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« Le visiteur » : le nouveau dilemme freudien d’Éric-Emmanuel Schmitt

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Nous sommes à Vienne en 1938, dans le cabinet du déjà célèbre docteur Freud. Mais rien ne va plus au pays de Mozart et de Klimt : les nazis occupent la place, les livres volent dans les airs avant d’être brûlés, la culture est calcinée et l’espoir est en berne.

On se murmure des récits de camps, là-bas vers l’Est, dont personne ne reviendrait jamais et de l’étoile jaune qui ne mènerait qu’à une mort sanglante.

Sigmund Freud se trouve confronté à un choix cruel, comme le furent aussi sans doute un grand nombre d’intellectuels, de scientifiques et d’artistes dans les pays sous tutelle hitlérienne : doit-il ou non signer la déclaration de neutralité exigée par les nazis pour se voir délivrer un sauf-conduit et pouvoir ainsi quitter le pays? Par cette déclaration, il reconnaît explicitement avoir été bien traité par les nazis et n’avoir rien à leur reprocher. S’il signe, il gagne son billet pour l’étranger, la certitude de la liberté, celle de la survie. S’il ne signe pas, il devra affronter les nuages noirs de l’avenir, composer avec la peur, et craindre, désormais, pour sa vie et celle de ses proches. Doit-il signer et devoir la vie sauve à un acte de lâcheté ou ne pas signer  mais se condamner lui-même ? comment choisir entre le déshonneur et le suicide ?

Même pour Freud lui-même la question est délicate. Et elle l’est d’autant plus que sa propre fille, Anna, vient d’être arrêtée par la Gestapo.

Tel est le cruel dilemme qui assaille le fondateur de la psychanalyse, ce soir de 1938 que nous conte la dernière pièce d’Éric-Emmanuel Schmitt. Freud doit trouver la solution, résoudre le dilemme, comprendre la voie à suivre.

Alors ce « visiteur », soudainement surgi et qui refuse obstinément de dire son nom, vient à point nommé. Il va aider Freud à clarifier les éléments du dilemme. Au fond, qu’importe vraiment qui est ce visiteur : il pourrait être D.ieu lui-même ou bien alors un fou évadé de l’asile, un mythomane d’une intelligence nettement supérieure à la moyenne. Toujours est-il que ce visiteur aide le grand Sigmund Freud à résoudre l’énigme. Car l’énigme, finalement, implique l’univers tout entier. Elle est à l’image du choix fondamental de l’existence tout entière. Elle résume tout ce que Freud, obstinément, dans tout son travail tente de mettre à jour : faut-il croire ou ne pas croire en un être supérieur ? Que nous apporte cette foi ou que nous enlève-t-elle ? Faut-il garder l’espoir ? La vie a-t-elle un sens ? et la question de l’actualité de 1938 (mais qui hélas demeure souvent d’actualité, même de nos jours) : pourquoi devoir payer de sa vie le fait d’être juif ?

Les questions vont se bousculer entre les deux personnalités. Ils poseront la question de la responsabilité : qui a provoqué la montée de la bête immonde ? Est-ce un D.ieu impuissant et cynique qui se refuse à agir ou bien l’orgueil des humains qui les mène à ne vouloir que posséder et affirmer leur pouvoir ? La pulsion de vie mènera fatalement Freud à signer le pacte des nazis pour gagner sa liberté.

Au final, à en croire la pièce, si visiblement Freud éprouve quelques difficultés à assumer ses contradictions, il semble bien que Dieu, lui, en revanche, ait cru en Freud.

Le visiteur, actuellement au théâtre Rive Gauche.

Si vous désirez aller plus loin :

Le visiteur, d’Eric-Emmanuel Schmitt, aux éditions Actes Sud. 64 pages. 12,00€.

Si vous désirez aller plus loin :

Le visiteur, d’Eric-Emannuel Schmitt, aux éditions Actes Sud. 64 pages. 12,00€.

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