20 October 2019
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Ouverture du premier musée des Ecoles de Paris, par Déborah Hadjedj

Le musée Mendjisky-Ecoles de Paris a ouvert ses portes à Paris le 11 avril 2014. Fait notable, il s’agit du premier musée sur les Ecoles de Paris en France.

musée mendjisky ecoles de paris kiki de montparnasse afficheLa première Ecole de Paris (1905-1939) désigne un mouvement d’artistes étrangers, pour la plupart d’Europe Centrale, qui arrivent à Paris pour s’installer dans le quartier de Montparnasse (Marc Chagall, Pablo Picasso, Haïm Soutine, Amadéo Modigliani…). En revanche, la deuxième Ecole de Paris fait référence à des artistes au style figuratif et abstrait qui, dans le Paris d’après-guerre, ont permis à la capitale d’avoir un rayonnement international.

Créé par Serge et Patricia Mendjisky, le Musée Mendjisky-Ecoles de Paris a pour mission de faire connaître ou redécouvrir des œuvres majeures des artistes des deux Ecoles de Paris. De plus, Serge, le fils de l’artiste, voulait rendre hommage à l’œuvre de son père, disparu en 1951.

Ce nouveau musée se situe dans un quartier figure de l’avant-garde culturelle et plus particulièrement dans un atelier d’artiste, au départ atelier du maître verrier Louis Barillet, construit par Mallet-Stevens en 1932. Par la suite, il permettra d’accueillir des expositions temporaires de création contemporaine sur les métiers d’art ou encore sur le design. Il se situe ainsi dans la lignée de l’Art Total.

Pour son inauguration, le Musée Mendjisky présente une première rétrospective sur quatre étages consacrée à l’œuvre de Maurice Mendjizky (1890-1951). Cet artiste de renom, membre de la Ruche et des Montparnos, a tout aussi bien fréquenté Picasso que Renoir. Il est également le premier amour de Kiki de Montparnasse. Du fait de la guerre et de sa mort, il restera peu connu du grand public, bien qu’acclamé par les grands artistes de son époque. Aujourd’hui, il est reconnu comme un peintre important et emblématique du mouvement dans lequel il s’inscrit.

Cette rétrospective, se déroulant du 11 avril au 12 juillet 2014, permet d’admirer une centaine d’œuvres inédites ainsi que des dessins de son recueil sur les Martyrs du Ghetto de Varsovie. Elles proviennent principalement de collections privées, ainsi que de la Villa de La Fleur, un musée de Pologne dédié à l’Ecole de Paris et qui accueillera cette rétrospective en décembre 2014.

Artiste en adéquation avec son époque, l’œuvre de Maurice Mendjisky est influencée par les courants artistiques qu’il a vu naître (fauvisme, cubisme ou encore divisionnisme). Il était un artiste engagé, auteur d’une œuvre connue par l’élite mais confidentielle pour le grand public. Cette exposition est donc le moyen de faire redécouvrir un artiste peu célébré ces dernières années.

La rétrospective s’ouvre sur un tableau emblématique de Mendjisky représentant la célèbre Kiki de Montparnasse. Muse et un certain temps compagne de l’artiste, elle est le symbole de l’exposition et marque d’ailleurs l’identité visuelle de cette exposition-événement.

Organisé de manière chronologique et thématique, l’accrochage est cohérent avec les évolutions de cet artiste aux multiples styles et facettes. Son œuvre est complète et évoque des thèmes très différents, à l’image de son talent riche en inspirations et influences esthétiques. Beaucoup de ses tableaux évoquent la beauté de la Côte d’Azur, en particulier de lieux plutôt confidentiels tel que Cagnes-sur-Mer. Mais Mendjizky peignait bien plus que des natures mortes, des nus, des portraits sur commandes et des paysages, il représentait aussi des scènes de la vie quotidienne, ou encore des rituels importants de la religion juive, comme par exemple Brit Milah (la circoncision), une huile sur toile de 1920. De confession juive, cet héritage a beaucoup influencé son œuvre et sa vision de l’art.

Toutefois, c’est la salle du dernier étage qui impressionne le plus et qui permet à cet artiste de sortir des sentiers battus. Tableaux et dessins y rendent en effet hommage aux combattants martyrs du ghetto de Varsovie. Tous sont inspirés par le combat et la mort de son fils Claude, et lui sont dédiés. Loin de tomber dans le misérabilisme, ces tableaux sont d’une grande force et représentent des gens dignes, courageux, et qui restent solidaires dans l’épreuve. Pour parler de ces tableaux, on pourrait utiliser la célèbre citation du peintre Paul Klee qui disait que « L’art ne reproduit pas le visible. Il rend visible ». Ces tableaux permettent d’appréhender les différentes émotions qui ont pu traverser ces hommes et ces femmes courageux dans la souffrance. Néanmoins, ils ne sont pas seulement louables du fait de leur intention, ils sont également très beaux, originaux et parfaitement exécutés.

A la fin de parcours, on peut admirer une magnifique photographie marouflée sur toile réalisée en 2003 par Serge Mendjisky, fils de Maurice. Photographe et artiste lui aussi, ce dernier nous montre que le talent chez les Mendjisky se transmet de père en fils. Son travail mêle des fragments de l’œuvre de son père, de Guernica de Picasso et de photographie de la statue de la Liberté. Cette « mosaïque » porte bien son nom : Quelle connerie la guerre et reste dans le ton de ce dernier étage qui permet de découvrir des tableaux d’une grande force émotionnelle.

Maurice Mendjisky, au Musée Mendjisky-Ecoles de Paris, jusqu’au 12 juillet. Renseignements sur le site du musée.

Si vous désirez aller plus loin :

L’Ecole de Paris 1945-1965 : dictionnaire des peintres, de Lydia Harambourg et Clotilde Scordia, aux éditions Ides et Calendes. 525 pages. 99,00€.

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