20 November 2019
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« L’un de nous deux », une leçon politique à la française…

Jean-Noël Jeanneney, en historien éclairé, homme politique, écrivain producteur d’émissions historiques à France Culture, lauréat de nombreuses distinctions, écrit un texte dense, extrêmement fourni et documenté  sur un face-à-face historique entre deux  grands hommes qui ont marqué l’Histoire de France,  au cœur de la tourmente nazie, histoire de réviser son Histoire…

Ces deux hommes, tous deux juifs français, occupant des postes clefs,  entament un dialogue ardu et régulier pour défendre avec acharnement  leur vision de la vie politique : Léon Blum, ex-Président du Conseil et Chef du Font Populaire, et Georges Mandel, ex-Ministre, se racontent jour après jour et dialoguent en dépit de leur profond antagonisme, dans un contexte très particulier. Il sont tous deux fait prisonniers – ou plutôt otages -, livrés par Pétain aux Allemands en vue d’éventuelles représailles.

Isolés, logés dans un appartement non loin du camp de concentration de Buchenwald d’où parviennent des échos de la vie du camp, ils retracent le paysage politique français de 1870 à 1944, avec pour toile de fond un écran où défilent des extraits de films d’archives. 

Hommes passionnés, engagés, responsables et conscients de leur missions, ils restent fidèles à leurs modèles politiques : pour Léon Blum, ce sera Jaurès, et pour Mandel, Clémenceau. Deux hommes dont ils  tirent tout leur enseignements et leur engagements. 

On assiste à un échange parfois ardu et difficile à suivre mais passionnant  de leurs idéaux autour du contrat social, socle civique des valeurs républicaines, mais aussi de leur haine du nazisme.

En guise de représailles suite à l’assassinat de Philippe Herriot, l’un des deux devra payer de sa vie. Un jeune officier allemand, leur seul interlocuteur, leur apprendra que la mort immédiate s’annonce pour l’un d’entre eux. Mais lequel ? 

Pour incarner ces deux grands hommes, deux interprètes tous deux impliqués dans le combat politique servent admirablement cette pièce, dans une mise en scène de Jean-Claude Idée : Emmanuel Decharte – avec une mention particulière pour l’intensité et la justesse de son personnage -, et Christophe Barbier, journaliste reconnu.

L’un de nous deux fait tristement écho à notre présent et offre des réflexions salutaires sur la nécessité impérative des solidarités, et sur le danger du fascisme renaissant.

L’un de nous deux, actuellement au théâtre du Petit Montparnasse.

Si vous désirez aller plus loin :

Léon Blum, de Jean Lacouture, aux éditions Seuil. 640 pages. 12,00€.
Je vous promets de revenir. 1940-1945, le dernier combat de Léon Blum, de Dominique Missika, aux éditions Robert Laffont. 324 pages. 21,00€.
Otages d’Hitler, 1942-1945, de Benoit Luc, aux éditions Vendemiaire. 192 pages. 18,30€.

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