécrété la haine et le racisme. Il explique comment, dans la langue arabe, le mot « juif » est, en soi-même, une insulte, et comment ses « amis algériens », lorsqu’il leur arrivait de l’employer, se tournaient vers lui avec gêne. Il explique comment il fallut à sa fille, Naouel, une belle présence d’esprit, alors qu’elle n’était qu’une petite fille, et que l’instituteur, en sa présence, venait de déclarer qu’Hitler n’avait pas fini son travail, pour répliquer : 

« Tant mieux pour vous, vous auriez aussi fini en savon, puisque les arabes aussi étaient considérés comme une race inférieure. »

Ce livre fait peur. Il nous démontre les rouages implacables des haines les plus ancrées, et entre autres la judéophobie qui caractérise la société musulmane, parmi d’autres. Il nous confie, de l’intérieur, comment l’on peut être amèrement déçu, dans ses convictions humanistes, par l’émergence de l’obscurantisme religieux. Et même si, parfois, le récit peut paraître un peu brouillon et répétitif, il est passionnant de bout en bout. Tout particulièrement sa première partie, celle des années algériennes, construite en chronologie inversée, de l’année 2008, celle de l’Alyiah, jusqu’à 1947, celle de la naissance, et qui démontre de façon implacable et sinistre ce qui devrait servir de leçon à beaucoup parmi nous : personne ne quitte sa terre natale de gaieté de cœur.

Le voyage interdit : Alger-Jérusalem, de Jean-Pierre Lledo, aux éditions Les provinciales. 300 pages. 24,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Histoire de l’Algérie, des origines à nos jours, de Pierre Montagnon, aux éditions 410 pages. 22,90€.
Histoire de l’Algérie à la période coloniale (1830-1962), aux éditions La Découverte. 720 pages. 16,00€.
Les trois exils juifs d’Algérie, de Benjamin Stora, aux éditions Fayard. 240 pages. 8,10€.
Juifs et musulmans en Algérie : VIIe-XXe siècle, de Lucette Valensi, aux éditions Tallandier. 256 pages. 15,00€.
Les Juifs d’Algérie, une histoire de ruptures, aux Presse de l’Université de Provence. 314 pages. 25,00€.

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