« L’ange du Mossad » : espionnage au sommet entre Le Caire et Tel Aviv…

Mais pour qui et pourquoi court-il donc, Ashraf Marwan ? A la fin des années soixante, il est jeune, beau, brillant et financièrement à l’aise, il est marié à Mona, la fille du président Egyptien Nasser, l’un des hommes les plus estimés de son époque.

Ashraf a un petit garçon, Gamal, auquel, comme tout papa, il raconte des histoires, et, en particulier la fable d’Esope sur le garçon qui criait au loup. Ashraf raconte des histoires à son petit garçon lorsqu’il en a le temps, lui qui est tellement occupé par ses études de géo-politique, à Londres.

Alors pourquoi et pour qui ? Pourquoi contacte-t-il l’ambassade israélienne pour proposer de livrer des secrets-défenses de son pays ? Que cherche-t-il ? La gloire ? Le prestige ? L’argent ? La vengeance ?

Certes, il a été humilié, et parfois même publiquement, par son beau-père, le Raïs, qui ne l’a jamais aimé. Mais à la mort de ce dernier, il a réussi à entrer dans les bonnes grâces de son successeur, le président Sadate, en déjouant un complot au sommet de l’État. Est-il vraiment persuadé, comme il le plaidait devant son défunt beau-père, qu’il faut se désolidariser de l’Union Soviétique parce que celle-ci n’a pas d’avenir (quelle anticipation brillante à l’époque !) ? Cherche-t-il uniquement, et par tous les moyens, la paix dans le monde arabe ?

Les services secrets israéliens vont le contacter, il sera surveillé par ses compatriotes complotistes malgré les murs de leur prison, il fraiera même avec l’ogre Kadhafi, le terrible pourvoyeur de méfaits terroristes, et, tout au long de ce film tortueux mais brillant, le personnage d’Ashraf Marwan va faire preuve de sang-froid et d’intelligence tactique. Même si, bien souvent, on a le sentiment qu’il est perdu entre deux eaux, entre deux chaises, entre deux pouvoirs. Dans quel camp se situe-t-il ? Que cherche-t-il vraiment ? A-t-il tant besoin d’argent ? Quel est son lien exact avec la call-girl de luxe Diana Ellis ? Trompe-t-il vraiment son épouse ?

Nous sommes au début des années soixante-dix : le monde arabe est encore sous le choc de l’une des guerres les plus étonnantes de l’époque moderne, celle des Six Jours. Israël s’est emparé de la majeure partie des territoires palestiniens et ne semble jamais montrer de faiblesse. De partout dans cet univers, des voix s’élèvent, chercheurs de paix ou de vérités. Dans l’ombre agissent les terroristes, dont le sinistre et fameux groupe Septembre Noir. La situation est plus que minée, et nul ne s’étonne que l’agent infiltré Ashraf Marwan puisse deux fois de suite alerter le Mossad sur l’imminence d’une guerre menée par l’Egypte.

Mais tel le garçon d’Esope, aurait-il trop crié au loup ?

Le film est bien mené et, à la différence de trop de films d’espionnage, il ne nous égare pas dans les méandres des raisons d’état et des intérêts géo-stratégiques. Il faudra cependant patienter jusqu’à la dernière demi-heure pour enfin pouvoir répondre à la question : pourquoi et pour qui court-il donc, Ashraf Marwan ?

L’ange du Mossad, actuellement sur Netflix.

Si vous désirez aller plus loin :

La guerre des Six Jours, un épisode majeur du conflit israélo-palestinien, aux éditions 50minutes.fr. 72 pages. 5,90€.
Les guerres secrètes du Mossad, de Yvonnick Denoël, aux éditions Nouveau Monde. 378 pages. 8,00€.
Géopolitique d’Israël, de Frédéric Encel et François Thual, aux éditions Points. 512 pages. 11,50€.

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