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Patrick Timsit nous dit « Adieu… peut-être. Merci… c’est sûr »

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A l’ami Timsit, on aurait envie de poser la fameuse question récurrente et obsessionnelle des situationnistes dans les années soixante : « D’où tu parles ? »

D’où parle donc Patrick Timsit ? De quelle réflexion politique, de quel droit religieux, de quelle analyse sociologique relève-t-il pour se permettre ainsi de se moquer de tous et de tout, au point de paraître se moquer même de ceux dont il ne parle pas, précisément parce qu’il omet de parler d’eux ?

Jack Lang va encore une fois être déçu de n’être pas même mentionné dans ce spectacle alors qu’il figure dans le petit court métrage inaugural projeté au début.

A quel degré : premier, second, nième, se situe l’artiste ? Y compris dans son titre même. Adieu : alors que tout, absolument tout dans le spectacle, dit que les sujets sont inépuisables, sujets d’en rire, rire jaune ou vert ou vert-de-gris, sujets de moquerie, de mauvaise foi, d’acharnement, tout est résolument inépuisable et, déjà, de l’aveu même de l’auteur, si Zemmour venait à l’emporter en mai prochain, impossible de se retirer.

Déjà Sarkozy était une mine d’or pour les humoristes, à combien plus forte raison Zemmour.

Voici plus de trente ans, Timsit avait commencé par Le spectacle de trop. Il ne pouvait par conséquent que poursuive, et il ne pourra désormais que poursuivre. Si ce n’est pas sur scène, ce sera sous une autre forme. L’important est de pourchasser ses chimères, puisqu’il est dit qu’on ne les rattrape jamais.

Mais selon quelle logique ? Celle de la méchanceté ? Celle de la colère ? Celle de la dénonciation ? Que nous dit au juste Timsit, au sujet des tabous d’aujourd’hui : le racisme, le sexisme, l’homophobie ? Il ne se livre ni à une analyse ni à des affirmations sentencieuses, et il n’est pas du genre des donneurs de conseils ou de leçons : juste, il se contente de la verve humoristique. Juste, il se contente de dire. Et il utilise le vitriol des mots et de la bonne humeur.

On n’a pas le droit d’être raciste, de rire du racisme ? alors, il en rajoute sur le racisme, anti-arabe, anti-portugais, anti-handicapés. On n’a pas le droit d’être sexiste ? alors il en fait trois tonnes sur les féministes. On ne peut plus être homophobe ? il se régale à caricaturer jusqu’à la monstruosité.

Mais ce ne sont que façon de désamorcer le sérieux. On est dans de la magie, une magie tout autant de pacotille que celle qu’il pratique au milieu du spectacle pour faire sourire. Il reste tel qu’il apparaissait sur l’affiche de son précédent spectacle : l’homme qui éteint les bombes sur le point d’exploser.

Et il gratte jusqu’à l’os. Y compris du côté de sa judéité. Lui seul, affirme-t-il hilare, peut se permettre les blagues du pire mauvais gout sur les juifs. Ce qui est blague dans son spectacle deviendrait virus destructeur dans la bouche de quiconque autre. Et il tacle au passage pas mal de ses confrères qui ne font rire que dans l’esprit consensuel et en respectant les bonnes manières.

Timsit peut se permettre d’en rajouter sur le malheur du garçon procréé par un couple de lesbiennes juives, et nous apitoyer sur le malheur d’avoir deux mères juives sur le dos : c’est vrai qu’il ose tout…

A l’origine de son spectacle, comme de tout ce qu’il produit, il le confie lui-même dans l’entretien donné à l’occasion, il y a la colère. Là où d’autres se fâcheraient, ou militeraient, ou produiraient une thèse d’État, lui il rit et fait rire. Il insiste lourdement, dans la veine d’un Lenny Bruce à la française, sur le fait que racisme, sexisme, homophobie, ne sont que des mots, et ne doivent être traités que comme tels.

Le spectacle de Timsit n’est pas composé de blagues mais de pétards de fête. L’arme de Timsit, ce n’est pas le jeu de mots, mais la grimace du bouffon. Laissons le nous inviter à en rire, une bonne fois pour toute, et dire adieu avec lui.

Adieu… peut-être. Merci… c’est sûr, actuellement au Théâtre du Rond-Point.

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