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Le Musée du Verre, premier musée de la ville de Conches-en-Ouche…

Le verre : rien que la matière elle-même prête au rêve. En fusion aux environs de mille degrés, il serait mortel d’y toucher mais, redevenu froid, il devient des plus fragiles et comme à la merci de la main qui l’effleure.

Ne dirait-on l’ange et le démon ? Le verre, c’est de l’or qui n’y paraît pas, de l’or qui, tout à la fois, retient la lumière et lui fait office d’écrin ; c’est un masque transparent qui ne cache pas la réalité mais, au contraire, en accentue l’éclat, les couleurs et le relief.

Les deux grands principes initiaux en sont le verre soufflé, et la pâte de verre. Soit c’est le souffleur, armé de sa canne et de son souffle quasi divin, qui va donner forme et vie à l’objet ; soit il faut construire patiemment un moule dans lequel seront fondues les particules de verre, d’abord chauffées puis, très lentement, refroidies. Il faut plus de six heures pour qu’au final, une fois le moule retiré, demeure un objet sans faille ni fissure.

Cette histoire du verre nous est joliment racontée en visitant le musée du Verre de Conches-en-Ouche, dans l’Eure, qui a ouvert ses portes le 25 juin 2022. Au départ de cette belle idée, François Décorchemont, maître-verrier et enfant du pays.

C’est en partant du principe que l’œuvre de cet artiste était méconnue que la municipalité et les descendants ont décidé de fonder ce musée consacré à la pâte de verre, à l’art des verriers, à celui du vitrail et, plus particulièrement, au travail de François Décorchemont.

Aux environs de 1880, Henry Cros, frère du poète Charles Cros, met au point  la pâte de verre. Mais François Décorchemont en améliore le procédé, en particulier en lui adaptant la technique de la « fonte à cire perdue ». Ce que vise Décorchemont, c’est la couleur et la transparence. Alors, lentement, avec une intuition de chercheur et une vraie technique d’artisan, il parvient à maîtriser la matière, à la faire chanter sous la lumière, à lui donner les couleurs de la vie. Et le tout, toujours avec une grande humilité : « Je fais des pots » répondait-il négligemment à qui l’interrogeait sur sa pratique artistique.

Et l’on découvre, au fur et à mesure de la visite dans le musée, un certain nombre de réalisations : celles de Décorchemont lui-même, à qui une salle est consacrée, puis celles de ses contemporains et successeurs. Et toutes ces réalisations, entre le XIXème siècle et nos jours, sont principalement issues de la technique de la pâte de verre. Ainsi le splendide et délicat Vase aux poissons d’Eugène Rousseau, et les œuvres d’Emile Gallé, de Daum, de Legras et de tant d’autres…

Bien sûr, René Lalique, incontournable grand nom de l’époque, tout à la fois très habile et très inventif, et qui donne au verre ses lettres de noblesse. Surtout depuis le retour en grâce, depuis quelques décennies, de l’art déco.

Certains procédés des années trente surprennent : Michel-Aristide Colotte et son Vase fuselé à décor rayonnant, qu’il a travaillé, tel une sculpture, au marteau et au burin ; ou bien encore Jean Sala qui, dans son atelier de Montparnasse, produit un verre malfin (mal affiné) si particulier, mais si brut et si plaisant à l’œil qu’il va rapidement devenir célèbre et copié par tous.

La technique de la pâte de verre est ensuite adaptée aux vitraux, surtout après la Première Guerre mondiale où, dans un souci de reconstruction – et aussi pour faire revenir les fidèles sur les lieux de culte -, on propose aux artistes de travailler selon des méthodes plus modernes. Ainsi, en 1933, Jean Hébert-Stevens réalise un Saint-Georges à la fois traditionnel et dont les coloris ne sont pas sans évoquer l’art déco.

Décorchemont lui aussi s’intéresse à cette idée en proposant des vitraux en pâte de verre sertis de ciment, comme s’il reprenait les procédés millénaires, mais qu’il leur ajoute une dimension contemporaine. C’est ainsi qu’il réalise son Vitrail monument de la ville de Conches en 1962.

A partir, justement, des années 60, le verre va connaître une sorte de démocratisation avec l’industrialisation, mais les petites verreries artisanales vont continuer à se maintenir avec bonheur, telle celle célèbre de Biot, créée par Eloi Monod en 1956.

Par la suite – et plus près de nous -, on découvre une multiplicité d’œuvres et une vraie recherche de renouveau, tant dans les thèmes que dans les techniques, ainsi le travail du Studio Glass. Les maîtres verriers se mettent à travailler au chalumeau pour produire des travaux d’une précision extrême. Le verre, lui aussi, est tombé dans l’abstraction géométrique et l’art contemporain.

Conches est en Normandie, à une heure de voiture de Paris. Alors, la prochaine fois, sur la route de la mer, allez donc voir le verre !

Informations et réservations sur le site du Musée du Verre.

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