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Le Prieuré des Basses-Loges : des « Billettes » à Lucien Israël…

Un prieuré fut dédié à Saint-Nicolas, au lieu-dit des Basses-Loges, nom du hameau où il est situé et qui se trouve à une demie lieue de Fontainebleau. Cet asile fut fondé en 1310, en face de l’hôtellerie qui se trouvait déjà sur la route de Bourgogne, par Henry du Haultey, Sire des Lois de Louis, Chanoine de Roye en Vermandois, qui en fit donation au Ministre de la principale Maison de l’Ordre de la Charité de Notre-Dame dans le Diocèse de Châlons en Champagne.

Cette maison fut garnie de six lits et d’autres meubles et ustensiles nécessaires pour loger six pauvres passants, et était subventionnée de dix livres de rente à prendre sur tous les biens de la maison mère de l’Ordre afin d’entretenir la subsistance et la nourriture de deux religieux dudit ordre, qui devaient en prendre soin, et donner tous les secours spirituels aux malades. Cela fut augmenté en 1352, par la donation que fit Bouchart de Montmorency de vingt livres de rente, à prendre sur les ponts et moulins de Samois, aux conditions de cinq messes par semaine ; or, suite aux guerres incessantes, ces ponts et moulins furent complètement ruinés et Denis de Chailly, Seigneur de Changy, dut donner à ces religieux ses terres et sa seigneurie de Changy en 1456, aux conditions de cinq messes par semaines, et de deux obits par an, ce qui permis de faire fonctionner l’hôpital.

Profanation d’une hostie chez Jonathas rue des Jardins à Paris.

Il s’en suivi que l’Ordre de la Charité qui possédait cette maison, étant tombé dans une décadence presque irréparable, les religieux Carmes de la province de Touraine leur succédèrent. Les Carmes acquittèrent des dettes, leur firent des pensions viagères, et prirent possession le 15 février 1632 de ce monastère et de celui de Paris. C’est ainsi qu’on les nomma « Billettes », comme leurs prédécesseurs, parce qu’ils sont établis en place de la Maison d’un Juif qui, l’an 1290, perça une hostie à coups de couteau, et voulut la jeter dans une chaudière d’eau bouillante ; ce qu’il ne put exécuter, d’où le nom de « Billettes » : A Christo Buliente.

Cette hostie fut conservée jusqu’à la Révolution dans l’église Saint-Jean-de-Grève à Paris.

Vitrail de « la profanation d’une hostie’’, église Saint-Jean-de-Grève à Paris.

D’après différents textes, on retrouve cette légende de la profanation de l’hostie dans la revue Communauté Nouvelle de décembre 1991, qui en relate rapidement l’histoire :

« En ce même an (1290) advint à Paris une chose merveilleuse selon le record (souvenir) de ceux qui y étaient à ce moment. En cette cité, il y avait une femme à qui un Juif avait prêté argent par usure, sur ses draps (vêtements). Celle-ci vint au Juif le jour de la sainte Pâque et dit qu’elle voulait racheter ses draps. Il lui répondit que si elle voulait apporter son D.ieu qu’elle adorait et qu’elle devait recevoir en ce jour, il lui rendrait ses draps sans rien prendre de son argent. Elle qui était embarrassée de convoitise vint à l’Eglise et reçut sans dévotion le précieux corps de Jésus Christ et l’apporta au Juif, qui lui rendit ses draps ; il prit la digne personne et la jeta dans une marmite d’eau qui bouillait sur le feu. Quand il vit qu’il ne pourrait pas la détruire de cette manière, il tira son couteau et commença à frapper dans l’eau ; et l’eau qui était claire devint vermeille, comme si elle était mêlée de sang.

Après cela entra en la maison du Juif une autre femme chrétienne qui s’aperçut bien de la déloyauté que le Juif faisait ; elle commença à la réprimander durement et à le menacer de faire savoir cela à l’Evêque. Le Juif fut donc pris et mis en prison ; il reconnut le fait sans s’en repentir, et pour cette raison fut brûlé à Paris, en place des Pourceaux, comme ayant fait preuve de dur cœur et de méchante disposition. »

Par décret du 30 mars 1791, le couvent des Basses-Loges fut adjugé au district de Melun comme bien national. Les trois religieux qui l’habitaient encore durent quitter leur chère retraite et ne survécurent pas longtemps à la ruine de leur maison.

Le Prieuré fut donc mis en vente sous la Révolution et le premier acquéreur fut Pierre-Louis-Philibert Giot, négociant à Paris pour la somme de 22.000 livres. Après être passée en de multiples mains, par contrat du 29 mars 1847, Alexandre Corréard acheta cette propriété qui comprenait alors de huit à neuf hectares. Corréard, ingénieur civil, ancien libraire – l’un des survivants du naufrage de la Méduse, dont le radeau fut immortalisé par Géricault –, mourut aux Basses-Loges en février 1857. Elle fut ensuite acquise par Othenin-Gabriel-Bernard de Cleron, Comte d’Haussonville. En 1889, celui-ci recevait  dans sa demeure des hôtes illustres : l’ex-reine Isabelle II d’Espagne, son chambellan le Marquis de Gijalba, S.A.R. l’infante Eulalie accompagnée de ses enfants et de ses deux dames d’honneur.

En octobre 1899, la famille Lebaudy vint habiter les Basses-Loges et en fit son séjour cynégétique pour trois ans. Le député Dreyfusard de Fontainebleau, Fernand Labori, habita également au Prieuré des Basses-Loges au début du XXème siècle. Fernand Labori ne fut non seulement l’avocat d’Alfred Dreyfus et d’Emile Zola, il fut aussi celui de l’anarchiste Vaillant, de Thérèse Imbert et de Mme Caillaux, assassins du Directeur du Figaro. Il a été Maire de Samois où il habita  jusqu’en 1912 et fut également élu député de l’arrondissement de Fontainebleau de 1906 à 1910. 

Fernand Labori, en plein Conseil de Guerre qui se tenait à Rennes en 1899 contre Dreyfus, renonça à plaider après une tentative d’assassinat contre lui, et son collègue, Maitre Demange, ne put obtenir l’acquittement de son client. A la suite de cela, Labori se sépara de certaines personnalités dreyfusardes, et fut même accusé à tort d’antisémitisme. En 1911, il fut appelé aux fonctions de Bâtonnier de l’Ordre des Avocats.

André Rouveyre, l’ami de l’écrivain Mecislas Golberg, vécut quelques temps aux Basses-Loges avant de partir s’installer à Barbizon. Il fréquentait souvent la Villa du Val-Changis où il retrouvait Willy, Paul Dukas, Guillaume Apollinaire, Georges Duhamel, etc… Ses dessins datent presque tous de sa période avonnaise (1904-1914).

Aux Basses-Loges, il était le voisin de Jane Granier, qui l’avait pris en grippe parce qu’il tirait au pistolet. Elle croyait qu’il tuait les oiseaux. On tenait chez lui des réunions d’escrime. Il possédait un break et plusieurs chevaux, faisait également de l’équitation et de la motocyclette. Le Mage Gurdjieff s’installa  au début du XXème siècle aux Basses-Loges ; une de ses célèbres malades fut Katherine Mansfield. Dans les années 1930, les filles de Gurdjieff étaient scolarisées à Fontainebleau. Lucien Israël, banquier à Paris et président de la Communauté juive de Fontainebleau, en fut le propriétaire jusque dans les années 1950.

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Prieuré fut pendant quelques années une maison de convalescence. Une nouvelle bâtisse jouant ce rôle a été bâtie sur les terrains de la propriété, et l’ancienne demeure est aujourd’hui réservée en location à l’habitat.

L’Hôtellerie des Basses-Loges

C’était une ancienne auberge à l’usage des postiers et rouliers passant sur la route royale de Bourgogne. Elle fut abandonnée sous Henri IV pour un nouveau tracé passant par la Croix d’Augas, Fontainebleau et la Croix Montmorin. Au coin de cette auberge on voyait à l’époque une auge de pierre surmontée d’un macaron d’où s’échappait l’eau qui servait à abreuver les chevaux. Cette propriété fut convertie sous le Second Empire en chenil et rendez-vous de chasse par le Vicomte d’Aguado. Ce dernier est mort à Fontainebleau le 26 mai 1893 à l’âge de 63 ans, et était le fils d’Alejandro Aguado, premier Marquis de Las Marismas. Alejandro Aguado, riche banquier espagnol et ami intime du Docteur Véron, invita la tragédienne Rachel en 1840 lors de sa tournée d’été à Bordeaux parmi une trentaine de personnes à un « dîner de Balthazar » dans sa superbe propriété de Château-Largaux. L’ancien chenil du temps où chassaient successivement les équipages du Comte d’Aguado, de M. Servan puis de M.  Michel Ephrussi se trouvait aux Basses-Loges. Ce chenil fut détruit en 1906  pour permettre la construction de la ferme modèle dépendant de la propriété des Fougères.

Durant la Première Guerre Mondiale, cette ferme fut transformée en hôpital. Le chenil se trouvait alors au hameau de Changis, proche du Viaduc et de l’ancien lavoir.

La ferme des Basses-Loges

L’auberge, tenue en 1840 par M. Goga, subsista encore quelques années après la guerre de 1870 avec le bureau de tabac qui y était annexé. Elle fut appelée « Le Grain de Sel Indissoluble » – qu’on transporta plus haut dans une maison -, aujourd’hui transformé en villa. L’auberge des Basses-Loges, qui a été la propriété des Carmes du Prieuré de Saint-Nicolas, a appartenu en 1898 à M. Henri Hamelle, qui habitait à côté, aux Fougères.

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