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« Malcolm & Marie », le nouveau long-métrage du réalisateur Sam Levinson

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Lui, Malcom, est un tout jeune cinéaste dont le nouveau film a, enfin, emporté les suffrages ; et on le salue déjà comme le grand espoir de demain. Elle, Marie, c’est sa compagne, élégante, raffinée, le genre de femme sur lequel on se retourne, forcément.

Oui, mais voilà ! Lui n’est guère satisfait qu’on ne le compare qu’à Spike Lee et non à William Wyler, et qu’ainsi l’on exprime les méandres hideux du racisme à visage humain, rappelant sournoisement, sans le dire, qu’il est noir. Elle est une ancienne toxico qui a réussi à s’en sortir, qui avait des velléités de devenir actrice et que ce film, réalisé par son compagnon, ramène à tout son passé difficile. Ils rentrent tout juste d’une soirée officielle au cours de laquelle le film a été encensé, mais Malcom attend, avec anxiété, que cela débouche concrètement sur des critiques enthousiastes ; et Marie n’est pas satisfaite, chafouine, mal à l’aise, parce que, dans son discours de remerciement, son homme a cité tout le monde, sauf elle, précisément… Alors, logiquement, ils s’engueulent.

Normalement, ils auraient du fêter l’événement, le succès enfin arrivé, boire et faire l’amour jusqu’à n’en plus pouvoir, mais ils s’engueulent. Tout, ou à peu près tout, va y passer, être mis sur la scène, déroulé, découpé, décortiqué.

Le problème de la critique : comment peut-on juger un film ? au nom de quoi et de quelle façon ? peut-on se contenter d’une approche purement intuitive, parler de sensibilité, d’émotion, de relations humaines entre les personnages, ou bien faut-il obligatoirement passer par l’aspect technique, justifier tel cadrage, évoquer tel plan, chercher la structure, la symbolique, les sens cachés ? Le problème de la justesse : qui a le droit de parler et au nom de qui ? l’homme hétérosexuel doit-il forcément se taire devant la parole du noir ou celle de la femme ? Et faut-il avoir vécu ce qu’on raconte pour être autorisé, justement, à le raconter ?

Le problème du couple en 2021 : peut-on définitivement sortir un jour de cet engrenage sournois de haine et de dépendance qui constitue l’essentiel de la relation amoureuse et conjugale ? Le couple est-il constitué d’autre chose que d’un vaste acharnement névrotique de l’un au détriment de l’autre ? Faut-il se dire la vérité ? Faut-il évoquer le passé ?

Tout au long d’un film en noir et blanc, deux personnages seulement, huis clos (ou peu s’en faut puisqu’on sort à peine dans le jardin de la propriété), Sam Levinson dresse une sorte de portrait sans concession de la société contemporaine, prise dans ses errements, incapable de se trouver une issue et qui mène les individus à s’opposer au nom d’intérêts purement égocentrés. Et le tout est un brillant exercice, une sorte de jeu du chat et de la souris, extrêmement rythmé, ponctué de morceaux de bravoure et de choix musicaux des plus sûrs (Coltrane, Archie Shepp…), et dans lequel on ne s’ennuie pas un seul instant.

Ce long-métrage a été entièrement réalisé durant le confinement, filmé en quinze jours, et constitue une sorte d’exploit qui n’est pas sans évoquer les meilleurs œuvres de Bergman.

Malcom & Marie, actuellement en exclusivité sur Netflix.

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