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« Je ne suis plus inquiet » : le spectacle très personnel de Scali Delpeyrat

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Côté cour, une table et un tabouret qui fleurent le quotidien du célibataire endurci ; côté jardin, un réfrigérateur de taille modeste d’où sortiront, au fur et à mesure, tous les objets, justement, de ce quotidien, depuis l’assiette, les couverts, en passant par le sel et le poivre, le bocal de cornichons et jusqu’à l’imperméable et les clés de l’appartement.

Tout se déroule ici, dans cet espace pour un homme seul et parle, précisément, de cet homme, de ses origines, de ses tourments. Mais c’est bien loin d’être, pour autant, déprimant car il convoque autour de lui, cet homme seul, toute une famille : père, mère, petite sœur, grands-parents, et les amis auxquels il téléphone régulièrement — même le dimanche matin à point d’heure —, un chat, un cochon, bref tout un univers.

Il y a chez Scali Delpeyrat quelque chose de Georges Pérec, celui de Je me souviens. Le comédien sait parfaitement, comme jadis le romancier, faire appel à l’épaisseur du vécu pour éveiller le rire et pour ébaucher les larmes : on s’amuse, on sourit, on est ému, on en redemande…

Ce que nous raconte Scali Delpeyrat, c’est l’histoire d’un métissage, l’histoire, à travers ses parents et sa famille, d’un juif du sud-ouest, « enfant d’Israël avec l’accent de Francis Cabrel » comme il le dit dans sa chanson finale absolument magistrale de drôlerie et de second degré. Juif du sud-ouest, ce dont il n’est, au final, ni fier ni honteux. Scali Delpeyrat se contente de constater.

Car ce spectacle est aussi l’histoire d’un apaisement, comme le stade final d’une psychanalyse face à une sorte de Freud qui serait métamorphosé en chat.

L’histoire d’un passage de l’ombre à la lumière, l’histoire d’un changement de voie et de voix, de celle, timide, de l’enfant qui n’ose, à celle, virile, de l’adulte qui glose ; l’histoire d’une transition entre la voix haut perchée et montante vers l’aigu des doutes et celle, grave et basse, descendante, de l’affirmation de soi.

Et puis — et une fois encore à la façon d’un Pérec —, ce spectacle est une somme de petits détails, de ces petits détails qui, au final, ne sont pas justement des détails tant ils nourrissent, et signifient, et enrichissent une existence.

Scali Delpeyrat brasse avec une apparente facilité des morceaux de vie, des tranches d’instants, des bribes d’existences qui finissent par constituer l’essentiel même d’un individu.

Car nos vies, à nous tous, tant que nous sommes, ne sont justement que cette somme astronomique de petits détails : depuis l’étonnant miracle de l’attitude d’un postier résistant qui permit à sa grand-mère d’échapper aux nazis et à qui, par conséquent, lui-même, Scali, doit la vie, jusqu’à cette montre Swatch qui paraissait féminine mais qui accompagne le père dans le cercueil ; ou la phrase slogan lancée par un adolescent boutonneux et mal à l’aise mais qui dit l’essentiel de la révolte et du refus ; et puis les clichés racistes véhiculés par les adultes durant toute l’enfance…

Tout cela sent le vrai, le palpable, l’identifiable et, malgré tout, tout cela parle à tout le monde. Etonnante capacité de l’artiste de savoir parler de lui-même tout en parlant de tout le monde.

Comme le dit le refrain de la chanson Oh mon diou Shalom : tout un programme, et que tient brillamment Scali Delpeyrat à l’Espace Cardin.

Je ne suis plus inquiet, jusqu’au 4 décembre à l’Espace Pierre Cardin.

Si vous désirez aller plus loin :

Je ne suis plus inquiet, de Scali Depleyrat, aux éditions Actes Sud. 72 pages. 13,50€.

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