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Sacrifiés et oubliés : « Les harkis », le dernier long-métrage de Philippe Faucon

Cette histoire est de celles que nul ne racontait. Elle se situe dans les dernières années, 1959-1962, de ce que, longtemps, on ne qualifiait pas même de « guerre d’Algérie » mais « d’événements ».

C’est l’époque où  la France maintenait ses prérogatives coloniales aux dépens des populations locales. Moins de dix ans après être sortie de l’enfer nazi, la France, le pays des Droits de l’Homme, était devenu le pays des horreurs de l’Homme.

En Algérie, une partie des populations locales prenait fait et cause pour l’occupant français. On les désignait sous le nom de « harkis ».

Tandis que les indépendantistes étaient nommés « fellaghas », c’est-à-dire les coupeurs de route, les bandits, ceux au contraire qui s’engageaient dans l’armée française s’appelaient les « harkis », dérivé d’un mot signifiant « mouvement ». Le mouvement : ceux qui bougent des lignes traditionnelles, ceux qui tentent, ceux qui avancent.

La plupart du temps, comme le souligne le film de Philippe Faucon à travers, entre autres, le personnage de Kaddour, ce sont les difficultés d’une économie fonctionnant au ralenti, un marché de l’emploi paralysé, et la misère générale qui amènent à considérer l’armée comme le seul recours, la seule sauvegarde. S’ensuit alors l’engrenage des trahisons successives : le frère ne connait plus son frère, l’ami se défie de l’ami.

Tout est rappelé, inexorablement :  la violence, les tortures, les entorses aux droits de l’Homme, le mépris des autochtones, le mépris des cultures arabes, le racisme flagrant, l’utilisation scandaleuse de boucliers humains — les harkis envoyés aux avant-postes pour minorer les pertes françaises. Tout est rappelé, jusqu’au moment sinistre où la nation française s’est piteusement déchargée du poids de ses responsabilités envers ces soldats qui lui avaient servi de chair à canon.

Tout est rappelé avec une grande économie de moyens, une vraie absence de pathos, une narration sobre, des dialogues épurés par Philippe Faucon, sorte d’Yves Boisset qui aurait fait ses classes chez Robert Bresson.

L’auteur filme à fleur de visage et dans les yeux du quotidien, en évitant soigneusement le double écueil de la pesanteur et du spectaculaire. Cette leçon d’Histoire sous la forme d’un récit d’hommes est tout à la fois  juste et émouvante, et possède la force d’un documentaire et l’agrément d’une fiction.

Cette histoire est de celles que nul ne racontait : soixante ans plus tard, il était plus que temps.

Les harkis, de Philippe Faucon, en salle le 12 octobre 2022.

Si vous désirez aller plus loin :

Harkis, l’exil ou la mort, de Taouss Leroux, aux éditions Moissons Noires. 300 pages. 18,00€.
Et ils sont devenus harkis, de Mohand Hamoumou, aux éditions Fayard. 366 pages. 24,00€.
Harkis, soldats abandonnés, ouvrage collectif aux éditions XO. 230 pages. 29,90€.

Et pour la jeunesse :

Harkis, soldats abandonnés, de Patrick De Gmeline et Philippe Glogowski, aux éditions Triomphe. 48 pages. 16,90€.
Lisa et Mohamed : une étudiante, un harki, un secret, de Julien Frey et Mayalen Goust, aux éditions Futuropolis. 112 pages. 20,00€.

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