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« Le rêveur de la forêt » : retour à la nature au musée Zadkine…

Dans un cadre à la fois intimiste et raffiné, tout au fond d’une cour intérieure du quartier latin, se tient le musée Zadkine. L’exposition actuelle, Le rêveur de la forêt, se présente comme une sorte de suite logique, voire même de second volet, d’un concept entamé voici deux ans avec Être de pierre : le retour à la matière. Après le minéral, place au végétal…

L’idée maîtresse, en se conformant à la façon dont Zadkine lui-même aura vécu son rapport à son temps, serait qu’après les traumatismes majeurs du vingtième siècle, entre guerres mondiales et génocides, il n’est plus possible de se contenter de « dire le monde », mais qu’il faut le reformuler, le refonder, le réinventer. Selon la belle formule de Jean Arp, l’un des artistes présentés, il ne s’agit plus de ‘reproduire mais de produire’. Donc, de retourner à (dans) la forêt.

Le forêt : lieu d’enfance et d’effroi, de chasse et de vie, de magie et d’initiation. La forêt, l’ailleurs de nos ici, porteuse de l’infini du monde. Et être artiste, pour ces quarante personnalités réunies ici, œuvrant entre 1880 et nos jours, c’est aller à la forêt, vers la forêt, dans la forêt : devenir forêt. C’est-à-dire renouer avec l’essence même de la nature.

Cela va, à tout seigneur tout honneur, de Zadkine qui cherchait ses formes dans les caprices mêmes du bois : texture, nœuds, fissures, courbures… Mais bien davantage encore. Zadkine, qui laisse une sculpture en bois dans son jardin durant plusieurs années, à la fois, bien sûr par manque cruel de place dans son atelier, mais aussi pour voir comment peut évoluer l’œuvre. Ainsi, le hasard (tous les hasards possibles) mâche l’art jusqu’à lui redonner patine de l’élément naturel, et l’œuvre bâtie par l’homme redevient élément de la forêt. Plus de dichotomie entre l’homme et son élément, entre le quotidien et le musée, mais une vraie parenté et aller-retour de l’un à l’autre.

Et cela passe par les travaux de Jean Arp, créant en plâtre un univers de force et d’élans majeurs, comme les reliefs d’un monde qui se donnerait à voir dans sa pureté. Ce qui n’interdit pas, au contraire, l’humour décalé des titres : le chapeau-forêt, par exemple.

Même recherche, pour ainsi dire jumelle – beaucoup d’œuvres semblent ainsi se répondre l’une l’autre, en dépit des années et des lieux de production dans le parcours – chez Hicham Berrada, et ses étonnantes coulées de cire fondue saisies dans l’eau froide puis déclinées dans le bronze, comme autant de miniatures délicates ou de calcifications d’une autre planète, sans commune mesure avec nos civilisations. L’artiste lui-même refuse cette qualification d’artiste au profit de celle de « régisseur d’énergie », un peu à la façon d’un yogi qui se « contenterait » de nous indiquer la posture. Il ne s’agit pas d’une coquetterie, mais bel et bien d’une attitude fondamentale face à l’acte même de la création.

Tout, ou presque, pourrait être cité, parmi les œuvres et les artistes présentés, tant cette exposition recèle une véritable cohérence dans les préoccupations et les apparences. Il ne s’agit pas tant, pour tous, d’une quelconque préoccupation écologique ou urgence climatique – encore que… -, mais de redéfinir notre rapport à l’univers et à la matière, de délaisser le superficiel et l’apparent pour aller vers le brut et l’intériorité : quelque chose d’une sérénité de la matière pour mieux réenchanter le monde.

Le rêveur de la forêt, jusqu’au 23 février 2020 au musée Zadkine.

Le rêveur de la forêt, le catalogue de l’exposition, aux éditions Paris Musées. 175 pages. 29,90€.

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