Ad

Jules Boucherit : professeur de violon, concertiste et médaille Juste Parmi les Nations

Roger Boussinot, auteur des Guichets du Louvre et Des enfants dans les arbres, répondit au proviseur du Collège de la Vallée à Avon, à propos du Plan d’Action Educatif préparant certains élèves aux événements d’Avon en 1944 :

« Vous me demandez des précisions sur Bourron-Marlotte. En 1941, le professeur Jules Boucherit décida que sa classe du Conservatoire de Paris aurait lieu à Bourron, dans la villa inoccupée de Magda Tagliaferro (alors en Amérique du Sud). Pour  »raison de santé », avec l’accord (la complicité) du Directeur du Conservatoire Claude Delvincourt. C’est tout. C’est très simple. Sauf qu’une dizaine d’élèves (parmi lesquels Charles Cyroulnik, Davy Erlich, notamment) étaient juifs. Que leurs familles s’installèrent là elles aussi… »

En effet, lorsqu’Alfred Cortot voulut chasser tous les enfants juifs du Conservatoire de Musique de Paris, Jules Boucherit emmena avec lui ses élèves violonistes à Bourron-Marlotte pour se réfugier dans la villa La Chansonnière appartenant à la grande pianiste Magda Tagliaferro.

Après enquête, Yad Vashem a décerné en février 1993 la Médaille des Justes au professeur Jules Boucherit pour son action pendant la guerre. Quelques années auparavant, ses amis avaient fait apposer une plaque en sa mémoire et à cette occasion. Le Frère André Lendger, aumônier national des Artistes, avait dit alors :

« Ce qui est frappant chez Jules Boucherit, c’est de voir l’harmonie qu’il a eu en lui : harmonie entre l’artiste et l’homme, générosité qui s’est dégagée lorsque, sur une estrade ou un tréteau, il pouvait livrer son instrument, grâce à son violon qui chantait, qui parlait pour lui. Et dans le même temps, il savait aimer, partager, donner de lui-même, prendre des risques, choisir pour l’homme qu’il ne soit pas simplement une brebis destinée à être égorgée, mais qu’il puisse, dans les périls, être assuré de trouver un frère.
Jules Boucherit était un artiste, c’était un homme. Il avait cette chaleur, cette grandeur, cette complémentarité qui fait un être exceptionnel, d’après tous les témoignages que nous pouvons posséder. Et il y a là pour nous tous, alors que nous inaugurons cette plaque, une grande leçon. Car ce qu’a fait Jules Boucherit, ce n’était pas simplement de livrer des notes, c’était de donner un langage : le langage d’un homme total, développé, épanoui dans sa sensibilité, jusque dans ses responsabilités humaines. Sa simplicité venait sans doute de sa grande générosité pour un homme qui est entièrement donné, les choses les plus graves deviennent simples et naturelles. Non pas qu’il n’y ait des combats intérieurs, non pas qu’il n’y ait des complications même au dedans de l’âme. Mais lorsque le moment vient de dire ce qui est au fond de soi et qui est essentiel, lorsque le moment vient de transmettre le grand message et le grand bonheur de donner, à ce moment là en effet, il ne reste plus rien que la simplicité, cette sorte de certitude enfantine que ce qui est dit est vrai
. »

Parmi les autres élèves juifs de Jules Boucherit, il y a eu Ivry Gitlis. Jules Boucherit fut un violoniste français et professeur au Conservatoire national de musique de Paris.

Après une carrière de soliste, Jules Boucherit fut nommé au Conservatoire national de musique en 1920 et se consacra exclusivement à l’enseignement à partir de 1923 jusqu’à sa retraite en 1945. Ami de Jacques Thiebault, il a formé de très nombreux élèves parmi lesquels Michèle Auclair, Ginette Neveu, Michel Schwalbé, Ivry Gitlis, Devy Erlih, Serge Blanc, Jacques Dejean et Denise Soriano.

Dans sa jeunesse, Boucherit avait été un mondain. Mais pourtant, dès cette époque, il s’était forgé de fortes idées humanistes. Par exemple, bien qu’ayant fréquenté le milieu nationaliste de Manet, il fut un dreyfusard convaincu.

Pour l’introduction du Journal de Julie Manet, Rosalind de Boland Roberts et Janes Roberts précisèrent :

« Il allait de soi que Julie joua d’un instrument de musique. Elle apprit la flûte et le piano, mais elle acquit une certaine maîtrise du violon.
Julie faisait des heures de gammes et prenait des leçons hebdomadaires de théorie et d’interprétation musicale, ainsi que de composition, auprès de professeurs spécialisés. Ces leçons étaient également suivies par sa cousine Jeannie Gobillard, qui devait devenir une pianiste de classe professionnelle. Son professeur préféré était sûrement le jeune Jules Boucherit, dont elle parle souvent dans son journal, et on peut deviner qu’une jeune fille d’une quinzaine d’années pouvait ressentir un léger frisson romantique en écoutant le jeune maestro jouer avec tant de passion. Les jeunes filles préparaient souvent des récitals et des soirées musicales pour leurs amis, en s’attaquant même à des morceaux difficiles, mais elles préféraient Berlioz, Gounod, Mendelssohn et Schumann à la musique d’avant-garde de cette époque (Julie était déconcertée par Wagner)
. »

Berthe Morisot, la mère de Julie Manet, a laissé une très belle esquisse nommée Une leçon de musique, représentant Jeannie Gobillard et Julie Manet avec leur professeur Jules Boucherit.

Julie Manet, nièce du peintre Edouard Manet qui, à quinze ans, ayant découvert Jules Boucherit dans un concert, exigea et obtint des leçons du jeune maître. Elle avait noté dans son journal en 1894 : « (Il a) des dons d’une justesse et d’une pureté admirables, un charme extraordinaire, mais il manque d’ampleur. Il est tout à fait tzigane dans les fameux Airs bohémiens. Jules (Boucherit) leur donne plus de style et de noblesse… Décidément, c’est Jules le premier violoniste. »

Partagez vos impressions

Cet article vous intéresse ? Laissez un commentaire.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.