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« Max » : de la gloire à l’oubli, vie et mort de Max Linder…

Il n’est désormais guère plus qu’un nom, celui d’un cinéma sur les Grands Boulevards et, qui plus est, un de ces noms délicieusement familiers mais dont on ne sait jamais à qui diable ils renvoient.

Comme si les noms propres, parfois, se faisaient communs ; comme si certains noms, de fait, devenaient simplement des mots.

Et pourtant, Max Linder habita au sommet du monde un peu avant et  un peu après la Grande Guerre. Il fut de ceux qui règnent au paradis du box-office et dont on hésite à croire qu’ils aient pu être un jour de chair et d’os, commun des mortels, périssables…

C’est pourquoi — c’est un peu le point de départ de la pièce —, Max Linder n’exista qu’à peine : d’inconnu devenu mythe, puis fantôme, puis grand oublié de l’Histoire…

Max Linder, ce n’est même pas son nom. C’est par le plus grand des hasards, et pour ne pas mécontenter son père, lequel professait une véritable haine envers les artistes et surtout ceux qui œuvrent dans le cinéma — ce machin inutile et grotesque que deux fous lyonnais viennent juste d’inventer — que Gabriel Leuvielle change de nom.

Ce n’est même pas son prénom. Mais, allez donc savoir pourquoi : le petit Gabriel a toujours voulu se faire appeler Max. Certes, porter un prénom d’archange, ça peut être un peu lourd ; mieux vaut peut-être ce diminutif claquant comme un pétard. Max.

Mais Linder ? Encore une fois, le plus grand des hasards : il voit ce nom sur un panneau publicitaire et choisit comme pseudonyme ce patronyme juif alsacien. Ironie de l’Histoire, et non des moindres : se choisir un nom juif pour échapper à la honte d’être artiste !

Max Linder est issu d’un milieu humble et respectable dans lequel il fut toujours considéré comme un original et, dès son plus jeune âge, il n’a de cesse de « faire le clown ». Et c’est le hasard, uniquement le hasard, qui l’amène à ses premiers essais cinématographiques, et qui fait de lui un comique. Le hasard, encore, toujours, qui le pousse à partir aux Etats-Unis, pays où le hasard n’existe pas. Et Chaplin, qui pourtant lui doit beaucoup, finira par purement et simplement l’ignorer.

Max Linder aurait mieux fait de s’abstenir : s’abstenir d’être un farceur, s’abstenir de s’attaquer aux States alors que sa carrière était prometteuse en France, s’abstenir de s’amouracher d’une jeunette de vingt-six ans de moins que lui, s’abstenir de l’épouser, s’abstenir… tout court.

Même son œuvre, ses plus de cinq cents films, sera détruite en grande partie, ou amputée, ou dégradée. Tel est l’étrange destin que l’on nous présente sur la scène du Rond-Point.

Stéphane Olivié-Bisson habille pour nous le personnage de Max Linder. Et il l’habille à tous les sens du terme puisque Jérémy Lopez, qui incarne Max, commence nu sur scène, allongé sur le sol,  à peine dévoilé par un mince filet de lumière venu d’une fente dans le mur du fond de scène. C’est par ce vagin étroit de lumière que naît le récit. Progressivement, Max enfile caleçon, liquette, frac, chapeau claque et gants de beurre frais, la tenue dans laquelle on (re)connaît la silhouette improbable et farfelue du comique.

Et c’est à l’issue de cette confession-performance d’une heure trente que, dans un ultime éclat de lumière, la silhouette s’effondrera sur elle-même pour s’en aller mourir dans un coin de destin.

Max Linder, mesdames et messieurs, plus guère qu’un nom !

Max, actuellement et jusqu’au 9 octobre au théâtre du Rond-Point.

Si vous désirez aller plus loin :

Max, de Stéphane Olivié-Bisson, aux éditions Cambourakis. 112 pages. 13,50€.

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