20 November 2018
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“Je ne haïrai point”, d’Izzeldin Abuelaish

“Mon espoir, avec ce livre, est qu’il présente et incarne le peuple palestinien et les tragédies qu’il a connu, qu’il révèle sa détermination à faire face aux défis de la vie et à en sortir plus fort, et non pas affaibli.”

je ne hairai pointIzzeldin Abuelaish est né en février 1955 dans le camp de Jabalia, dans la bande de Gaza, alors sous administration égyptienne. Lorsqu’en 1961, l’ONU installe une école dans le camp, son rêve de s’instruire devient alors réalité. Mais en tant qu’aîné d’une fratrie de neuf enfants, la charge lui incombe de faire vivre le reste de la famille. Après les cours, il vend donc des glaces, des géraniums, des graines, travaille dans une usine de briques, et même dans une ferme en territoire israélien, près d’Ashkelon. Si ces expériences contribueront à forger l’homme qu’il deviendra, il n’oubliera jamais les épreuves qu’il a connues à Gaza durant ses jeunes années, l’odeur nauséabonde des latrines, la pauvreté, la vie à onze dans une pièce de quelques mètres carrés. Il avoue sans honte avoir détesté cette période de sa vie.

Son baccalauréat en poche, il est admis en 1975 à l’université du Caire, qui accueille chaque année deux cents étudiants palestiniens sur ses bancs. Premier membre de sa famille à atteindre un tel niveau d’études, il choisit la médecine, et en ressort diplômé en 1983, après une année de cours préparatoire, cinq années d’études, et finalement une année d’internat à l’hôpital universitaire du Caire.

De retour à Gaza, il occupe temporairement des emplois dans les hôpitaux de Khan Younes et de Gaza Ville avant de s’envoler pour l’Arabie Saoudite, où il forgera son expérience en tant qu’obstétricien et gynécologue pour le compte du Ministère de la santé. En 1997 après une spécialisation à l’hôpital Soroka de Beersheva, il devient le premier médecin palestinien employé par un hôpital israélien.

Grace au mécénat de riches américains, il se spécialise en Europe – en Italie, à Milan et à Bruxelles, en médecine fœtale et génétique, puis est admis à la prestigieuse université d’Harvard. C’est au cours de ces années américaines que l’idée d’entrer en politique l’effleure. De retour à Gaza, il décide d’entrer en campagne en 2005 pour des élections devant se dérouler en janvier 2006.

Tout comme pour le ‘hamas, sa campagne est axée sur l’éradication de la pauvreté, du chômage, des maladies et une meilleure situation de la femme à Gaza. Mais le parti terroriste remporte l’élection avec 79 % des voix. Au lendemain de sa défaite, Izzeldin Abuelaish  envoie son curriculum vitae à l’Organisation Mondiale de la Santé, et y est accepté en tant que conseiller auprès du Ministère afghan de la santé.

Ses fréquents allers retours entre Gaza et Kaboul auront sur lui un effet considérable. Il devient témoin, observateur du changement de visage dont est victime la population de Gaza. Avec le ‘hamas au pouvoir, un conflit interne broie les palestiniens et les divise. Désormais, la population de Gaza vie à 70 % sous le seuil de pauvreté. 70.000 emplois ont disparu et la bande côtière connait un taux de chômage de près de 50%. Quant à la situation de la femme, mieux vaut ne pas en parler.

Six mois après la victoire du ‘hamas, le soldat israélien Guilad Shalit est enlevé, et en décembre 2008 éclate l’opération Plomb Durci. La terreur s’empare de Gaza, sous le feu des bombes, en représailles aux tirs de roquettes incessants s’abattant sur le territoire israélien. Moins de trois semaines après le début du conflit, son domicile de Jabalia est touché par deux obus, tuant trois de ses filles. Le témoignage qu’il fera par téléphone de cet événement, en direct quelques minutes plus tard, fera le tour du monde.

Jadis plus grande ville de la terre de Canaan, convoitée par le roi David, Alexandre le Grand, Napoléon, seul chemin entre l’Asie et l’Afrique, Gaza est aujourd’hui  une mince bande de terre où vit une des plus fortes densité de population au monde, de surcroît aux mains d’un parti terroriste.

S’annonçant tel un commandement, Je ne haïrai point est cependant un message en faveur de la paix, à mi-chemin entre l’autobiographie et le témoignage. Mais si ce livre véhicule certes un message de paix et de tolérance dont le monde semble avoir bien besoin, il n’en écarte pas moins les clichés bien encrés de peuple opprimé, persécuté, dont le seul moyen de crier son désespoir au monde et d’envoyer des roquettes sur les villes et les populations civiles israéliennes.

Si effectivement la médecine peut rapprocher les peuples et conduire à la paix, comme il semble le croire, alors, avec Je ne haïrai point, Izzeldin Abuelaish pose des fondations solides. Pas sûr que cela soit suffisant.

Je ne haïrai point : Un médecin de Gaza sur les chemins de la paix, d’Izzeldin Abuelaish. Editions J’ai Lu. 285 pages. 6.90€.

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