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Après « L’ombre de Staline », « Le procès de l’herboriste », le nouveau film d’Agnieszka Holland

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Jan Mikolasek connaît très bien les plantes, mais il connaît aussi très bien les hommes, il les observe, les flaire, les devine : la pâleur de l’une, l’irritation des paupières de l’autre, le surpoids d’un autre encore.

Et puis, s’il en est qui lisent dans le marc de café ou les boules de cristal, Jan, lui, lit dans les urines. Il lui suffit de savoir le sexe et l’âge de qui remplit le flacon et il lit ; et l’urine ne ment pas : pour l’un, c’est un ulcère, pour l’autre, une insuffisance rénale, pour celle-ci, il n’y a plus rien à tenter.

Ce don lui est venu très jeune, le désir de l’exercer a surgi, brutalement, alors que, tout jeune soldat, il a fait partie d’un peloton d’exécution et assisté à la mort en direct, agressive, absurde, violente. De retour, et puisqu’il maîtrisait les effets des plantes, il entreprend de guérir sa sœur qu’il sauve de la gangrène. Puis il étudie, avec une vieille femme un peu acariâtre, allant jusqu’à vivre avec elle pour partager sa science, son savoir, l’acuité de ses intuitions.

Vivre, pour lui, ce sera soigner. Il ne pourra pas s’en empêcher, pas s’arrêter, pas s’en passer. Peu lui chaut que, dans son pays, la Tchécoslovaquie, les nazis exécutent des otages en répression de l’attentat qui couta la vie à Heydrich, peu lui chaut que le président Zápotocký vienne de décéder ; lui, il soigne : tant les hommes que les femmes, tant les nazis que les communistes, tant les nationalistes que les opposants.

Ce qu’il veut, c’est donner de la vie, c’est pousser à la foi, et la plante la plus vivace qu’il cultive, c’est celle de l’espoir.

Mais alors que lui reproche-t-on au juste ? pourquoi le harceler, ainsi que le font, tour à tour, le régime nazi et le régime communiste ? Il ne se prétend pas médecin mais herboriste, il ne se veut pas « Docteur miracle » mais il veut juste apaiser, ajouter de la vie à la vie, et il ne cherche pas particulièrement à faire fortune non plus. Certes il est mystérieux, certes son mariage est un désastre, certes on le soupçonne d’avoir une relation homosexuelle avec son assistant, mais de là à vouloir le condamner à mort, il y a une marge…

Le titre original du film, Charlatan, ouvre bien plus le champ des possibles que la traduction française. Jan Mikolasek est un personnage trouble, et la frontière est bien mince entre le guérisseur et l’escroc, entre celui qui fait des miracles et celui qui fait de l’argent, entre le saint et le trompeur.

Le film, précisément, traite de cette frontière. Il constitue une sorte de valse-hésitation entre ces deux facettes, ces deux possibles, ces deux hypothèses : Jan Mikolasek fut-il un philanthrope ou un mythomane ? Lui-même, peut-être, n’en savait rien, qui, d’un côté fabriquait des remèdes balsamiques qu’il vendait à prix d’or et, de l’autre, donnait à une mère dans la misère l’argent nécessaire pour emmener son petit bonhomme de fils au bord de la mer. Lui qui vivait une passion dévorante pour Frantisek Palto, son assistant, mais qui, pourtant, prit soin de se marier pour maintenir les apparences de la norme sociale.

Peut-être, simplement, lui reprochait-on de brouiller les pistes et les repères : si un faiseur de tisanes est capable de guérir, à quoi bon la médecine, la science et les laboratoires pharmaceutiques ?

Avec la ferveur et l’efficacité qu’on lui connait, Agnieszka Holland pose la question.

Le procès de l’herboriste, d’Agnieszka Holland, en salle le 30 juin 2021.

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