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« Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman » : retour sur le premier génocide du 20ème siècle

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Si spontanément on a tendance à associer le mot « génocide » à l’Holocauste et l’assassinat de six millions de Juifs dans les camps de la mort nazis, ce sinistre épisode de la Seconde Guerre Mondiale n’était certes pas le premier « crime de masse », comme on les nomme aujourd’hui.

Et ce sont précisément sur ces périodes sombres que nous propose de revenir actuellement le Mémorial de la Shoah, à travers deux événements d’importance : une exposition gratuite qui se tient allée des Justes Parmi les Nations, ainsi qu’une seconde dans l’antenne de Drancy, en Seine-Saint-Denis.

Présentée en plein-air et accessible à tous depuis le 22 mars dernier, Les génocides du XXème siècle (en chiffres romains s’il vous plaît) revient chronologiquement, en une vingtaine de panneaux, sur les grands crimes de masse du siècle passé. Si ce dernier a été marqué par la Shoah, il l’a aussi été pour d’autres communautés, des Tutsis du Rwanda aux Sinti, sans oublier les Arméniens, avec plus d’un million de victimes.

Quant au second rendez-vous proposé par l’institution du 4ème arrondissement, c’est dans son antenne de Drancy qu’elle se tient. L’année 2021 marquant le vingtième anniversaire de la reconnaissance du génocide arménien par la France, l’exposition Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman, qui s’était tenue en 2015 au Mémorial du Marais, est de nouveau présentée, complétée et enrichie grâce à l’évolution de nombreuses recherches, notamment sur le « devenir » des orphelins de ces massacres, les diasporas, sans oublier bien sûr le négationnisme de l’état Turc.

Composée de trois grandes thématiques — stigmatiser, détruire, exclure —, le public est tout d’abord invité à se replonger dans l’histoire riche et plusieurs fois centenaire du peuple arménien ; un peuple installé depuis plus de deux millénaires sur un vaste territoire entre mer Noire et mer Caspienne, au coeur de routes commerciales que se disputent depuis l’Antiquité toutes les puissances conquérantes.

« Échangerais histoire grandiose contre meilleur emplacement géographique.

Boutade polonaise.

Et à chaque occupant ses minorités… et boucs émissaires. Des minorités de « seconde zone » contraintes de porter des signes distinctifs — turbans jaunes pour les juifs ou bleus pour les arméniens par exemple ; et des boucs émissaires, ce que seront les arméniens suite à l’assassinat du tsar Alexandre II. Considérés comme « agents de l’ennemi russe » — pour ne pas dire de l’ensemble des puissances européennes —, ils vont être accusés de trahison et bientôt reconnus responsables des défaites de l’Empire ottoman au cours du premier conflit mondial.

Autant de raisons qui permettront de « légitimer » des représailles : arrestations, spoliations des bien personnels et des lieux de culte — plus de 2.000 églises et 400 monastères seront saccagés et pillés —, sans oublier l’étape ultime : l’exécution.

Conscient de leur incapacité à remporter le conflit ouvert vers le Caucase, les ottomans vont alors recentrer leurs ambitions d’expansion sur un territoire plus restreint — et surtout plus proche : celui des arméniens, situé au beau milieu du projet de « turcisation ». Ne restait plus qu’à se débarrasser de l’encombrante population locale, communautés chrétiennes d’Orient y compris.

Dès le printemps 1915, des signes annonçant le génocide à venir apparaissent : d’avril à août, plus de 300 convois vont déporter des dizaines de milliers d’arméniens vers les vingt-cinq camps de concentration de Syrie et de Mésopotamie. Ils n’en reviendront jamais.

Entre 1,2 et 1,5 million d’arméniens seront assassinés lors de ce premier génocide du 20ème siècle ; une communauté qui ne dénombrera plus que 65.000 personnes en 1927. Interdits de retour par la Turquie — et tout simplement chassés s’ils tentent de revenir —, la communauté arménienne compte aujourd’hui une diaspora estimée à près de dix millions de personnes, principalement établie aux États-Unis, en Russie, ou en France avec environ 400.000 personnes, la plus importante communauté d’Europe occidentale.

Une très intéressante exposition sur l’histoire d’un peuple attaché à sa terre — quelques artefacts supplémentaires auraient cependant été les bienvenus —, réalisée grâce à de très nombreux prêteurs, et la passion contagieuse de ses commissaires : Raymond Kévorkian, Yves Ternon, et surtout Claire Mouradian.

On ne pourra s’empêcher de noter les flagrantes similitudes d’un autre génocide à venir deux décennies plus tard, contre les Juifs cette fois-ci.

A voir sans hésiter !

Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman, jusqu’au 11 juillet 2021 au Mémorial de la Shoah de Drancy.

Si vous désirez aller plus loin :

Comprendre le génocide des Arméniens, ouvrage collectif, aux éditions Tallandier. 576 pages. 12,00€.
Se souvenir des Arméniens. 1915-2015 : centenaire d’un génocide, par le Mémorial de la Shoah, aux éditions Calmann-Lévy. 400 pages. 25,00€.
Le génocide des Arméniens. Un siècle de recherche 1915-2015: Un siècle de recherche (1915-2015), ouvrage collectif aux éditions Armand Colin. 368 pages. 29,00€.
Histoire de l’Arménie, d’Annie et Jean-Pierre Mahé, aux éditions Perrin. 752 pages. 29,50€.
L’Arménie et les Arméniens de A à Z, de Corinne et Richard Zarzavatdjian, aux éditions Grund. 256 pages. 29,95€.
Le génocide des Arméniens, de Raymond Kévorkian, aux éditions Odile Jacob. 1.007 pages. 41,90€.
L’ Arménie du Levant (XIe-XIVe siècle), de Claude Mutafian, aux éditions Belles Lettres. 1.152 pages. 95,00€.

Et pour la jeunesse :

Dans les yeux d’Anouch. Arménie, 1915, de Roland Godel, aux éditions Folio Junior. 208 pages. 7,10€.
Mes 100 premiers mots arméniens, d’Effie Delarosa. 26 pages. 7,75€.
Contes d’Arménie. Épopée, récits et légendes populaires, ouvrage collectif, aux éditions Vilo Jeunesse. 93 pages. 12,00€.

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2 commentaires sur « Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman » : retour sur le premier génocide du 20ème siècle

    • BonjourMichèle,
      très intéressante expo à Drancy en effet, qui revient sur cet épisode tragique du début du 20ème siècle. Il convient de la visiter pour en apprendre plus…
      Merci, et à bientôt sur Cultures-J.

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