20 November 2019
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« La conférence de Wannsee. Le crime à l’échelle industrielle », de Peter Longerich

Wannsee, 20 janvier 1942. A l’invitation de Reinhard Heydrich, directeur de l’office central de sécurité du Reich, vice-gouverneur de Bohême-Moravie surnommé « le boucher de Prague », et adjoint de Heinrich Himmler, quinze hauts dignitaires de l’Allemagne nazie se retrouvent dans la somptueuse villa Marlier, sur les rives du lac de Wannsee, en banlieue de Berlin. 

L’ordre du jour ? L’organisation administrative, technique et économique de l’extermination des Juifs d’Europe. 

Bien que leur exclusion de la société et leurs persécutions aient en réalité déjà commencé depuis des années – boycott des commerces Juifs en 1933, Lois de Nuremberg en 1935, Nuit de Cristal en 1938… -, et que les premiers crimes de masse ont été perpétrés dès fin 1941 avec entre autre l’ouverture du camp de Chelmno, la conférence de Wannsee a pour but d’asseoir l’autorité de Heindrich auprès des différentes instances impliquées dans la Solution Finale.

Organisée à la demande d’Himmler, cette réunion se révèle donc en réalité plus formelle que pratique.

Si initialement, il était question de déporter les Juifs du Reich vers l’Est, voir même vers Madagascar, alors colonie française, l’entrée en guerre de l’Allemagne en 1939, la conquête de nouveaux territoires et la situation militaire sur les nouveaux fronts contraignirent les nazis à réviser leurs projets. Si moins de 200.000 Juifs se trouvaient encore en Allemagne lors de son entrée en guerre, l’invasion de la Pologne et ses près de deux millions de Juifs allaient contraindre Hitler à décider de leur extermination pure et simple, sans attendre la fin de la guerre.

La « solution territoriale » céda dès lors la place à la « solution finale », qui allait s’intensifier massivement dès le mois de mai 1942.

« Je vous charge par la présente de prendre toutes les mesures préparatoires nécessaires du point de vue organisationnel, pratique et matériel pour une solution globale de la question juive dans la sphère d’influence allemande en Europe. Là où ces dispositions touchent à la compétence d’autres instances gouvernementales, leur participation doit être requise. Je vous charge en outre de me soumettre sous peu un plan d’ensemble des mesures organisationnelles, pratiques et matérielles nécessaires pour mener à bonne fin la solution finale souhaitée de la question juive. »

Lettre d’Hermann Goering à Reinhard Heydrich, 31 juillet 1941.

A Wannsee, autour de la table et sous la présidence de Reinhard Heydrich, Josef Bühler, gouverneur-adjoint de Pologne, Roland Freisler, du ministère de la Justice, Otto Hoffmann, chef du RSHA, Gerhard Klopfer et Friedrich Wilhelm Kritzinger, secrétaires à la chancellerie du parti nazi et à la chancellerie du Reich, Rudolf Lange et  Karl Eberhard Schöngarth, de la SiPo et du SD, Georg Leibbrandt et  Alfred Meyer, du ministère des territoires occupés de l’Est, Martin Luther, du ministère des Affaires étrangères, Heinrich Müller, chef de la Gestapo, Erich Neumann, représentant les ministères de l’Économie, du Travail, des Transports et de l’Armement,  Wilhelm Stuckart, représentant du ministère de l’Intérieur qui fut à l’origine des Lois de Nuremberg et jadis en charge de la politique juive, et enfin Adolf Eichmann, chef du bureau des Affaires Juives de la Gestapo, chargé de rédiger les notes de la conférence. Une trentaine de copies du compte-rendu de cette réunion seront édités à l’époque, dont une seule parviendra jusqu’à nous, découverte en 1947 par Robert Kempner dans les archives de Martin Luther.

Dans son essai La conférence de Wannsee. Le crime à l’échelle industrielle, Peter Longerich, déjà auteur de nombreux ouvrages sur Hitler, Goebbels ou Himmler, s’attelle à mettre en lumière non pas l’importance de cette réunion sur le sort des Juifs d’Europe – leur sort était déjà scellé bien avant janvier 1942 -, mais plutôt les tensions et les désaccords entre les différentes instances, ainsi qu’entre Himmler et Heydrich quant au sort des Juifs et des « mischlinge », les métis…

Scindé en trois chapitres, de la mise à l’écart des Juifs jusqu’à la réalité de la Solution Finale, et extrêmement documenté – on peut y découvrir des copies de certaines des pages du compte-rendu de l’époque -, La conférence de Wannsee. Le crime à l’échelle industrielle revient sur le « sens historique » de ce moment-clé de l’Histoire.

Jadis destinée à l’accueil des cadres nazis de passage à Berlin, la villa Marlier sera, à l’issue du conflit, occupée par les troupes soviétiques puis américaines, avant de devenir en 1992 et sous l’impulsion de l’historien Joseph Wulf un lieu de mémoire et d’enseignement visité par plus de 100.000 personnes chaque année…

La conférence de Wannsee. Le crime à l’échelle industrielle, de Peter Longerich, aux éditions Héloïse d’Ormesson. 240 pages. 20,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Hitler, de Peter Longerich, aux éditions Tempus Perrin. 1.440 pages. 17,00€.
Goebbels. Tome 1 : 1897-1937, de Peter Longerich, aux éditions Tempus Perrin. 704 pages. 12,00€.
Goebbels. Tome 2 : 1937-1945, de Peter Longerich, aux éditions Tempus Perrin. 640 pages. 12,00€.
Himmler. Tome 1 : 1900-1939, de Peter Longerich, aux éditions Tempus Perrin. 720 pages. 12,00€.
Himmler. Tome 2 : 1939-1945, de Peter Longerich, aux éditions Tempus Perrin. 693 pages. 11,00€.
Nous ne savions pas. Les allemands et la Solution Finale, 1933-1945, de Peter Longerich, aux éditions Livre de Poche. 669 pages. 9,40€.

Et pour la jeunesse :

La Shoah. Des origines aux récits des survivants, de Philip Steele, aux éditions Gallimard Jeunesse. 96 pages. 19,95€.
Histoire de la Shoah. De la discrimination à l’extermination, de Clive A. Lawton, aux éditions Gallimard Jeunesse. 48 pages. 14,00€.

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