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« Les récits de Monsieur Kafka » : tranches de vie en douze tableaux

Il faut en finir avec la légende noire autour de Kafka, celle de l’auteur torturé et torturant. C’est ce à quoi s’applique ce magnifique spectacle.

Dans une adaptation brillante, Sylvie Blotnikas a mêlé douze très courts récits de l’auteur de La métamorphose aux lettres qu’il adressait à son supérieur hiérarchique. Si Kafka lui-même n’est jamais présent sur scène, le spectacle donne une sorte de portrait en creux de celui qui était, le jour, rédacteur d’une compagnie d’assurances et, la nuit, auteur d’une œuvre sombre et forte. Très vite, on découvre l’exact parallélisme entre la rigueur glacée des missives officielles- pour demander une promotion ou réclamer un prolongement d’arrêt maladie-, et les histoires courtes que Kafka élabore dans le secret de sa chambre. Et ce parallélisme, c’est le style !

Le style est le même, précis, froid, ordonné, riche de détails, maniant la digression et la précision avec un tempérament d’orfèvre. L’une des caractéristiques majeures du récit kafkaïen est, précisément, d’avoir été rédigé à la manière d’un procès-verbal de cour d’assises.

Aux demandes réitérées du fonctionnaire zélé, le supérieur hiérarchique répond toujours de façon positive. Presque jusqu’à la fin, presque jusqu’à la mort. Et il pourrait répondre de même aux récits que le subordonnée lui envoie, tant la logique est la même, malgré le fond.

Les douze récits sont éblouissants : tour à tour, Kafka s’y révèle onirique, fantastique, drôle, cocasse, absurde, nostalgique, sentimental… et observateur fin des travers de l’Humanité. Qu’il étudie la logique paranoïaque du raisonnement clanique dans son histoire du groupe de cinq refusant d’intégrer un sixième, ou bien la docilité psychologique de l’esclave dans son récit à la première personne du chien qui s’est évadé, à chaque fois il touche un élément secret de la personnalité, quelque clé des cœurs qui fait vaciller les apparences. Dans ses écrits, tout autant que dans la compagnie d’assurances dont il était considéré comme un pilier essentiel. « Sans Monsieur Kafka, tout s’écroulerait ».

Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort virevoltent avec aisance d’un récit à l’autre, et puis du récit aux rôles de l’employée (admiratrice du collègue Kafka) et du supérieur hiérarchique (obligé de constater que son employé est plus ou moins indispensable à la bonne marche de l’entreprise). Ils laissent Kafka percer au milieu d’eux, et, dans le décor sobre où ils évoluent, une toute simple bonbonnière de porcelaine, un peu désuète,  figure une sorte de microcosme des petits récits délicieux que leur a offert l’absent : tous les deux piochent dedans avec une gourmandise coupable.

Kafka, nous dit ce spectacle, n’est un auteur ni savant ni abscons : il rit de nos défauts et de nos absurdités. Franz Kafka n’était que l’humble traducteur des errances d’une société en crise, puis en guerre, puis en récession, et qui veut, malgré tout, continuer à faire perdurer ses valeurs.

On ne saurait être plus actuel…

Les récits de Monsieur Kafka, actuellement au théâtre du Lucernaire.



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Si vous désirez aller plus loin :

La métamorphose et autres récits, de Franz Kafka, aux éditions Folio. 224 pages. 4,85€.
Journal, de Franz Kafka, aux éditions Livre de Poche. 674 pages. 9,90€.
Récits, romans, journaux, de Franz Kafka, aux éditions Livre de Poche. 1.518 pages. 26,30€.
Kafka : Oeuvres complètes, tome 1, de Franz Kafka, aux éditions Gallimard La Pléiade. 1.408 pages. 59,00€.
Kafka : Oeuvres complètes, tome 2, de Franz Kafka, aux éditions Gallimard La Pléiade. 1.244 pages. 51,00€.
Kafka : Oeuvres complètes, tome 3, de Franz Kafka, aux éditions Gallimard La Pléiade. 1.712 pages. 59,00€.

Et pour la jeunesse :

Le Kafka, de Francesco Barbieri, aux éditions Mango. 42 pages. 8,00€.

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