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« Oh maman ! » : funérailles et règlement de comptes au programme…

Moment tragique, la perte d’un proche est toujours une épreuve à surmonter, à fortiori lorsque l’être disparu est une mère. Et les funérailles qui s’ensuivent, dévolues à un nécessaire recueillement, sont souvent propices aux retrouvailles d’une famille qui s’est perdu de vue depuis plus ou moins longtemps. Une absence qui peut être nourrie de jalousies ou de rancoeurs, qui peuvent se faire jour au moment le plus inopportun. Comme si, paradoxalement, tous ces non-dits avaient besoin d’une inhumation pour être exhumés.

Suite au décès de leur mère, deux frères et deux soeurs se retrouvent durant quatre jours afin d’organiser les funérailles, vider l’appartement et régler la succession. Mais comme le soulignera l’un d’entre eux, bien qu’ils aient eu les mêmes parents, la même éducation, le même amour, aucun d’eux ne se ressemble.

Les fils d’abord : Tim et Tom qui, selon les dires de leurs soeurs, ont toujours eu les faveurs maternelles. Le premier, gay, est un écrivain célèbre qui s’est inspiré de sa vie familiale pour écrire un premier best-seller. Ce qui ne manquera pas d’être rappelé au cours de leur brève cohabitation. Tom quant à lui, garçon lunaire avec large sourire accroché en permanence sur le visage, semble détaché de la réalité.

Les filles ensuite : Gwen et Glad. Mère isolée avec un fils handicapé à charge, Gwen connaît quelques déboires financiers. Quant à Glad, mariée à Kevin – pour le meilleur, et apparement surtout pour le pire -, elle s’occupait de sa mère affaiblie depuis six ans, sans l’aide de personne. C’est d’ailleurs elle qui s’est chargée de tout pour cet enterrement, jusqu’au choix du cercueil… de chez Leclerc. C’est moins cher, vous comprenez ?

Si quelques bons souvenirs vont par moments ressurgir dans la fratrie, ces retrouvailles vont surtout donner lieu à un règlement de comptes en bonne et due forme au cours duquel vont éclater reproches et amertumes enfouis depuis des années. Dès lors, qu’il s’agisse de vieilles photographies, d’une télévision, ou encore de politique, de grève ou d’immigration, on ne s’étonne plus que le moindre sujet devienne explosif. A l’image de l’ambiance elle-même…

Le temps du recueillement cède la place à celui de la colère et des quatre vérités. Drame pathétique.

« On pourrait croire que la pièce parle du deuil mais j’y vois un autre sujet : la « comédie de la famille ». On ne choisit pas sa famille… et vice versa. »

Guillaume Sentou.

Écrite par Stéphane Guérin, qui reconnaît volontiers que toutes ses pièces traitent de ce sujet inépuisable qu’est la famille, sur une mise en scène subtile et symbolique signée Guillaume Sentou, Oh maman ! se révèle être une comédie sur fond de drame, emmenée par des textes cyniques et tranchants dont la résonance sonne cruellement juste.

Côté distribution, Mikaël Chirinian, remarqué il y a quelques années dans la série Ainsi soient-ils, et Rudy Milstein, vu dans Mes parents sont des enfants comme les autres ou plus récemment dans J’aime Valentine… mais bon, campent chacun avec avec brio des personnages aux antipodes l’un de l’autre. Quant à leurs « soeurs de scène », Gwen est incarnée par Alysson Paradis, qui joue ici dans sa troisième pièce et offre une très belle et très convaincante prestation théâtrale, tandis que Garance Bocobza, à l’initiative de cette pièce, donne vie au personnage de Gwlad, livrant au public une interprétation absolument époustouflante de maîtrise et de justesse, entre émotion et crise de nerfs permanente. Si chacune des performances de ces quatre comédiens vaut d’être soulignée, celle de cette dernière l’est plus encore.

Des funérailles que vous n’êtes pas prêt d’oublier, et un très (très) bon moment de théâtre à découvrir d’urgence.

Oh maman !, actuellement au théâtre de la Scène Parisienne.

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